Discours du président IBK à l’occasion du premier anniversaire de la signature de l’Accord de paix pour la réconciliation nationale : « J’AI L’INTIME CONVICTION QUE LA PAIX N’A JAMAIS ÉTÉ AUSSI PROCHE »

Il y a un an, le gouvernement et l’ensemble des mouvements armés parachevaient le processus de signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale.

 

A l’occasion de cet anniversaire, le chef de l’Etat s’est adressé hier à la nation. Dans son message, il revient sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’Accord dans des domaines aussi variés que les réformes politiques et institutionnelles, la défense et la sécurité, le développement économique, social et culturel ainsi que la justice, la réconciliation nationale et les questions humanitaires. Tout en reconnaissant qu’un certain retard et de multiples défis immenses jalonnent encore le processus de paix, le président Ibrahim Boubacar Keïta invite tous nos compatriotes à avoir foi au Mali et à l’Union sacrée. Nous vous proposons le texte intégral du discours du chef de l’Etat.

« Mes chers compatriotes,

Je voudrais vous renouveler mes vœux les plus chaleureux et les plus sincères à l’occasion du mois de Ramadan.

Puisse Le Très Haut exaucer tous les vœux que nous avons ardemment formulés pour la prospérité de notre chère Patrie et le retour définitif de la paix afin que les laborieuses populations de notre beau pays se consacrent, en toute quiétude, aux tâches de développement !

Mes Chers Compatriotes,

Le 20 juin 2015, il y a tout juste un an, le gouvernement de la République du Mali et l’ensemble des mouvements armés parachevaient, ici même à Bamako, le processus de signature de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation nationale au Mali, issu du processus d’Alger. C’était en présence de plus d’une dizaine de chefs d’Etat africains et de nombreuses autres personnalités étrangères.

C’est l’occasion, pour moi, d’exprimer notre profonde reconnaissance à la France, à l’organisation des Nations Unies, à l’Union africaine, à la CEDEAO, à l’Algérie en sa qualité de chef de file de la Médiation internationale et président du Comité de suivi de l’Accord, à l’Union européenne, à l’OCI, au Burkina Faso, à la Mauritanie, au Niger, au Nigeria, au Tchad et aux Etats-Unis d’Amérique, qui n’ont ménagé aucun effort pour la restauration de la paix et de la stabilité au Mali.

Je redis ici notre respect à la MINUSMA qui a payé un lourd tribut pour la stabilisation au Mali. Je félicite vivement mon frère et ami, le ministre Mahamat Saleh Annadif, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et je voudrais, en cette occasion solennelle, lui confirmer la disponibilité totale du peuple et du gouvernement du Mali à travailler étroitement avec lui pour la réussite de sa noble mission.

Ceux qui ont été acteurs ou témoins de cet événement ne se sont point trompés sur sa portée historique, convaincus qu’ils étaient que les Maliennes et les Maliens écrivaient une nouvelle page de leur Histoire millénaire.

Un an après sa signature, l’Accord connaît des progrès certains dans sa mise en œuvre, même si je dois reconnaitre qu’un certain retard et de multiples défis immenses jalonnent encore le processus de paix. C’est par ailleurs le motif pour lequel j’ai nommé cette semaine, en Conseil des ministres, Mahamadou Diagouraga, comme le Haut Représentant du président de la République pour la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la Réconciliation, afin d’assurer un suivi rapproché et diligent des principales étapes du processus et prendre toute décision nécessaire à la prévention de tout blocage éventuel.

Mes chers compatriotes,

En homme de paix soucieux d’abréger les souffrances des millions de populations de notre pays, j’ai porté la mise en œuvre diligente et intégrale de l’Accord au rang d’une priorité absolue. Ce souci est aussi celui du gouvernement, de nuit comme de jour, a mobilisé toutes les ressources et les énergies à cet effet.

Elle est enfin, cette mise en œuvre, la priorité de chaque Malienne et de chaque Malien qui, directement ou indirectement, se trouve marqué(e) de façon inoubliable par le souvenir des affres de l’occupation du Septentrion de notre pays par des hordes de barbares, de terroristes et de narcotrafiquants en 2012-2013.

C’est également le lieu de rappeler les souffrances physiques et morales endurées du fait de l’exil, des violences et autres brimades de toutes natures ainsi que la destruction du patrimoine culturel national.

Dès le lendemain de la signature de l’Accord de paix, le gouvernement s’est donc attelé à la mise en œuvre des engagements qu’il a solennellement pris devant la communauté internationale. Cette mise en œuvre est particulièrement complexe puisque qu’elle recouvre des domaines aussi variés que les réformes politiques et institutionnelles, la défense et la sécurité, le développement économique, social et culturel ainsi que la justice, la réconciliation nationale et les questions humanitaires.

A ce jour, nous avons obtenu des résultats particulièrement édifiants qui sont autant de motifs de croire en la paix et qui nous engagent à poursuivre les efforts en cours. Nous citerons quelques actes posés et des mesures concrètes prises dans ce sens. Ils ne sont pas exhaustifs, mais ils restent suffisamment indicatifs et révélateurs du respect de nos engagements :

Au plan des réformes politiques et institutionnelles, il a été procédé à :
•Black club (cards) la nomination et l’installation des gouverneurs des nouvelles Régions de Taoudéni et Ménaka pour lesquelles une enveloppe de 1 milliard huit cent millions de FCFA a été affectée pour la réhabilitation, la construction et l’équipement d’infrastructures de l’Administration générale ;
•Black club (cards) la promulgation de la Loi instituant les Autorités intérimaires, puis l’adoption du Décret fixant les modalités de mise en place desdites Autorités ;
•Black club (cards) l’amorce du processus de révision de la Constitution, à travers la mise en place du groupe de relecture et l’élaboration du chronogramme de travail, notamment pour prendre en charge les dispositions de l’Accord relatives à la mise en place de la 2ème chambre du Parlement, le Sénat ;
•Black club (cards) la création du cadre institutionnel de la Réforme du secteur de la sécurité (RSS) avec la nomination d’un Commissaire à la RSS ainsi que la relecture en cours du décret créant le Conseil National de la RSS. Ce travail a été fait en collaboration étroite avec les représentants des Mouvements signataires. Dans la même veine, la Commission Nationale de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (CN-DDR) et la Commission Intégration (C-I) ont été aussi créées ;
•Black club (cards) la prise en charge par le gouvernement des combattants des Mouvements signataires, en attendant le démarrage effectif du processus de DDR ;
•Black club (cards) l’identification des vingt-quatre (24) sites de cantonnement à viabiliser et le début de construction de trois (3) sites (Likrakar, Fafa, Inegar) et l’accord pour en construire cinq (5) autres supplémentaires ;
•Black club (cards) la réalisation en octobre 2015 de la première patrouille mixte (FAMA et Mouvements signataires) ;
•Black club (cards) la remise des listes partielles des ex-combattants des Mouvements signataires de l’Accord, en vue de la constitution des premières unités du Mécanisme Opérationnel de Coordination (MOC) et du démarrage des opérations de pré-cantonnement et de DDR.

Au plan du développement économique social et culturel, les efforts ont porté sur :
•o la poursuite des actions de développement sur le terrain là où les conditions de sécurité le permettent, à travers notamment les projets et programmes sectoriels en cours ;
•o la mise en place et l’installation des Agences de Développement Régional (ADR) dans toutes les Régions et le District de Bamako avec une dotation budgétaire conséquente sur l’exercice 2016 ;
•o l’organisation de la Conférence de Paris du 22 octobre 2015 pour la mobilisation des fonds nécessaires à la mise en œuvre de l’Accord (avec 3,2 milliards d’euros d’annonces faites) ;
•o la réalisation de la Mission d’évaluation conjointe sur le Nord du Mali (MIEC-Nord/Mali) dont le rapport final a été déposé en avril 2016 ;
•o la rédaction de la Stratégie spécifique de développement des Régions du Nord du Mali (SSD/RN). Le gouvernement entamera des missions d’information sur le terrain avant de déposer le document finalisé et validé auprès du CSA ;
•o la mise en place, au Ministère de l’Economie et des Finances, d’une équipe chargée de définir l’architecture financière du Fonds de développement durable des Régions du Nord du Mali (FDD/RN). Ce fonds sera alimenté en premier lieu à hauteur de 300 milliards de FCFA sur la période 2016-2018, au titre de « l’effort de paix » du gouvernement malien ;
•o l’augmentation substantielle des inscriptions budgétaires de l’exercice 2016 pour la mise en œuvre de l’Accord pour un montant de 16,4 milliards de FCFA contre 12,2 milliards en 2015 ; et
•o la tenue en mars 2016 de la concertation sur le financement des infrastructures pour le désenclavement des Régions du Nord du Mali, entre le gouvernement et nos partenaires techniques et financiers.

En ce qui concerne la justice, la réconciliation nationale et les questions humanitaires :
•o la relance des services sociaux de base par le gouvernement dans les Régions du Nord, en rapport avec les Mouvements signataires ;
•o l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie et d’un plan d’actions de retour des réfugiés et des personnes déplacées internes. Là aussi, des missions Gouvernement–Mouvements signataires ont été organisées auprès des réfugiés au Niger et au Burkina Faso au cours du mois de mai 2016 ;
•o la signature des Accords tripartites entre le Mali et respectivement le HCR et le Niger d’une part, et le HCR et le Burkina Faso de l’autre. Dans ce même cadre, les négociations se poursuivent avec la Mauritanie ;
•o l’aménagement de quatre (4) sites essentiels à l’installation des réfugiés pour améliorer leurs conditions de retour dans les régions affectées par la crise ;
•o l’actualisation, avec la participation des mouvements signataires et des autres acteurs, du Plan d’Urgence et de Relèvement pendant la période intérimaire 2016-2017, plan dont le coût total se chiffre à environ 222 milliards de F CFA ;
•o le démarrage effectif des travaux de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR). Pour améliorer son caractère inclusif et accroitre aussi la représentation des Mouvements signataires, le gouvernement a adopté des textes modificatifs portant sa composition de 15 à 25 membres. De même, dix (10) Commissaires supplémentaires ont été nommés par le Conseil des ministres du 18 mai 2016 ;
•o l’adoption par le gouvernement d’un décret d’application de la loi relative à l’indemnisation des victimes des événements de 2012 ;
•o l’élaboration d’un avant-projet de document de politique sur la justice transitionnelle, assorti d’un Plan d’actions ; et enfin
•o l’élaboration du Plan national de mise en œuvre de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui permettra de développer des stratégies de lutte contre les violences basées sur le genre et d’élargir la participation inclusive à la mise en œuvre de l’Accord.

Cet état non exhaustif des actions pour coller à la lettre et à l’esprit de l’Accord est cependant diversement perçu.

Toutes les autres actions de développement du pays non liées à l’Accord poursuivent leur cours normal !

Mes chers compatriotes,

Malgré tous ces efforts, il convient de souligner que la dégradation de la situation sécuritaire, ces derniers temps, nous impose d’accélérer la cadence de mise en œuvre de l’Accord. Car, chaque jour qui passe est un jour perdu pour la paix, la sécurité, la réconciliation et le développement du Mali.

Il est plus que jamais temps que tout le monde soit réaliste. Le Mali revient de loin, il se relève lentement et sûrement. Nous en sommes, aujourd’hui, à un moment crucial où seule la traduction effective, dans le concret, de nos sublimes idées peut accélérer nos retrouvailles. La mise en œuvre de l’Accord sera non pas l’œuvre d’un homme ou d’un groupe d’hommes, mais une œuvre collective de construction d’une paix globale et définitive au Mali.

Comme j’ai pu le dire par le passé, nulle part les projets de société ne se sont construits de manière linéaire. Chaque difficulté, chaque échec, nous offre l’opportunité de mieux comprendre et de mieux faire, de nous corriger et de nous surpasser. Sous cet angle, nous avons beaucoup à apprendre de notre crise actuelle pour construire un Etat apaisé et mieux gouverné, plus proche des préoccupations des populations, bref un Etat dont les responsables seront plus que jamais comptables de leurs actes devant une population consciente et exigeante de ses droits.

Au regard des immenses espoirs nourris par le peuple malien, nous sommes condamnés à réussir. Nous avons besoin de paix et de sécurité, d’un pays vivant et fort où il fait bon vivre. Je prends l’engagement de me dédier à ce combat et j’invite tous mes compatriotes à avoir foi au Mali.

Chacun en effet, à son niveau, a pu constater que tout ne se déroule pas comme prévu. En effet, depuis la signature de l’Accord pour la paix, les obstacles à sa mise en œuvre se sont multipliés ; le parcours qu’on a souhaité le plus paisible possible s’est avéré des plus sinueux et improbables, atténuant fortement, par moments, l’enthousiasme et l’espoir de nos concitoyens les plus optimistes.

Certains de nos concitoyens aujourd’hui estiment que le processus en cours est incertain. Les emportés de tous les camps ainsi que les ennemis de la paix, mus par d’autres agendas, poussent à la confrontation et à la rupture du processus. En conséquence, la confiance et le langage de vérité qui sont essentiels à l’aboutissement d’un tel processus ont été fortement mis à l’épreuve, semant le doute et attisant la souffrance des laborieuses populations.

Mes chers compatriotes,

Très prochainement, et telle est notre volonté, nous procéderons à l’installation des Autorités intérimaires, en commençant par les régions du Nord du Mali.

Il en sera de même de l’effectivité du mécanisme opérationnel de coordination avec la participation des Mouvements signataires.

Egalement, et ce sera un axe déterminant de la nouvelle stratégie d’ensemble, nous appellerons à une meilleure coordination entre les partenaires internationaux de la force Barkhane et de la MINUSMA et la partie malienne.

Cette nouvelle dynamique, nous l’espérons, permettra d’agir ensemble et efficacement contre les ennemis de la paix constitués essentiellement de terroristes et de narcotrafiquants de tout acabit.

A cet égard, je me réjouis de la perspective que le Conseil de sécurité se trouve aujourd’hui dans de bonnes dispositions pour examiner favorablement les recommandations du rapport du Secrétaire général. Il est essentiel que le prochain mandat de la MINUSMA lui donne tous les moyens nécessaires pour éviter que ses zones de déploiement ne servent de terrain d’opérations aux forces hostiles à la paix. Telle est la demande maintes fois exprimée par le gouvernement sous mon autorité.

Il est tout aussi important que dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de paix, la MINUSMA appuie, conformément à son mandat et en priorité, le gouvernement du Mali dans la restauration et le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. C’est ce que nous avons toujours réclamé et je suis particulièrement heureux du soutien constant des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO sur ces questions.

Mes chers compatriotes ;

Ce processus en cours, je l’ai voulu, je l’ai porté et j’y crois fermement. Malgré les difficultés du moment, j’ai l’intime conviction que le camp de la paix que j’incarne, contre vents et marées, suit une trajectoire historique. J’ai aussi l’intime conviction que la paix n’a jamais été aussi proche que depuis que nous nous sommes mis ensemble pour travailler à cette fin.

En dépit de nos différences d’appréciation et de nos sensibilités respectives, je voudrais inviter l’ensemble des Maliennes et des Maliens à rejoindre le camp de la paix, à l’élargir, à le renforcer, chacun avec sa perception pour le Mali uni, pour les générations futures auxquelles nous avons l’obligation de transmettre un pays dont elles seront fières.

Je voudrais que l’ensemble de mes compatriotes, sans distinction, comprennent que tout agissement tendant à mettre en difficulté les Institutions de la République se ferait aux dépens de la stabilité de notre pays.

C’est là-dessus que je voudrais inviter tous les patriotes à une union sacrée et placer l’avenir de notre pays au centre de nos préoccupations. Nous en sommes capables, je le sais. Autant que nous sommes capables, dans la ferveur, dans la communion et dans la convivialité, de nous retrouver spontanément chaque fois que l’essentiel parait être mis en cause.

Dans la voie du dialogue, de la tolérance, du pardon et de la réconciliation que nous avons ouverte, plaise à Dieu, en ce mois béni de Ramadan, qu’IL raffermisse notre foi en notre pays et notre volonté d’aller de l’avant pour un Mali de paix, de concorde, de sécurité, de stabilité et de prospérité.

Je vous remercie.

Dieu bénisse le Mali ! »

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