Décès de Tènèman Sanogo dit ‘’Lassidan ‘’ : LE THEÂTRE UTILE PERD UN GRAND COMEDIEN

Le chef de l’Etat a élevé Ténéman Sanogo au grade d’Officier de l’Ordre national à titre posthume 

 

Décédé le dimanche 4 décembre, le comédien Ténéman Sanogo alias ‘’Lassidan’’ a été inhumé hier lundi au cimetière de Lafiabougou. Auparavant, la levée du corps a eu lieu sur une place publique près de son domicile sis à Hamdallaye ACI 2000 au cours d’une cérémonie officielle en présence des plus hautes autorités du pays, avec en tête le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta qui avait à ses côtés le Premier ministre Modibo Kéïta, les présidents des institutions, les membres du Gouvernement, les autorités politiques administratives de la ville de Bamako ainsi que des membres du corps diplomatique.

Y étaient également présents plusieurs acteurs du monde des arts et de la culture, de même qu’une foule impressionnante de parents, d’amis et de collègues de l’illustre disparu. Tous sont venus rendre un dernier hommage mérité à cet artiste de talent immense. Avec la présence d’un détachement de la Garde nationale et la sonnerie aux morts, la Nation reconnaissante s’est manifestée à travers une décoration faite par le chef de l’Etat qui a élevé Ténéman Sanogo au grade d’Officier de l’Ordre national à titre posthume. Le défunt était déjà fait Chevalier de l’Ordre national depuis 1999.

S’exprimant au nom du président de la République, Grand maître des Ordres nationaux, le nouveau Grand chancelier des Ordres nationaux, le général de Brigade Amadou Sagafourou Guèye a mis en exergue la contribution des artistes au développement du pays. Il a particulièrement insisté sur l’apport inestimable de Tènèman Sanogo pour notre société. Le général Guèye a conclu ses propos en rappelant que « Lassidan a bien fait son travail ».

En plus de ces hommages républicains bien mérités, la cérémonie funèbre a aussi enregistré trois allocutions qui ont servi de témoignages au riche parcours du célèbre comédien.

Au nom de l’ensemble des artistes de notre pays, Kary Bogoba Coulibaly, secrétaire général de la Fédération nationale des artistes du Mali (FEDAMA), a rendu hommage à « ce combattant de la cause des autres ». Pour lui, Tènèman était « l’incarnation même de la dramaturgie ».

Le secrétaire général de la FEDAMA a saisi cette occasion pour informer que de nombreux artistes souffrent en silence et que certains parmi eux sont présentement hospitalisés comme c’est le cas de Michel Sangaré, un autre monstre sacré du théâtre malien. Ils ont besoin du soutien des pouvoirs, a souhaité M. Coulibaly. Malgré un cœur meurtri par cette disparition, Salim Sylla membre du groupe Nyogolon, compagnon de Ténèman, se devait de témoigner à cause du lien de cousinage à plaisanterie qui le liait au défunt. Salim Sylla qui le fréquente depuis 1982, retient de lui, un homme humble, généreux et bon. Pour autant, Tènèman avait du caractère, poursuit-il, car très sérieux dans la vie. Sa vie sur scène était différente de son comportement de tous les jours. Le plus important chez lui, c’est qu’il aimait bien faire son métier de comédien.

Il insistait beaucoup sur le côté comique des œuvres de sensibilisation : « sur une situation sérieuse, il faut faire du non sérieux, c’est à dire comique sinon le message ne passerait pas », aimait-il dire.

Enfin Kardjigué Laïco Traoré, artiste et homme de l’audiovisuel, a lu l’oraison funèbre au nom de la communauté des artistes. Il a retracé le parcours scolaire de Ténéman Sanogo et la carrière professionnelle de ‘’Lassidan’’. De sa carrière d’artiste pleinement menée en trois décennies, le talentueux comédien s’est illustré comme l’un des symboles du théâtre de sensibilisation ou théâtre utile. « Tènèman Sanogo plus connu sous le sobriquet de ‘’Lassidan’’ (déformation de l’Adjudant) a perdu le combat contre la maladie. Pourtant Dieu seul sait qu’il a remporté des batailles à travers les personnages qu’il a incarnés au cours de sa carrière de comédien et d’humoriste. Il s’est fait connaître du grand public avec le sobriquet de ‘’Lassidan – Kénékaraba’’, un personnage autoritaire comme l’est un ancien combattant survivant de guerre », a noté Kardjigué Laïco Traoré.

Ténéman  Sanogo a donc rendu l’âme dimanche dernier à la Polyclinique Pasteur de Bamako. Il était né il y a 53 ans à Sikasso où il fit ses études primaires. Après avoir réussi au Diplôme d’études fondamentales (DEF) au groupe scolaire Hamdallaye-Marché de Bamako, il est orienté en 1982 à la section Art dramatique de l’Institut national des arts de Bamako (INA). Nanti de son parchemin d’artiste-comédien en 1986, il fonda, une année plus tard, la troupe ‘’Nyogolon’’ avec des camarades comme Malick Dramé, Kary Bogoba Coulibaly, Adama Traoré, Oumou Berthé. Cette troupe sera rejointe plus tard par Fanta Coulibaly, Salim Sylla et Salimata Sidibé (sa future épouse).

Le groupe s’est essayé avec satisfaction à la mise en scène de trois grandes œuvres d’auteur comme : « La grève des battu » de Aminata Sow Fall ; « Les Bouts de bois de Dieu » de Sembène Ousmane (tous deux sénégalais) et « Bleu Blanc Noir », une œuvre collective des comédiens eux-mêmes qui évoque la traite des Noirs du 17è siècle.

Le talent de Tènèman Sanogo a également attiré les réalisateurs maliens. C’est Cheick Oumar Sissoko qui l’appelle dans son long-métrage à grand succès ‘’Guimba’’ en 1995. Du même cinéaste, il revient également dans « La Genèse » en 1999. Entre temps, en 1997, Adama Drabo lui confie un rôle dans son long-métrage « Taafé Fanga » ou ‘’Le pouvoir de pagne’’.

Sans forcer contre son destin, Tènèman Sanogo dit ‘’Kénékaraba’’ quitte définitivement le champ de bataille de la vie, laissant derrière lui une veuve et deux orphelins inconsolables. Dors en paix, ‘’Lassidan’’ !

Y. DOUMBIA

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