Paix et réconciliation: À PORTÉE DE MAIN

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Une dizaine de chefs d’Etat africains ont assisté vendredi à la cérémonie historique de signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation. Ils ont été témoins de la naissance de ce pacte qui devra sceller la concorde, permettant ainsi à notre pays de tourner la page de plusieurs années de conflit

Vendredi 15 mai 2015. Il était 17h18 au Centre international de conférences de Bamako, lorsque le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop s’est assis à la table pour signer en première position l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Un moment fort d’émotion à auquel des centaines d’invités épris de paix ont tenu à être des témoins. Ensuite ce fut au tour d’Ahmed Ould Sidi Mohamed, Me Harouna Toureh et Fahd Ag Almahmoud de signer le document au nom des mouvements signataires de la Plateforme. Mais la grande surprise est venue du côté de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Au moment où on ne l’attendait pas à la cérémonie, deux de ses représentants ont fait leur apparition pour venir signer l’accord. Il s’agit de Mohamed Ousmane Ag Mahamedoun de la Coalition pour le peuple de l’Azawad (CPA) et Pr Younoussa Touré de la Convergence du mouvement des forces patriotiques pour la résistance (CMFPR2).
La série de signatures du document s’est poursuivie avec les représentants de la médiation internationale et ceux des pays du champ : Ramtane Lamamra (Algérie), Mongi Hamdi (Nations Unies), Pierre Buyoya (Union africaine), Kadré Désiré Ouedraogo (CEDEAO), Djibril Bassolé (OCI), Michel Dominique Reveyrand de Menthon (Union européenne), Nicole Angeline Zan Yelemou (Burkina), Khadijatou Mbareck Fall (Mauritanie), Aichatou Boulama Kané (Niger), Aminu B. Wali (Nigeria), Abderahim Bireme Hamed (Tchad). C’est Annick Girardin, secrétaire d’Etat français chargé au Développement et à la Francophonie qui a signé en dernière position pour son pays, membre de la médiation étendue.
Tout ce beau monde a signé l’accord sous les yeux d’une dizaine de chefs d’Etat africains qui ont tenu à être témoins de cet événement historique au bord du fleuve Djoliba : Alpha Condé de la Guinée, Robert Mugabé du Zimbabwe, Faure Gnassingbé du Togo, Mahamadou Issoufou du Niger, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, John Dramani Mahama du Ghana, Paul Kagamé du Rwanda, Mohamed Ould Abdel Aziz de la Mauritanie, Michel Kafando du Burkina, Goodluck Jonathan du Nigeria. On notait aussi la présence du président du Conseil de la nation d’Algérie, Abdelkader Bensalah, du vice-président Equato-Guineen, du président de l’Assemblée nationale du Sénégal, Moustapha Niass, du secrétaire général de la Francophonie, Michaelle Jean, du sous secrétaire d’Etat adjoint américain pour les Affaires de l’ouest et le Sahel, Bisa Williams.

EN TERRE COMMUNE. Au delà de la signature de l’accord, la cérémonie a été aussi marquée par plusieurs déclarations ayant porté pour l’essentiel sur les remerciements, les félicitations et les encouragements pour que notre pays puisse tourner définitivement la page de cette longue crise et se consacrer désormais à son développement.
Dans son intervention, le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a déclaré que l’accord qui vient d’être signé par les parties est le résultat d’un accompagnement constant de la Communauté internationale avec à sa tête l’Algérie. L’Accord va sceller la paix, la réconciliation et le développement au Mali, a espéré le ministre Diop. Son homologue algérien qui a conduit les négociations, a renouvelé l’engagement de son pays et des autres membres de la médiation à soutenir le vaste chantier de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation. Le paraphe de l’accord par une partie de la Coordination à Alger le 14 mai est un développement positif pour la paix et la réconciliation au Mali, a indiqué Ramtane Lamamra, avant d’inviter toutes les populations du Nord de notre pays à s’impliquer dans la reconstruction du Mali de demain.
Le représentant de la Coordination des mouvements de l’Azawad, Souleymane Ag Akily, s’est dit très heureux que les “frères maliens se retrouvent en terre commune pour faire la paix après plusieurs années de souffrance des populations”. « La paix commence aujourd’hui. Nous devons tous nous y investir », a-t-il lancé avant d’ajouter que son groupe ne faillira pas à son engagement pour la paix et la réconciliation. Le responsable de la CMA a terminé son intervention par une citation du célèbre président américain John Kennedy : « l’humanité devra mettre un terme à la guerre ou la guerre mettra un terme à l’humanité ». Il a été vivement ovationné.
Quant au représentant de la Plateforme, Me Harouna Touré, il dira que cette cérémonie est historique en ce sens que l’accord signé fixe les règles de jeu auxquelles toutes les parties doivent se soumettre pour la paix et pour le bonheur des populations du Nord du Mali. Me Toureh a insisté sur le fait que le pardon ne peut en aucun cas exclure la recherche de vérité comme pour dire que les crimes commis au Nord ne doivent pas rester impunis au nom de la paix et de la réconciliation.
Au nom du collectif des chefs traditionnels et coutumiers des régions du Nord et de Mopti, l’Amenokal Bajan Ag Hamatou a réitéré une totale adhésion à l’accord de paix avant d’inviter le gouvernement, les groupes armés et la -Communauté internationale à diligenter sa mise en œuvre dans l’intérêt supérieur de la nation.
Pour la secrétaire générale de la Francophonie, la sécurité et la stabilité sont nécessaires pour la prospérité d’un pays. Michaelle Jean a ainsi invité les protagonistes maliens à faire la paix des braves. « Nous croyons que la moisson de la paix ne saurait tarder. Nous espérons que vos espoirs vont triompher sur les forces de la division… Nous sommes là pour dire que vous n’êtes pas seuls », a-t-elle déclaré.
Pour sa part, le représentant du secrétaire général des Nations unies dira que l’accord signé est équilibré et novateur pour ouvrir une nouvelle page de paix au Mali. Hervé Ladsous a invité les parties à garder le fil du dialogue pour que ceux qui n’ont pas encore signé n’aient aucun prétexte pour reprendre les armes. C’est aussi le point de vue du représentant de l’OCI, Djibril Bassolé qui a indiqué que la signature d’un accord n’est pas la fin du processus.
La sous secrétaire d’Etat adjointe américaine pour les Affaires de l’Ouest et le Sahel, Bisa Williams, a vivement félicité les signataires de l’accord et appelé les groupes séparatistes de la CMA à le faire sans délai. La diplomate américaine a appelé les protagonistes à respecter cet accord et le cessez-le-feu. 
 Pour la secrétaire d’Etat français chargée au développement et à la Francophonie, la dynamique qui a abouti à la signature de cet accord, doit être maintenue pour la paix et la réconciliation au Mali. La France, a ajouté Annick Girardin, apportera sa contribution dans l’atteinte de cet objectif.

UN REGIME DE SANCTION. Après avoir incité le trio de la CMA (MNLA-HCUA-MAA tendance radicale) à signer l’accord, l’envoyée de François Hollande n’a pas exclu une résolution de la France auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour un régime de sanction contre les parties qui vont violer l’accord signé.
Le président Robert Mugabe qui a été plusieurs fois ovationné par le public du CICB a tenu un long discours panafricaniste en prônant la paix et l’unité sur le continent. Il a rappelé le combat des pères fondateurs de l’Organisation de l’Unité africaine comme Modibo Kéita, Sékou Touré et Kwame Nkrumah. Il faut également retenir de l’intervention du président en exercice de l’UA, ce cri de cœur qu’il a lancé aux groupes armés radicaux. « Mouvements de l’Azawad, nous sommes avec vous tant que vous avez la paix dans le cœur », a dit Robert Mugabé.
Quant au président guinéen, il a appelé les Maliens à faire la paix et la réconciliation. A ce propos, Alpha Condé a souhaité voir à cette cérémonie historique la présence d’Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré aux côtés des deux autres anciens présidents, le général Moussa Traoré et Pr. Dioncounda Traoré.
L’intervention un peu musclée du président Ibrahim Boubacar Kéita a réveillé le public qui commençait à somnoler après plus de 6 heures d’affilée (voir discours integral en page 4). Venu en salle avec un discours de 12 pages, le président Kéita a finalement décidé de laisser parler son cœur à cet instant historique pour l’avenir de notre pays. Après avoir remercié les amis du Mali pour leur implication dans ce processus, le chef de l’Etat a rappelé que depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2013, les autorités maliennes n’ont cessé d’œuvrer avec méthode et détermination pour instaurer la paix dans le pays. La preuve est que notre pays n’a jamais violé le cessez-le-feu inclus dans l’accord de Ouagadougou du 18 juin 2013. Tel n’est pas le cas de certains groupes armés qui ont plusieurs fois violé cet accord en s’adonnant aux massacres des populations civiles et des soldats maliens pourtant contraints au cantonnement. Notre pays ayant maintes fois dénoncé ces violations n’a pas été écouté, a déploré Ibrahim Boubacar Kéita qui a jugé que le rôle de la MINUSMA n’est pas tout à fait clair quand on voit de près les choses qui se passent sur le terrain. De ce fait, le président Kéita a demandé aux Nations unies que le jeu soit transparent et que les choses soient traitées avec justice et équité.  » Le jeu de dupe est terminé… Le Mali a tout donné aux Nations unies. En retour, il a besoin de l’écoute des Nations unies », a-t-il martelé.
Par ailleurs, le chef de l’Etat a déclaré qu’il n’est pas opposé à ce que l’accord reste ouvert à ceux qui n’ont pas encore signé. Mais il a demandé d’éviter de nouvelles négociations conformément aux engagements pris par les parties à Alger. Ibrahim Boubacar Keïta a ensuite lancé un appel aux responsables de la CMA, Bilal Ag Chérif, Intallah Ag Attaher, Ambéry Ag Rhissa, à lui faire confiance afin que nous puissions avancer vers la paix au Mali. A l’entame de son intervention, le président de la République avait tenu à rendre un hommage appuyé à toutes les victimes du conflit du Nord.
M. KEITA

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