Alimentation : LA MINUSMA S’APPROVISIONNE DANS LES PAYS VOISINS

boulangerie

Pains congelés, viande, poisson, volaille, légumes, fruits… la mission onusienne préfère les faire venir de l’extérieur

La crise de 2012 a plongé notre économie dans la morosité. La sortie de crise s’accompagne d’une reprise de l’activité économique dans divers secteurs. Principalement, les hôteliers qui avaient été frappés de plein fouet par la baisse de fréquentation de notre pays, ont commencé à voir le bout du tunnel. L’arrivée des missions de l’ONU, de l’Union européenne et de l’Union africaine dans le cadre de l’appui à la stabilisation du pays, a été un véritable bol d’oxygène pour nombre d’hôteliers. Si dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, on se frotte les mains, ce n’est pas le cas des boulangers.
L’Union nationale des boulangers et pâtissiers du Mali tire sur la sonnette d’alarme à cet effet. Son président Boubacar Mallé ne comprend pas pourquoi la Minusma préfère importer massivement du pain congelé pour ravitailler ses soldats, privant du coup les boulangers maliens d’un marché qui devrait contribuer à la reprise de l’économie.
Cette situation est jugée inacceptable par les boulangers. « L’arrivée de la Minusma a constitué un espoir immense pour tous les opérateurs économiques maliens qui espéraient pouvoir décrocher les marchés de l’approvisionnement des Casques bleus et du personnel civil en biens de consommation. Mais nos espoirs se sont vite volatilisés. Car la mission onusienne a choisi d’importer ses besoins alimentaires et nutritionnelles d’autres pays de la sous-région au détriment des entreprises locales », constate Boubacar Mallé. Ce marché, estime-t-il, aurait dû revenir aux opérateurs maliens parce que la mission onusienne opère sur le territoire national et est censée contribuer à la stabilisation de notre pays sur tous les plans, y compris socioéconomique.

60.000 MICHES CONGELEES. Pour lui, la filière du pain est aujourd’hui injustement pénalisée parce que ce sont des boulangeries de Côte d’Ivoire et du Sénégal qui assurent l’approvisionnement des troupes onusiennes en pain. Boubacar Mallé révèle ainsi que la Minusma importe quotidiennement plus de 60.000 miches congelées de pain pour une valeur de plus 15 millions de Fcfa.
« Nous demandons la réparation de cette injustice à travers l’attribution aux boulangeries et pâtisseries maliennes des marchés de fourniture de pain de la Minusma», exige, par conséquent, le président de l’Union nationale des boulangers et pâtissiers du Mali.
Notre pays compte aujourd’hui plus de 600 boulangeries qui génèrent plus de 50.000 emplois directs et indirects. « Les boulangeries modernes sont présentes sur toute l’étendue du pays avec une majorité à Bamako. Elles utilisent principalement de la farine de blé, produite localement généralement par les trois minoteries du pays. Et notre pays a enregistré ses dernières années, le développement d’une filière ultramoderne à travers l’installation de boulangeries-pâtisseries de dernière génération dotées d’outils et techniques de fabrication de pains, de pâtisseries et de viennoiseries répondants aux normes internationales. Voilà pourquoi nous avons du mal à comprendre l’importation du pain par la Minusma », analyse-t-il.
La boulangerie n’est pas le seul secteur qui se sent lésé par le fait que la Minusma importe une bonne part de ses besoins alimentaires et nutritionnels. La mission onusienne fait, en effet, venir aussi de l’extérieur du pays de la viande, du poisson, de la volaille, des légumes, des fruits, des boissons, etc. Pour certains produits comme la viande, la volaille et même des fruits, c’est paradoxalement le Mali qui fournit les pays voisins où la mission de l’ONU préfère s’approvisionner.
Au département du Commerce, cette situation constitue une préoccupation majeure. « Nous avons été informés de cette situation par les acteurs des filières concernées. Nous sommes aussi peinés de voir que la Minusma importe des produits à partir de pays voisins alors que les mêmes produits sont disponibles, et même de meilleure qualité, ici. La viande par exemple, c’est le Mali qui fournit du bétail dans ces pays », regrette notre source.
Mais le département du commerce n’est pas un interlocuteur direct de la Minusma. « Nous allons donc soumettre ces doléances au ministère des Affaires étrangères qui se chargera d’en discuter avec la Minusma. Il est vrai qu’elle contribuerait plus encore à la stabilité du pays en faisant bénéficier aux opérateurs économiques maliens de ses commandes de biens de consommation. Mais il faut savoir que les lois autorisent la mission à s’approvisionner où elle veut », tempère notre interlocuteur.
Du côté de la Minusma, nos multiples tentatives pour recueillir une réaction ont été restées vaines.

D. DJIRE

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