Tarifs des communications et de la connexion : USAGERS TRÈS FACHÉS

orangeLeur courroux s’est abattu principalement sur Orange Mali pour les écarts des tarifs entre le Mali et les pays voisins. Mais Malitel n’a pas été épargné par les critiques

Des abonnés d’Orange-Mali ont décidé de boycotter les produits de l’opérateur de téléphonie mobile, le 1er décembre dernier. Le choix de cette date ne doit rien au hasard : elle correspond à l’anniversaire de l’arrivée d’Orange dans notre pays.
L’initiative du boycott vient de la volonté de plusieurs groupes qui, régulièrement dans leurs discussions, évoquent la cherté de la communication sur le réseau Orange Mali, explique Astou Cissé du mouvement « Stop Arnaque Orange ». Ce mouvement a donc décidé d’engager des actions de protestation, estimant que les traditionnelles associations de consommateurs ne défendent pas suffisamment les usagers du téléphone.
Les animateurs de « Stop Arnaque Orange » s’irritent non seulement du coût jugé « exorbitant » des tarifs de l’opérateur de téléphonie mais aussi de la « différence énorme » des tarifs pratiqués chez nous avec ceux des pays voisins et de la qualité moindre de la connexion toujours par rapport aux voisins. Le Mali, notent-ils, est le seul pays de la sous-région où la connexion internet est un luxe. « C’est inadmissible que pour un débit aussi médiocre, on se retrouve à payer des prix exorbitants. Personnellement, 2 GO me font en moyenne 7 jours. Je me retrouve donc à payer environ 54.000 Fcfa rien que pour l’Internet mobile. Dans les autres pays de la sous-région, la connexion est quasi gratuite, 3 à 4 fois moins cher avec un débit beaucoup élevé. Je suis vraiment agréablement surprise, quand je me retrouve dans ces pays, de la qualité de la connexion et aussi du coût de la communication », développe Astou Cissé.
La liste des doléances des frondeurs est longue. Ils exigent ainsi l’augmentation du débit, la diminution des prix (appels et forfait internet), la suppression du répondeur payant, la réduction des frais Orange Money, le don d’un forfait de dédommagement à tous les abonnés au prorata de leur consommation moyenne mensuelle.
« On veut payer pour ce qu’on consomme et pas plus », réclament les boycotteurs qui ont passé toute la journée du 1er décembre sans utiliser les produits de Orange. Même les 150 à 200% de bonus offerts par l’opérateur dans le cadre de la célébration de son anniversaire, ne les ont pas fait fléchir. « Rien ne nous détournera de notre objectif, celui de dénoncer avec force les pratiques tarifaires d’Orange Mali », soutient Issiaka Kouma, un boycotteur qui invite les autres abonnés à se joindre au mouvement.
Moussa Bolly, lui aussi, est d’avis que le boycott « est une bonne initiative d’autant plus que les écarts de prix sont énormes entre les tarifs pratiqués au Mali et presque tous les pays où cette société est présente en Afrique ». Il estime que la continentalité du Mali se saurait expliquer cette situation. « Dans ce pays, la cherté de la vie est en partie liée à notre résignation alors que nous ne pouvons compter ni sur le gouvernement qui défend un faux libéralisme, ni sur nos associations de consommateurs dont la seule motivation est de siéger dans les conseils d’administration », dénonce notre interlocuteur qui juge qu’il « était alors temps que nous prenions notre destin en main ». Moussa Bolly appelle même à étendre le mouvement à d’autres prestataires de service comme Malitel, Malivision, Canal +, etc.

ECARTS DE PRIX. Pour comprendre la colère de ces usagers, il fallait consulter un tableau des tarifs posté sur les réseaux sociaux quelques semaines avant le mouvement. Le document indique qu’au Sénégal 500 MO sont offerts à 2000 Fcfa avec un haut débit. Au Mali, pour 500 MO, il faut débourser 4700 Fcfa avec un débit qui laisse à désirer. Au Niger, 1 Giga fait 1000 Fcfa pendant qu’au Mali le même Giga coûte 7.500 Fcfa.
Astou Cissé pointe aussi les coûts de la communication téléphonique jugés trop onéreux. « Au Mali, l’appel coûte 108 Fcfa/mn contre 60 Fcfa/mn dans la sous-région. Le SMS coûte 25 Fcfa tandis que les autres pays sont à 10 Fcfa, 15 Fcfa pour le SMS. Un des problèmes et pas des moindres est le répondeur payant. Au bout de quatre sonneries vous êtes automatiquement dirigés vers ce répondeur. Et aussi quand il y a un problème de réseau vous êtes automatiquement dirigés vers le répondeur. Ainsi l’opérateur coupe 2 ou 3 Fcfa sur vos crédits. Imaginez 12 millions d’abonnés qui tombent en  moyenne deux à trois fois par jour sur le répondeur de leurs correspondants, ça fait combien de millions en une journée ? », interroge l’activiste.
Orange Mali a son explication pour les écarts de tarifs. Selon Anouk Bertucat, la directrice marketing de l’opérateur, l’écart tarifaire est, entre autres, imputable à la situation géographique. « Le Mali est un pays enclavé, et pour pouvoir être connecté à l’international, nous dépendons du Sénégal et de la Côte d’Ivoire», précise-t-elle. Cette explication peine à convaincre les boycotteurs qui font remarquer que dans ce cas, nous devrions avoir sensiblement les mêmes tarifs que le Niger et le Burkina Faso. Pour Tidiane Ball, spécialiste en télémédecine, il faudra trouver un argument plus convaincant. « En 2009, 1 seul câble sous-marin reliait le continent au reste du monde contre 6 en 2015. Tout a changé ou presque, sauf les tarifs et les débits internet au Mali. Comparativement aux autres pays de la sous-région Internet reste inaccessible pour la majorité des Maliens ».
Pourquoi, le boycott ne s’est-il pas étendu à Malitel ? Selon les initiateurs du mouvement, Malitel ne possède même pas un bon service client. Cela signifie que la société ne se soucie pas de ses clients et de son image. S’attaquer à cette société serait donc une perte de temps. De plus, jusqu’à récemment, Malitel ne proposait qu’une solution de connexion ADSL qui exige une ligne téléphonique. Aujourd’hui, la société propose une solution Mobile Wifi qui permet la connexion sans fil.
Pour déterminés qu’apparaissent ses promoteurs, le mouvement de boycott n’a pas fait l’unanimité, loin s’en faut. « Je ne boycotte pas, parce que Malitel n’a pas su convaincre les gens de ne pas aller chez Orange. Je suis reconnaissant envers Orange qui vendait ses premières SIM à 30.000 Fcfa tandis que Malitel les vendait entre 300.000 et 600.000 Fcfa. Qu’est-ce que Malitel a fait pour que tous les Maliens aient un numéro de téléphone à un prix raisonnable ? », s’est ainsi interrogé un usager du téléphone.
Le mouvement de boycott du 1er décembre fait suite à une pétition qui circule sur Internet depuis quelque temps pour exiger une révision à la baisse des tarifs Orange-Mali. Affaire à suivre ?

A. DIARRA

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