Passation de pouvoir et de service à la Primature : MODIBO KEITA PASSE LE TÉMOIN À ABDOULAYE IDRISSA MAIGA 

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Le Premier ministre sortant, Modibo Keita, a officiellement passé le témoin, hier, à la Cité administrative, au tout nouveau chef du gouvernement, Abdoulaye Idrissa Maiga. Cette passation de service intervient deux jours après la publication du décret portant nomination de celui-ci.
La sobriété de la cérémonie organisée à cet effet n’a en rien altéré sa solennité. A 11 heures précises, conformément au programme protocolaire, le nouveau chef du gouvernement est arrivé dans le hall des bureaux de la Primature. Tout de blanc vêtu, Abdoulaye Idrissa Maiga a été accueilli depuis le rez-de-chaussée par son prédécesseur, habillé aussi en blanc. L’entretien en tête-à-tête entre les deux personnalités dans le majestueux bureau qui donne une vue imprenable sur la Cité administrative, a permis de mettre la dernière main à la passation de témoin. Nul doute que l’aîné a donné au cadet quelques conseils pour la gestion des nombreux dossiers qui attendent sur la table de travail.
Après plus d’un quart d’heure d’échanges, les deux personnalités ont procédé à la signature du procès verbal de passation de service. Les discours ont été prononcés au premier étage en présence de tout le personnel de la Primature.
Prenant la parole en premier, Modibo Keita n’a pas cherché ses mots et a plutôt laissé parler son cœur. Il a commencé par renouveler ses remerciements au chef de l’Etat pour la confiance placée en lui pendant sa mission. Il a adressé ensuite ses sincères félicitations au nouveau locataire de la Primature qu’il a présenté comme un cadre efficace, rigoureux et méthodique. « Vous arrivez à un moment de grands défis, notamment sécuritaire et de développement ». Il faisait certainement référence à notre Septentrion et à la série de grèves dans les domaines de la santé et de l’éducation.
« Pour ma part, je suis conscient des limites, des hauts et des bas mais l’essentiel est de contribuer à la construction de ce pays avec une foi inébranlable », a confié Modibo Keita pour qui « les chefs passent mais l’Administration reste ». Se tournant vers le personnel de la Primature, il l’a exhorté à continuer dans la voie du don de soi pour que les nombreux défis soient relevés.
« Personne ne doit avoir l’ambition d’être accepté de tous. Ayez la retenue et je suis sûr que vous réussirez votre tâche », a-t-il prodigué comme conseil.
Le désormais chef du gouvernement répondra qu’il a travaillé avec bonheur et sincérité sous l’autorité de son aîné. « Travailler avec vous (Modibo Keita) est une école », ajoutera Abdoulaye Idrissa Maiga qui s’est dit conscient des difficultés de la charge. Il a reconnu également que « des combats sont gagnés mais certains sont également perdus ».
« Certes il y a de nombreuses attentes mais ce n’est pas faute d’avoir essayé mais les difficultés sont complexes », a résumé le nouveau chef du gouvernement. Pour Abdoulaye Idrissa Maiga, il s’agit de « prendre en compte le sort réel des populations » qui ne vivent pas toutes dans les centres urbains. Le Mali, selon lui, doit « privilégier une démarche endogène sans rejeter l’aide extérieure ».
Trêve pour l’intérêt de tous. « La voie du dialogue sera concertée. Nous irons à la rencontre des conciliateurs et des acteurs politiques » pour « trouver des réponses durables et crédibles », annoncera le Premier ministre qui est bien conscient que « le cours du fleuve ne sera pas toujours calme ». Abdoulaye Idrissa Maiga a pris l’engagement d’aller de l’avant « tout en ayant de la retenue ». Aux syndicats en grève, il a lancé un appel à une trêve pour l’intérêt de tous. « Tous les acteurs doivent se faire confiance », a estimé Abdoulaye Idrissa Maiga qui a rappelé que le Mali revient de loin. « Aujourd’hui, le pays est debout » et c’est justement « en se parlant que des solutions sont trouvées ».
Après les interventions, le nouveau Premier ministre a raccompagné son prédécesseur. Sur l’esplanade de la Primature, Abdoulaye Idrissa Maiga et Modibo Keita ont eu une chaleureuse poignée de main avant la traditionnelle photo de famille. Le désormais ancien Premier ministre a quitté la Cité administrative sous les regards du personnel.
Tous deux cadres émérites, rompus au labeur, les deux personnalités savent combien la tâche est ardue. Le front social est en ébullition. Et il est impératif de donner un coup d’accélérateur à la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Sans oublier de nombreux autres défis qui attendent des réponses appropriées.
Avant même sa prise de fonction, le nouveau Premier ministre a entamé une démarche constructive tendant à requérir le point de vue de toute la classe politique y compris l’opposition avec laquelle il a eu de franches discussions. Il aura toujours besoin de cette approche participative pour ramener les groupes armés dans une dynamique de paix réelle. Le « ni paix, ni guerre » qui caractérise aujourd’hui le nord du pays ne permet pas d’aller au rythme souhaité par les autorités maliennes et la communauté internationale qui mobilise des moyens humains et matériels pour soutenir le processus de paix. Si le chef du gouvernement sortant n’a pas de coloration politique officiellement déclarée, le nouveau est un responsable de premier plan du Rassemblement Pour le Mali (R¨M), le parti au pouvoir. Abdoulaye Idrissa Maiga s’est révélé au grand public aux côtés du candidat Ibrahim Boubacar Keita lors de la présidentielle de 2013. Celui qui fut le directeur de la campagne victorieuse du président IBK est un pur produit de l’école malienne. Fonctionnaire de classe exceptionnelle, il est né le 11 mars 1958 à Gao. Après ses études à l’Institut polytechnique Rural (IPR) de Katibougou, il décrocha, en 1981, son diplôme d’ingénieur des sciences appliquées, spécialité « Elevage ».
C’est après un parcours professionnel exceptionnel qu’il explore la politique de haut niveau qui lui ouvrit la porte du gouvernement. Sa loyauté et son intégrité lui valurent successivement le poste de ministre de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement, puis celui de l’Administration territoriale et récemment le portefeuille de la Défense et des Anciens combattants. Cette riche expérience gouvernementale est assurément un atout lui permettant d’animer au mieux l’équipe gouvernementale.
L’homme qu’il remplace achève ainsi son deuxième tour au poste de Premier ministre. Privilège rarissime. Après avoir été ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale en 1987, il est (de mars à juin 2002) Premier ministre sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré qui l’avait déjà nommé auparavant conseiller à la présidence de la République, en 1997.
En 2008, il est nommé président de la Commission préparatoire des États généraux sur la corruption dans notre pays. Le 24 avril 2014, dans la perspective de consolider le tissu social tant fragilisé après une crise aiguë (entre 2012 et 2013), Modibo Keita a été nommé Haut représentant du chef de l’État pour le dialogue inclusif inter-malien avec les groupes rebelles du Nord.
Il sera à nouveau nommé Premier ministre le 8 janvier 2015 et entrera en fonction dès le lendemain. Deux jours plus tard, il a composé une nouvelle équipe gouvernementale de 29 membres.
Ce grand commis de l’Etat à la carrière exceptionnelle a donc quitté hier les bureaux de la Primature avec le sentiment d’avoir tout donné. Son successeur a repris le flambeau dans « la continuité et le respect de la tradition ». Mais il apportera sans doute une touche personnelle à son mandat.


Amadou M. CISSE

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