Au rebond: LES PÉPITES ET L’ÉPINE

UNEUn groupe exceptionnel a émergé à la CAN et s’est confirmé au Mondial. Il faut maintenant l’aider à grandir

Les Maliens eux-mêmes ne mesurent sans doute pas à quel point notre pays est profondément une terre de football. Un de nos jeunes confrères de retour de la CAN des U20 organisée en début d’année à Dakar nous relatait que nos collègues sénégalais ne cachaient pas leur étonnement devant l’affluence plus que correcte qu’avaient réussi à se préserver les compétitions locales maliennes et devant l’engouement qui continuait d’entourer les derbies entre frères ennemis de l’intérieur. Cela malgré la saignée régulière qui fait régulièrement partir les meilleurs de nos locaux vers des destinations parfois improbables. Le Sénégal, confronté au même exode des talents naissants, se désole, lui, de constater à quel point ses tribunes sonnent aujourd’hui creux.
Le Mali est donc à sa manière est une nation footballistique atypique. Les supporters se souviennent certainement que la CAN Cadets organisé dans notre pays en 1995 avait époustouflé tous les observateurs étrangers en enregistrant des affluences populaires comme n’en avait jamais connu une compétition d’âge en Afrique. Ce constat fut pour beaucoup dans l’octroi à notre pays de la CAN 2002. Lors de cette compétition, le talentueux Japhet N’Doram, venu en qualité de talent scout de l’AS Monaco, n’avait pas caché avoir été bluffé par le nombre de dames et de jeunes filles se rendant aux matches, phénomène qu’il n’aurait jamais imaginé se produire en Afrique. Il y a donc en matière de football une particularité malienne en ce qui concerne l’implantation populaire de ce sport dit roi.
Un engouement d’une force aussi exceptionnelle rend encore plus difficiles à accepter les paradoxes de l’année 2015, année au cours de laquelle notre football a visité pratiquement tous les extrêmes. En effet, ces onze derniers mois ont fait cohabiter chez les supporters maliens des émotions absolument contradictoires. Tout d’abord, l’amertume née du comportement décevant à la dernière CAN des Aigles, victimes avant tout des options frileuses d’un encadrement technique qui à force de faire jouer l’équipe avec le frein à main tiré a exposé celle-ci aux aléas d’un tirage au sort antédiluvien.

DES MOMENTS EXCEPTIONNELS. Puis le plaisir suscité par la pluie quasi discontinue de consécrations engrangées par les talents naissants maliens et qui laisse augurer de lendemains fastes pour notre football à condition que l’encadrement idoine soit fourni à la gestion de la carrière des jeunes pousses. Mais aussi l’effarement devant les proportions prises par le combat engagé pour le contrôle de la Fédération malienne de football. Mais également l’incompréhension devant les récentes prétentions financières présentées par les Aigles et qui détonnent avec le discours patriotique tenu par les sélectionnés jusqu’à un passé très récent.
Pour le moment, faisons le choix d’être avant tout supporter. Prenons le temps de saluer les U17 pour les moments exceptionnels qu’ils nous ont donnés lors du Mundial chilien. Rendons-leur le juste hommage qu’ils méritent pour avoir incarné ce que des footballeurs peuvent offrir de meilleur à ceux qui aiment le ballon rond : l’audace d’entreprendre, le désir de vaincre, la volonté de se battre ensemble et la foi en ses propres forces. Félicitons aussi le coach Baye Bah pour le credo professé vendredi dernier sur les ondes de RFI. « Ce sont des enfants, avait-il dit, il faut les laisser jouer ». L’entraîneur reconnaissait ainsi de manière implicite qu’il avait laissé se développer au sein de ses protégés une forme de management interne. Celui-ci donnait notamment la latitude aux Aiglonnets aussi bien de s’évaluer que d’analyser leurs futurs adversaires et d’échanger sur la meilleure manière de contrer ceux-ci.
Ce qui facilitait ensuite à l’entraîneur l’obtention d’une entière adhésion à la tactique mise en place. La méthode utilisée a certainement favorisé l’épanouissement des jeunes joueurs, renforcé la cohésion du groupe et forgé le répondant mental qui a permis de traverser sans dommage les moments creux (du moins jusqu’à la finale). La démarche avait cependant ses limites et celles-ci pouvaient se résumer en un constat majeur, l’absence de plan B. Cela fut évident dans tous les matches à élimination directe. Les Aiglonnets ont en effet été secoués par moments par le jeu collectif des Nord-Coréens et ils n’avaient pas trouvé de vraies réponses aux problèmes que leur ont posés les réaménagements tactiques opérés en cours de match par les entraîneurs de la Croatie et de la Belgique.
UN PAROXYSME INÉDIT. Cette faiblesse a été lors de trois rencontres compensée par le bagage technique de la sélection malienne et par la très bonne animation offensive de l’équipe. Elle a été malheureusement rédhibitoire en finale. Le plan de bataille malien (pressing constant et intensité de jeu) a fonctionné à merveille pendant toute la première mi-temps, mettant en très grande difficulté le champion du monde en titre. Mais les nôtres ont été désarçonnés par le choix du Nigéria de jouer long et physique à la reprise. Ils ont donc littéralement plongé pendant une vingtaine de minutes, commis une énorme erreur défensive sur le premier but nigérian et laissé leurs adversaires exploiter de manière décisive ce temps fort. Au bout du compte, on ne peut s’empêcher de que nos jeunes gens n’aient pas obtenu la consécration qu’ils pouvaient légitimement décrocher. Mais il ne faut pas oublier que, même en catégorie d’âge, dans les compétitions du niveau d’une Coupe du monde, ceux qui fréquentent régulièrement ce haut niveau partent avec un avantage certain.
Le Nigéria qui avait pour lui l’expérience accumulée par l’acquisition de quatre titres possédait un art certain pour gérer les matches difficiles. Ce n’était pas le cas du Mali qui a été nettement défait sans avoir été outrageusement dominé. Il ne reste aux nôtres qu’à admettre que dans certaines circonstances l’habileté supplante le talent et le métier prévaut sur l’enthousiasme. Le match de dimanche illustre cette dure vérité. Il faut maintenant tourner la page et se préoccuper de la progression d’une pléiade d’éléments très prometteurs, dont deux ont été primés au terme de la compétition. Nous ferons une mention toute spéciale pour le keeper Samuel Diarra. Cela fait en effet très, très longtemps que le vivier malien n’avait pas sorti un gardien d’une telle qualité. Réflexes, sûreté, autorité et leadership, rien ne manque à ce jeune prodige que les encadreurs devraient tout particulièrement couver.
Plus largement, la tâche de protéger les talents en herbe revient tout naturellement à la Fédération malienne de football. Si une veille adéquate est assurée sur la relève de qualité que proposent les U17 et les U19, notre pays se garantira une présence aux avant-postes africains pour les dix prochaines années. Mais les pépites seront-elles préservées, comme il se doit ? Nous ne serons pas en mesure de répondre par l’affirmative tant que l’épine de la discorde restera plantée au cœur du milieu dirigeant Aujourd’hui, l’affrontement a atteint un paroxysme inédit. Il ne reste plus qu’à espérer qu’après être allés aussi loin dans l’intransigeance, les protagonistes fassent l’effort d’un retour au compromis. Afin d’éviter à notre football de se tirer une balle dans le pied.

G. DRABO

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