Patrimoine culturel en péril : L’URGENCE D’AGIR

Le chef de l’Etat a souligné l’importance des biens culturels lors de la conférence d’Abu Dhabi à l’issue de laquelle un fonds a été créé pour protéger ce patrimoine contre la destruction

 

La Conférence internationale pour la protection du patrimoine culturel dans les zones de conflit, organisée à l’initiative de la France et de l’émirat d’Abu Dhabi, s’est achevée le week-end dernier à l’Emirates Palace. La rencontre a enregistré la participation du prince héritier de l’émirat d’Abu Dhabi, gouverneur de Dubaï et commandant suprême des forces armées des Emirats arabes unis (EAU), Sheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, des présidents Ibrahim Boubacar Keïta et François Hollande. Des Premiers ministres, notamment Denis Zvizdic (Bosnie Herzégovine), Haile Mariam Desalegn (Ethiopie) ; Alexis Tsipras (Grêce) et d’autres invités de marque étaient aussi présents.
Les organisateurs de la Conférence internationale sur la protection du patrimoine ambitionnaient de créer un fonds de lutte contre le pillage du patrimoine culturel et d’assistance à la restauration ou réhabilitation        des biens culturels dans les zones de conflit. Cette ambition est en passe de se concrétiser. Des pays et institutions privés ont promis de mettre la main à la poche pour renflouer la caisse. La barre à atteindre, a été fixée à 100 millions de dollars, soit un plus de 50 milliards de Fcfa. Cette prévision sera certainement dépassée.
Ce fonds devrait permettre dans un avenir proche d’accompagner certains pays, ayant vécu un « drame culturel », celui du pillage de leur patrimoine culturel.
En outre, les chefs d’Etat et de gouvernement, les représentants d’autres pays et les institutions de promotion de la culture, ont convenu de la création de refuges de biens culturels dans les situations de conflit. Un pays comme la Bosnie Herzégovine a proposé ses services dans ce sens.
Sur la question des craintes légitimes de voir les biens culturels exportés ne plus revenir dans leurs pays d’origine ont été soulevées. Pour certains, notamment des responsables d’institutions privées, il y aura toujours des problèmes mais il appartiendra à la communauté internationale de bien faire, même s’il faut aller à une convention sur les refuges. Pour eux, la transparence et la confiance sont les meilleures conditions pour avancer.
Il y a urgence et nécessité d’agir. Il faut donc aller au-delà de l’émotion et s’inscrire dans une vision globale de lutte intégrée et coordonnée contre le phénomène de destruction des biens culturels en période de conflit. Ce qui est un gage d’une bonne collaboration.
Pour le ministre de la Culture et du Développement des connaissances des Emirats arabes unis, Sheikh Nahyan bin Mubarak Al-Nahyan, le pillage du patrimoine culturel est un « crime de guerre » puisque les biens culturels servent de sources d’éducation et d’inspiration pour les générations futures. Il a aussi salué les efforts des gouvernements et des institutions privées pour sauver le legs et le patrimoine  mondial.
La directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, comme chaque fois qu’elle en a l’occasion, s’est érigée en véritable avocat de la cause malienne, notamment la nécessité de la protection du patrimoine culturel de Tombouctou. Elle a rappelé que les manuscrits du Centre Ahmed Baba de la Cité des 333 saints et de la mosquée de Djingareyber ont été saccagés.
Pour la patronne de l’UNESCO, le dialogue des cultures existe, et produit ce qu’il y a de meilleur dans l’humanité. Mme Bokova a aussi déploré le fait que le patrimoine culturel est en train de devenir un enjeu de guerre alors qu’il doit être au cœur du dialogue, de la tolérance parce que la culture est, selon elle, celle qui nous définit.
Dans une intervention d’une vingtaine de minutes, pleine d’émotion et d’intensité, le président français a invité la communauté internationale à la mobilisation et à l’action. Pour lui, ce rendez-vous marquera l’histoire parce que c’est la première fois que les pays mais aussi les organisations, les experts et donateurs se rassemblent pour protéger les biens communs de l’humanité et pour se donner les moyens d’y parvenir.
François Hollande est revenu sur l’occupation du Nord de notre pays par les terroristes. Il a rappelé son voyage à Tombouctou, le 2 février 2013. « Le Nord du Mali, notamment Tombouctou venait d’être libéré des terroristes qui occupaient ce territoire et soumettaient sa population à des lois insupportables et inadmissibles pour la dignité humaine.
Au traumatisme des survivants, je voyais leur regard, qui était comme un soulagement mais aussi comme le souvenir des horreurs qu’ils avaient connues par les persécutions et les humiliations », s’est souvenu le chef de l’Etat français qui a poursuivi : « Oui, devant ces survivants, j’avais le spectacle désolant de la destruction des trésors, des mausolées, des manuscrits. Sous nos yeux, dans ce lieu saint de l’islam, le fanatisme avait été jusqu’à détruire des manuscrits, à les brûler et les réduire en cendres pour faire comme s’ils n’avaient jamais existés ».
François Hollande a aussi dénoncé le noir dessein que nourrissent les terroristes pour l’humanité. « Les terroristes, au nom d’une religion qu’ils trahissent, veulent tout détruire : les êtres humains, les minorités religieuses mais également une trace d’humanité au sens des personnes mais aussi des liens que des générations précédentes, depuis des millénaires, ont pu bâtir par leur main et aussi par leur esprit ».
L’obscurantisme a également fait du trafic, du pillage et de la destruction de l’héritage culturel, non seulement un commerce mais également une façon de prolonger les persécutions, de pouvoir menacer tous ceux qui ne pensent pas comme eux.
En prétendant détruire un patrimoine, les terroristes s’en prennent à la civilisation et à la diversité des civilisations et donc à l’unité du genre humain parce que nous sommes riches de tout ce que nous avons de différence et que nous portons comme le même héritage, a commenté François Hollande.
Le président Ibrahim Boubacar Keita qui tient beaucoup aux biens culturels de l’humanité, a salué le discours à la tonalité spirituelle de son homologue français. « L’initiative d’organiser la conférence sur le patrimoine culturel est de celles dont nous avons besoin. Des hommes de bonne volonté doivent alerter l’humanité du risque et du danger d’une perte collective qu’elle court. Si on nous ampute de notre mémoire collective, c’est notre humanité entière qui perd son âme quelque part », a souligné le chef de l’Etat.
Ibrahim Boubacar Keita a relevé aussi qu’un pont doit toujours exister entre le passé et l’avenir, en passant par le présent. Cela pour que nous sachions qui nous sommes et où nous allons.
Par ailleurs, le chef de l’Etat a salué les initiateurs de la conférence pour le mérite d’amener, pour la première fois, l’humanité à se pencher sur la question du patrimoine culturel. Pour le chef de l’Etat, quand on parle du domaine culturel, on parle  de psychologie collective,  de ce qu’a été le vécu par des hommes à un moment donné de leur histoire.
« Conserver cela participe de l’équilibre de ceux d’aujourd’hui. C’est en cela que nous avons été conviés à Abu Dhabi », a expliqué le président de la République avant de témoigner de sa reconnaissance à la formidable chaine de solidarité qui a été tissée autour de notre pays.
Il a aussi noté la belle résilience de la population de Tombouctou, de ses érudits et autres oulémas.
Pour lui, la présence du grand imam de Tombouctou à ses côtés n’est pas indifférente à cet égard. Il s’est dit rassuré sur la solidarité humaine, ce qu’elle a de plus réconfortant quand l’un ou l’autre se trouve dans la peine et cette solidarité n’a pas manqué à notre pays.La conférence internationale d’Abu Dhabi se veut un déclic amenant les Etats à bâtir une protection du patrimoine. A ce propos, l’urgence d’agir est bien perçue par la communauté internationale qui garde à l’esprit la mise à sac de certains musées et la destruction d’une partie du patrimoine culturel dans certains pays pendant les conflits, notamment l’Afghanistan, l’Irak, Syrie, entre autres.
Le fonds qui va être mis en place servira à financer des programmes de formation et le développement des projets de numérisation. Il faut donc une mobilisation plus grande et une alliance internationale contre les destructeurs du patrimoine culturel. Pour cela, la communauté internationale doit se doter d’instruments pour répondre aux aspirations des pays, en matière de protection.
La rencontre a été sanctionnée par une Déclaration dite d’Abu Dhabi. Dans ce document,  les participants déplorent les conséquences des conflits sur le patrimoine culturel et de la violence des extrémistes sur ces biens culturels. Pour eux, sans patrimoine, c’est l’identité d’un peuple qui disparaît et son avenir compromis. Ils se sont donc engagés à sauvegarder le patrimoine culturel en danger de tous les peuples.
Ils se sont engagés également pour la création d’un réseau internationale de refuges pour assurer une meilleure protection au patrimoine culturel, dans les zones de conflit. Ils ont aussi sollicité l’appui du Conseil de sécurité des Nations unies pour la réalisation de cet objectif, en accord avec la charte de l’ONU.

Envoyé spécial
B. DOUMBIA

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