Programme DDR : LES BAILLEURS DE FONDS SOLLICITES

Une table ronde s’est tenue hier pour la mobilisation d’un gap de 25 millions de dollars

 

Le Premier ministre Modibo Keïta a présidé, hier à l’hôtel Radison Blu, la cérémonie d’ouverture de la table ronde des bailleurs de fonds pour la mobilisation du gap de 25 millions de dollars, sur un total de 50 millions nécessaires à la mise en œuvre du volet réinsertion du programme national « Désarmement, Démobilisation et Réinsertion ».
Cette importante rencontre a aussi enregistré la présence du représentant spécial des Nations unies au Mali et chef de la MINUSMA, Mahamat Saleh Annadif, du chef de file des partenaires techniques et financiers et du directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Mali, Paul Noumba Um.
Le programme national de DDR sera mis en œuvre en deux phases consécutives. Le cantonnement (désarmement et démobilisation), un processus de 3 mois, en est la première phase. Pris en charge par le gouvernement et la MINUSMA, il sera effectué dans 8 sites déjà disponibles d’une capacité de 750 combattants chacun. Ces deux bailleurs financent aussi le kit de sortie. Le cantonnement dure 45 jours par combattant.
Quant à la réinsertion, la seconde étape et qui concerne les ex-combattants non intégrés dans les forces armées et de sécurité, elle couvrira les activités consécutives au cantonnement et qui sont mises en œuvre au sein des communautés. Elle bénéficiera à 10 000 anciens combattants sélectionnés par groupes de 5000.
Ce volet réinsertion sera financé par le gouvernement, le fonds IDA de la Banque mondiale et le multi-partner trust fund (MDTF) du PNUD pour un coût total de 50 millions de dollars, soit près de 30 milliards de Fcfa. Sur ce montant global,  le gouvernement a annoncé 10 millions de dollars. La Banque mondiale, elle, prévoit d’allouer 15 millions de dollars sous forme de subvention IDA pour appuyer la réinsertion.
La présente table ronde visait à établir un nouveau fonds d’affectation multi-donateurs sous la houlette de la Banque mondiale afin de combler le gap de financement de la réinsertion.
En procédant à l’ouverture de la rencontre, le Premier ministre Modibo Keïta a salué les efforts accomplis par la communauté internationale pour la stabilisation et le développement du Mali, depuis le déclenchement de la crise en 2012. « Le gouvernement, pour sa part, s’engage fermement à mettre en œuvre  l’Accord pour la paix et la réconciliation dans toute la mesure de ses possibilités. Car, il a la responsabilité de tout un peuple », a déclaré le chef du gouvernement.
Il ne saurait d’ailleurs en être autrement à son avis. « Quel gouvernement au monde peut-il trainer le pied quand il sait que les enfants n’ont plus la possibilité de jouer dans les cours car les mines sautent ?  Quand il sait que les salles de classes sont fermées ? Quand il sait que ceux qui souffrent dans leur corps ne peuvent accéder à des soins de santé », a-t-il questionné.
Le Premier ministre a demandé aux parties maliennes (le gouvernement et les mouvements signataires) qui ont la lourde responsabilité de s’engager de toute bonne foi dans la mise en œuvre de l’Accord. « Nous devons comprendre que la moindre minute que nous perdons est extraite du bonheur de nos populations de Kidal jusqu’à Sikasso », a  relevé Modibo Keïta.
Invitant les bailleurs à s’engager pour le financement du processus de DDR qui est une étape cruciale, le directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Mali a expliqué que le mandat et les statuts de l’institution financière internationale limitent son intervention aux aspects réinsertion qui sont en phase avec ses activités de développement.
Paul Noumba Um a  souligné le caractère crucial de cette étape et estimé qu’elle doit démarrer immédiatement, à l’issue des phases de désarmement et de démobilisation. Le but étant d’éviter un gap entre la sortie du cantonnement et la réinsertion effective des ex-combattants dans leur communauté.
« Confiante que l’appel du gouvernement du Mali recevra une réponse positive de la part de la communauté des bailleurs de fonds bien représentés dans la salle, la Banque mondiale est disposée a mettre en place et à administrer en leur nom un fonds fiduciaire multi-donateurs qui regrouperait les contributions des donateurs qui le souhaiteraient », a-t-il annoncé.
Et d’assurer que ce fonds  serait géré en conformité avec les règles de passation des marchés et de gestion financière de la BM pour préserver l’intégrité et la transparence dans son utilisation. Au nom des partenaires techniques et financiers (PTF), la chargée d’Affaires de l’ambassade du Canada, Miriam Van Nie, a témoigné sur le caractère inclusif de ce processus. « L’élaboration de ce programme est le résultat de consultations compréhensives entre le gouvernement et les groupes armés signataires, les acteurs nationaux et internationaux.
Les activités de DDR sont un volet capital pour la stabilisation d’un pays et son développement à long terme. Cette étape encourage les ex-combattants à devenir des parties prenantes au processus de paix, en récupérant les armes qu’ils détiennent pour les intégrer à la société sur le plan social et économique.
Pour atteindre ces objectifs sine qua non à la stabilisation que se fixe le programme national de DDR, il faut franchir plusieurs étapes pour plus de cohérence dans la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, estime le chef de la MINUSMA, Mahamat Saleh Annadif. Au nombre de ces étapes, il a évoqué l’opérationnalisation du MOC, du Conseil national de réforme du secteur de la sécurité, de la commission intégration, et de la commission nationale DDR. « Toutefois, compte tenu du retard enregistré, les Nations unies invitent et encouragent fortement les parties signataires à aller de l’avant. La dernière réunion du comité de suivi a ouvert quelques fenêtres en laissant entrevoir quelques espoirs. Il faut tout faire pour que ces fenêtres se transforment en de grandes portes permettant d’aller enfin vers la mise en œuvre effective de  l’Accord pour la paix et la réconciliation », a-t-il commenté, en se disant confiant que les partenaires sont prêts et continueront à appuyer le gouvernement du Mali pour la réussite du programme DDR.
Abondant dans le même sens, le ministre de la Défense et des Anciens combattants, Abdoulaye Idrissa Maïga, a demandé aux partenaires de persévérer dans leurs efforts en faisant appel au sens de leur engagement. Il a ensuite paraphrasé Nelson Mandela, le dirigeant historique sud-africain.
« Quant il y a un marathon, ça (la sortie de crise) peut ressembler à cela : le dernier kilomètre est le plus difficile. Pour désarmer et aller à la réinsertion, considérons que nous sommes sur ce dernier km ».

C. M. TRAORE

 

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