Journée de la jeune fille : MESSAGES FORTS POUR SON MAINTIEN A L’ECOLE

FILLES 1La célébration a été l’occasion de lancer la campagne nationale de la lutte contre le mariage précoce qui est l’un des facteurs contre la scolarisation des jeunes filles

Notre pays, à l’instar de la communauté internationale, a célébré hier la Journée internationale de la jeune fille. Le thème retenu pour cette 4e édition dans notre pays était : « Le maintien des filles à l’école, un moyen efficace de lutte contre le mariage précoce». Cet évènement couplé au lancement de la campagne nationale de lutte contre le mariage précoce, était placé sous la présidence de la Première dame, Mme Keïta Aminata Maïga.
Les festivités se sont déroulées dans la commune rurale de Konobougou dans la Région de Ségou. C’était en présence de plusieurs membres du gouvernement notamment le ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Mme Sangaré Oumou Ba. Etaient également présents le représentant résident de l’Unicef dans notre pays, Fran Equiza, le gouverneur de la région de Ségou, Thierno Bocar Cissé, les acteurs intervenant dans le domaine de la promotion et de la protection des enfants dans notre pays, les autorités politiques, administratives et notabilités de Konobougou et plusieurs autres invités.
La Journée internationale de la jeune fille a été instituée par les Nations unies en 2010 pour concrétiser l’engagement de la communauté internationale suscité par une longue action de plaidoyer des organisations de la société civile œuvrant dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’enfant et de l’équité du genre.
Cette journée vise à reconnaître les droits de la jeune fille ainsi que les difficultés spécifiques auxquelles celle-ci est confrontée, afin d’y apporter des solutions idoines. En effet, les filles subissent des taux plus élevés de violence, de pauvreté et de discrimination comparativement aux garçons. Il s’agit des violences basées sur le genre (mariage précoce, excision, viol etc.). En plus, elles ont peu accès aux services de santé, en particulier la santé de la reproduction.
Selon le rapport du Fonds des Nations unies pour la population « Marring too young end child » (le mariage précoce détruit l’enfance), si l’on n’agit pas vite pour renverser la tendance, ce sont plus de 140 millions de filles dont 50 millions de moins de 15 ans qui seront mariées entre 2010 et 2020. Dans notre pays, selon l’EDSM-V, 50% des femmes qui avaient entre 15 et 49 ans au moment de l’enquête étaient déjà mariées avant l’âge de 18 ans parmi celles-ci 20% étaient déjà en union avant leurs 15 ans.
Le lancement de la campagne nationale de lutte contre le mariage précoce couplé à la célébration de la journée dédiée à la jeune fille donne donc l’occasion aux différents acteurs en charge de la promotion des droits des filles et des adolescentes, d’examiner d’une part les progrès accomplis dans l’accès aux droits qui leurs sont reconnus y compris la jouissance du principe d’équité et d’égalité. D’autre part, la journée sert de cadre pour susciter l’intérêt des décideurs et du public en faveur de la mobilisation des ressources de qualité pour mieux bâtir un environnement favorable à leur plein épanouissement et à leur autonomisation.
Le thème de cette journée est une invite pour des actions en faveur du maintien de la fille à l’école. Notre pays enregistre des avancées significatives en termes d’accès des filles à l’école. Cependant, des efforts doivent être redoublés, afin de favoriser leur maintien à l’école. Il est reconnu que l’une des nombreuses raisons et la plus fondamentale de l’abandon de l’école par les filles, reste le mariage précoce. Selon une analyse des données sur le suivi des indicateurs de l’enseignement fondamental dans notre pays de 2011-2012 à 2014-2015, le taux d’achèvement comparatif filles-garçons au second cycle est respectivement de 25,7% contre 39,3% en 2012, 24,5% contre 33% en 2013. Ces indicateurs démontrent à suffisance le très faible taux d’achèvement au niveau de ce cycle d’enseignement avec une tendance plus défavorables aux filles.
Fran Equiza a souligné qu’à travers la politique nationale de protection de l’enfant, l’Unicef apprécie les progrès réalisés par le gouvernement en matière de promotion des droits de l’enfant. Cependant, a-t-il tempéré, l’organisme onusien reste préoccupé par la problématique du mariage précoce ainsi que le non maintien des filles à l’école dont les indicateurs sont alarmants. Le mariage précoce, a rappelé le patron de l’Unicef dans notre pays, est un facteur important dans la faible scolarisation des filles. Or, il est établi que la prévalence du mariage des enfants diminue si le niveau d’éducation d’une femme et le niveau socio-économique d’une famille sont élevés.
Pour Fran Equiza, la persistance du mariage précoce est un facteur qui va continuer de tirer vers le bas le taux de scolarisation et de maintien des filles à l’école. Ce qui va entrainer un fort taux de grossesses précoces et son corollaire de mortalité maternelle et néonatale. Ainsi que les faibles indicateurs en ce qui concerne l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

MALGRE LE NOUVEAU CODE DE LA FAMILLE. Mme Sangaré Oumou Ba a évoqué la campagne nationale de lutte contre le mariage précoce comme étant un moyen d’identifier les voies et moyens à même d’éviter à la petite fille les affres et les contraintes du foyer conjugal occasionnées par le mariage précoce et forcé. Elle a déploré le fait que le phénomène continue dans notre pays malgré l’adoption en décembre 2011 du nouveau code des personnes et de la famille.
Pour Mme Sangaré Oumou Ba, chacun de nous a l’obligation d’un changement de comportement qui nous engage à aller au delà des pesanteurs socioculturelles. Elle a annoncé que son département s’est engagé avec ses partenaires dans la réalisation d’une étude nationale sur le mariage précoce ainsi que dans l’élaboration d’une stratégie nationale pour son éradication. Elle a exhorté à plus de détermination pour maintenir l’élan et l’ardeur dans la lutte contre le mariage des enfants dans notre pays. « C’est seulement à ce prix qui nous parviendrons à extirper de notre pays cette pratique qui affecte dangereusement, la santé de la fille, sa scolarisation et son maintien à l’école », a souligné Mme Sangaré Oumou Ba.
L’épouse du président de la République, Mme Keïta Aminata Maïga a souligné que dans les communautés où le mariage d’enfant prévaut, marier une fille s’inscrit dans une série de normes sociales et d’attitudes qui reflètent le peu de valeur accordée aux droits humains des filles. Elle a exprimé sa solidarité avec toutes les filles du Mali, d’Afrique et du monde qui veulent voir leurs droits respectés, qui veulent aller au bout de leur scolarité et qui veulent vivre à l’abri de la violence et de la discrimination.
La Première dame a souligné la nécessité de nouer des alliances stratégiques et opérationnelles avec les pères et les mères des enfants, avec les enseignants, avec les chefs traditionnels et coutumiers, avec les organisations de la société civile, avec les leaders religieux et le gouvernement pour renverser la tendance et éradiquer le mariage des filles dans notre pays.
L’épouse du chef de l’Etat a procédé à la mise en route de la caravane contre le mariage d’enfant qui va sillonner pendant près de 10 jours l’axe Konobougou, Ségou et Mopti pour sensibiliser, informer les communautés sur les méfaits de cette pratique dangereuse pour la santé de la fille, sa scolarisation et son maintien à l’école.
Animation folklorique, remise de fournitures scolaires aux filles excellentes à l’école et le sketch des enfants sur le mariage d’enfant et ses conséquences ont été aussi des temps forts de cette célébration.
M. A. Traoré

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