10è Rencontres africaines de la photo : BAMAKO RETROUVE LES MAÎTRES DE L’IMAGE

10 E« Sans les artistes, le monde serait difficile à vivre », c’est par cette expression que le Premier ministre Modibo Kéïta a introduit son discours de la cérémonie d’ouverture des 10è Rencontres africaines de la photographie de Bamako.

 C’était samedi dernier dans l’enceinte du Musée national. En présence de nombreux membres du gouvernement, des ambassadeurs accrédités dans notre pays, des photographes, etc.
En effet, trois ans après la dernière édition, les photographes d’Afrique et du reste du monde étaient tout heureux de se retrouver à Bamako pour célébrer cette importante biennale qui n’avait pu avoir lieu en 2013 pour raison de crise politique et sécuritaire. Le chef du gouvernement a rappelé donc la nécessité de cette rencontre des artistes dans notre capitale qui nous permet de marquer de façon solennelle la sortie de crise. Revenant sur ce passage à vide de la manifestation entre 2011 et 2015, Modibo Kéïta a estimé que « l’absence ne veut pas dire rupture, mais une évolution » dans l’organisation. Il a prié pour que les circonstances qui ont amené cette absence de la manifestation ne reviennent plus dans notre pays.
Pour lui, le Mali ne défie certes pas le temps, mais il marque sa présence dans l’univers des nations. « Ainsi la présence des hommes et des femmes qui figent les images, est réconfortant dans la mesure où ils nous permettent de jeter un regard sur notre passé pour savoir où nous en sommes et où nous partons », a-t-il développé tout en rappelant que l’art est aux antipodes de l’intolérance.
Auparavant Mme Diaye Ramatoulaye Diallo, ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, a indiqué que le gouvernement, en s’inscrivant résolument dans la dynamique de la recherche d’une paix durable, entrevoit cet évènement majeur de la photographie comme l’image même de la relance.
Dans un message, le président français François Hollande a indiqué que les Rencontres de Bamako sont une invite à un avenir meilleur que le Mali avec l’accompagnement de ses partenaires construira grâce à la volonté de son peuple à aller de l’avant. Il a ensuite salué « la parfaite coopération entre la France » dans le domaine de la culture.
L’ambassadeur de France au Mali Gilles Huberson, a estimé que la tenue de cette biennale constitue un symbole du retour à la normalité du Mali. Le diplomate a ensuite rendu un hommage à l’art et à la culture du Mali avant de réitérer l’engagement de son pays à se tenir à nos côtés.
Cette édition des Rencontres africaines de la photo présente une série d’expositions dont la sélection officielle qui est visible au Musée national. Les artistes qui participent à cette exposition sont également en compétition pour le grand prix Seydou Kéïta. Les autres expositions sont présentes au Musée de Bamako, au Mémorial Modibo Kéïta, à la Maison africaine de la photo et à l’Institut français du Mali.
Organisées tous les deux ans depuis 1994, les Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie, sont la première et la principale manifestation consacrée à la photographie africaine. Véritable plateforme de découvertes, d’échanges et de visibilité, les Rencontres de Bamako s’inscrivent comme le lieu incontournable de révélation des photographes africains et de rencontres avec les professionnels du monde entier.
Ambitionnant de soutenir le développement professionnel des photographes africains et de contribuer à l’émergence de la photographie africaine comme moyen d’expression artistique susceptible de véhiculer une image du continent produite par les africains eux-mêmes, la Biennale de la photographie, existant depuis 1994, est le lieu par excellence pour créer les conditions de valorisation de la création photographique africaine dans un contexte international afin de permettre aux photographes d’accéder au marché international.
La participation massive des professionnels de l’image à la présente édition témoigne du dynamisme de l’équipe en charge de l’organisation pilotée par le directeur général du Musée national Samuel Sidibé et la directrice artistique de la manifestation Olabissi Silva.
La thématique retenue pour cette édition, « conter le temps», vise à utiliser la photographie comme un médium d’exploration de la notion de temporalité à travers la narration du passé, du présent et du futur. Elle s’adapte parfaitement aux bouleversements récents qu’ont connus le Mali et les régions avoisinantes.

Y. DOUMBIA

LES ARTISTES RACONTENT LE TEMPS

Les 10è Rencontres de Bamako présentent une sélection de 39 artistes dans l’exposition panafricaine suite à un appel à candidatures international. L’événement propose également plusieurs monographies et expositions thématiques ouvrant des possibilités discursives autour de la notion du temps. D’autres projets rendront hommage à cette 10e édition de la Biennale. « Nous découvrirons par exemple les pratiques photographiques lusophones. Un programme d’ateliers et de table-rondes sera également proposé », a révélé Bisi Silva, la directrice artistique qui a expliqué que le concept du temps en Afrique a fait l’objet de nombreux débats populaires et philosophiques portant sur les retards technologiques, les questions de temporalités coloniales liées à la montée du capitalisme, ou encore avec les interventions des mouvements de libération dans leur rôle de déconstruction du temps colonial, portés par des projets de liberté, d’indépendance et de développement identitaire et civique.
Cependant, les artistes sélectionnés restituent ces débats et ces histoires comme étant incomplets, en cours d’écriture, grâce à des enquêtes de terrain sur les récents conflits sociopolitiques. C’est le cas d’artistes tels que Jean-Euloge Samba ou Hippolyte Sama. C’est ce que l’on voit dans les travaux sur l’urbanisme et l’architecture de Helga Kohl, Filipe Branquinho et Simon Gush.
Les artistes utilisent la photo, le film, la vidéo ou l’animation pour construire des visions du temps fragmentées, disjointes ou récursives par nature, comme autant de façons de raconter les histoires, les expériences et les désirs.
Tandis que des artistes comme Malala Andrialavidrazana, Seydou Camara et George Mahashe utilisent des archives pour questionner les traditions culturelles et historiques, le Collectif Perinium, Georges Senga, Aboubacar Traoré ou Mudi Yahaya déploient des stratégies de reconstitution et proposent des récits qui réinventent des futurs possibles.
L’édition 2015 a la particularité d’être « l’édition anniversaire ». Outre la dimension artistique de la manifestation, la tenue de cette édition permet de ramener dans le pays l’actualité sur des enjeux culturels plus «positifs» en terme d’image et de relance économique. Elle donne lieu à une rétrospective sur les éditions passées. Le projet artistique s’articule autour de la narration du temps. Les photographes sont invités à raconter l’Afrique non pas à travers une vision superficielle des choses, mais dans une tentative d’aller, par l’image, dans la profondeur de la réalité de leur temps. Cette approche permet de créer un lien entre le passé, le présent et le futur du continent. Elle s’adapte parfaitement aux bouleversements récents qu’ont connus le Mali ainsi que l’Afrique du Nord avec les Printemps arabes ou, plus récemment, le Burkina Faso.
Y.D.

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