XVIè sommet des chefs d’Etat de l’OMVS à Conakry : REVUE DES GRANDS DOSSIERS

Le nouveau président en exercice de l’organisation a promis de veiller au démarrage sans délai du projet de Gouina, au lancement effectif du projet de barrage hydroélectrique de Koukoutamba, au bouclage du financement du SITRAM et au démarrage effectif des travaux.

11 mars 1972, 11 mars 2015, l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a 43 ans. L’organisation regroupe 4 Etats membres : la Guinée, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. C’est cette date symbolique que les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Organisation ont choisi pour tenir le XVIè sommet de l’OMVS à Conakry. Le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, a pris part hier au palais Mohamed V à Conakry à la conférence. C’était en présence de son homologue guinéen, Alpha Condé, président en exercice entrant, du président en exercice sortant, le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, et du Sénégalais Macky Sall.

Le président Condé qui accueille le sommet pour la première fois depuis le retour de son pays dans l’organisation, a salué la présence de ses pairs dans la capitale guinéenne. Alpha Condé se réjouit de ce que l’organisation a pu faire au bénéfice des populations des Etats membres en 43 ans d’existence. Il a ainsi salué la mise en place de l’Observatoire du massif du Fouta Djallon qui a, entre autres, pour missions de préserver l’écosystème de cet espace vital pour la survie des fleuves Sénégal et Niger qui y prennent leurs sources.

La croissance démographique galopante de nos Etats doit inciter les pays membres à trouver des sources de financements innovants, a estimé le président guinéen. Il a invité les Etats membres à trouver des financements autonomes, afin de soulager les budgets des pays et a engagé l’organisation à « faire mieux et vite » car le temps presse.

Le président Ibrahim Boubacar Kéita se sent à l’aise dans la capitale guinéenne. « Je ne suis pas le seul à ressentir un sentiment particulier quand je foule le sol guinéen », a souligné IBK qui a remercié son « grand frère » Alpha Condé pour l’accueil chaleureux dont il a le secret. « De l’Organisation des Etats riverains du fleuve Sénégal (OERS), ancêtre de l’OMVS, les regroupements autour des grands fleuves sont toujours les meilleurs, comme l’atteste le cas présent», a souligné Ibrahim Boubacar Keïta avant de saluer la mutualisation des efforts de développement de nos populations. « Nous avons atteint l’âge adulte. Il est temps de passer à l’âge d’ambitions porteuses pour que l’OMVS réalise ses projets fédérateurs », a-t-il préconisé.

A juste raison, l’OMVS n’en manque point dans ses différents domaines d’intervention comme l’énergie, l’adduction d’eau potable, la protection de l’environnement et la navigation. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a souligné combien l’organisation représentait un motif de fierté pour les Etats membres et une source d’espoir pour l’Afrique. Depuis sa création en 1972, l’organisation a inlassablement œuvré pour le développement de secteurs stratégiques comme l’énergie, l’alimentation en eau potable, l’irrigation et la navigabilité du fleuve Sénégal.

DIAMA-AMBIDEDI NAVIGABLE EN SEPTEMBRE. La conférence de Conakry se tient après celle de Nouakchott au cours de laquelle les pays ont réitéré leur ferme volonté de développer le potentiel énergétique du bassin du fleuve Sénégal. Depuis 2013, l’organisation a posé des jalons importants de son développement comme l’inauguration en décembre 2013 du barrage hydro-électrique de Félou d’une puissance de 60 mégawatts. Les barrages de Manantali et de Félou ont, à eux deux, accru de façon significative l’offre d’énergie propre et bon marché en mettant à la disposition de nos Etats une puissance installée de 260 mégawatts.

Dans la même veine, les chefs d’Etat de l’OMVS ont procédé au lancement de l’aménagement du barrage de Gouina pour une puissance installée de 140 mégawatts. Les travaux de cet ouvrage sont financés à 95% par un prêt concessionnel d’Eximbank de Chine pour un montant de 415 millions de dollars, soit 186,7 milliards Fcfa et d’un complément de financement mobilisé par la Société de gestion de l’énergie de Manantali (SOGEM) sur fonds propres. Des négociations fructueuses sur ce marché ont permis de dégager une marge financière substantielle qui sera consacrée à l’électrification rurale. En plus des postes de Bakel, Gouraye et Sélibaby, les localités de la zone de Manantali sont en voie d’être électrifiées. Ces actions se poursuivront en vue d’améliorer les conditions de vie des populations rurales.

Pour sécuriser la production électrique de Manantali, un important programme de révision des groupes a été mis en place pour un montant de 18 milliards Fcfa. Après le retrait de la société sud-africaine Eskom, les pays membres ont pris la décision de créer une nouvelle structure transitoire, filiale de la SOGEM, dénommée Société d’exploitation de Manantali et de Félou (SEMAF-SA). Les chefs d’Etat ont remercié la Banque mondiale d’avoir accepté de financer pour 150 millions de dollars, soit 67,5 milliards Fcfa, le projet de Manantali II. Celui-ci permettra une remise à neuf du patrimoine énergétique et un renforcement des réseaux de transport y afférents.

Les études pour l’aménagement du barrage de Koukoutamba (Guinée) sont disponibles. Cet ouvrage d’une puissance installée de 294 mégawatts aura une capacité de production de 888 gigawatts heures par an. Le coût total de réalisation a été évalué à 574 millions d’euros (376,5 milliards Fcfa). La navigabilité du fleuve Sénégal enregistrera une avancée significative avec la mise en place d’un Système de transport multimodal (SITRAM), dont le financement est en cours de mobilisation.

Sur cette question, les chefs d’Etat et de gouvernement ont promis que le chenal de navigation du fleuve Sénégal sera opérationnel jusqu’à Ambidébi au Mali, afin de rendre fluide le transport fluvial. La première partie entre le barrage de Diama et Ambidédi sera navigable dès septembre prochain a assuré le président Macky Sall. Les localités de Rosso (Mauritanie), Ambidédi (Mali) et Podor (Sénégal) verront leurs quais réalisés dans un premier temps. Le dragage du fleuve, pour permettre la navigabilité du fleuve en toute saison, suivra après.

Le Projet de gestion des ressources en eau du fleuve Sénégal (PGIRE) financé par la Banque mondiale qui vient de renouveler son engagement de doubler la mise pour la seconde phase, contribuera à l’amélioration des conditions de vie des populations les plus vulnérables du bassin du fleuve.

UNE LONGUEUR D’AVANCE. La question des changements climatiques pour la sous-région, comme pour la communauté internationale, reste une préoccupation majeure qu’il convient d’inscrire dans les priorités dans les années à venir, a prévenu le président en exercice sortant. C’est en conjuguant les efforts et en s’associant à ce grand élan de prise de conscience et de solidarité à l’échelle mondiale que les Etats parviendront à limiter les effets néfastes des changements climatiques sur une sous-région menacée par la désertification et autres phénomènes liés aux déséquilibres écologiques, a plaidé le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz.

Alpha Condé a, lui, remercié ses pairs, notamment le président en exercice sortant, pour ses efforts et le leadership clairvoyant avec lequel il a conduit les destinées de l’organisation au cours des deux dernières années.

Le parcours effectué et les immenses chantiers que nous envisageons d’entreprendre en ces moments de conjoncture internationale difficile, me font mesurer l’immensité de la charge que je m’apprête à assumer, a indiqué le président Condé. Les défis restent importants. Pour les surmonter, il faut redoubler d’ardeur et accélérer la cadence de mise en œuvre des différents projets et programmes, a-t-il recommandé.
Alpha Condé a engagé le Haut commissaire et les structures de l’OMVS à prendre très rapidement, en rapport avec les Etats membres concernés, toutes initiatives de nature à préserver les ressources en eau tant du point de vue qualitatif que quantitatif.

Il a rappelé que les chefs d’Etat ont signé le code de la navigation dont la ratification rapide par les Etats est indispensable. Le nouveau président en exercice place son mandat dans le cadre du suivi de l’agenda de Nouakchott et de celui de Conakry. Il a estimé que la tâche ne sera pas aisée vu l’immensité du programme et à un moment de recul notoire de l’aide publique au développement. En dépit de ces contraintes, le chef d’Etat guinéen a pris promis de veiller au démarrage sans délai du projet de Gouina, au lancement effectif du projet de barrage hydroélectrique de Koukoutamba, au bouclage du financement du SITRAM et au démarrage effectif des travaux. Il a aussi promis de s’investir pour l’organisation de la table ronde des bailleurs de fonds pour le Plan d’action régional pour l’amélioration des cultures irriguées (PARACI).

Le président Condé s’est réjoui du fait que la déclaration sur le changement climatique constitue un nouveau jalon qui donne à l’OMVS une longueur d’avance sur les autres organismes de bassins.


Envoyé spécial
M. COULIBALY

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