Projet d’accord de paix d’Alger : LE GOUVERNEMENT ET LA PLATEFORME PARAPHENT LE DOCUMENT

Après six mois de négociations en dents de scie, un projet d’accord de paix proposé par la médiation internationale a été paraphé hier à l’Hôtel Aurassi d’Alger. Toutes les parties aux pourparlers ont paraphé le document. A l’exception notable de la Coordination des groupes armés de l’Azawad (rébellion), qui a demandé un temps de réflexion et de consultation de sa base. Ibrahim Ag Mohamed Assaleh qui a porté la voix des rebelles « demande à la médiation internationale de lui accorder le temps et le soutien nécessaires pour partager de bonne foi le projet d’accord avec les populations de l’Azawad dans un délai raisonnable avant tout paraphe ».

En réponse à cette demande, la médiation conduite par la diplomatie algérienne, a souligné l’urgence de la question avertissant que le temps de la réflexion était dépassé. Au total, six groupes ont participé aux cinq rounds des négociations qui ont débuté depuis juillet 2014 : le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA), le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), le Mouvement arabe de l’Azawad-dissident (MAA-dissident), la Coordination pour le peuple de l’Azawad (CPA) et la Coordination des Mouvements et Fronts patriotiques de résistance (CM-FPR).

Dans une déclaration lue en salle par l’ambassadeur Ayadi Nourdine, la médiation a indiqué que cette étape est le résultat d’un long chemin de pourparlers pour la paix. Elle a été conduite avec lucidité et disponibilité, estime la médiation pour qui l’exercice a été transparent et ouvert. Elle a donné toute la latitude aux parties afin d’expliciter leurs positions. « Le texte finalisé de cette 5e et dernière phase concrétise le ferme engagement des parties de mettre fin à la crise par le dialogue », soulignent les négociateurs.

« L’accord ainsi obtenu n’a pas la prétention de résoudre à la fois et dans l’immédiat tous les problèmes posés par une crise cyclique, profonde et multiforme. Il constitue, néanmoins, un pas décisif vers la paix et la réconciliation nationale et offre aux Maliens un cadre inclusif et dynamique de réponse aux multiples défis politiques », estime la médiation dans sa déclaration.

LE CHOIX DE L’ALGERIE. Le porte-parole de la Plateforme, Harouna Toureh qui a pris la parole après le paraphe du document, s’est engagé à respecter l’esprit de l’accord. « Nous ferons tout pour que cet accord vive et qu’il permette à toutes les populations du Mali de retrouver le vivre ensemble, comme par le passé », a-t-il assuré, avant de remercier la médiation pour la qualité du travail accompli. Il a invité les rebelles à revenir à de meilleurs sentiments. « Nous ne pouvons indéfiniment créer des misères au Nord du Mali », a fait remarquer le porte-parole de la Plateforme.

Pour le chef de la délégation gouvernementale, Abdoulaye Diop, cette cérémonie de paraphe et le résultat qu’elle consacre sont la preuve que le président de la République ne s’était pas trompé en choisissant l’Algérie en janvier 2014 pour conduire ce processus. « La crise dont le Mali sort, lentement mais sûrement, a été particulièrement douloureuse pour le peuple malien et ses autorités. Cependant, le gouvernement ne s’est jamais départi de l’idée que la négociation politique est la seule solution qui vaille pour résoudre cette crise aux multiples dimensions », a souligné le ministre Diop avant d’ajouter que « les armes et la violence n’ont jamais réglé un problème ». «Le dialogue est l’arme des forts, a enchainé le chef de notre diplomatie, les armes sont les instruments des faibles ».

Et Abdoulaye Diop d’ajouter : « ensemble nous venons de faire triompher la fraîcheur de l’arme du dialogue là où a échoué la chaleur torride et destructrice de l’arme à feu » parce que « l’accord de paix que nous venons de parapher est le couronnement de plusieurs mois de travail minutieux, d’engagement et de courage politique, des parties maliennes aux pourparlers d’Alger qui ont bénéficié de l’accompagnement sans faille de la communauté internationale ». Abdoulaye Diop a salué ses « frères et sœurs » des mouvements de la Coordination et de la Plateforme pour leur sens de « la responsabilité et du compromis » et loué leur « patriotisme ».

Le ministre Diop s’est ensuite réjoui que le projet d’accord de paix et de réconciliation préserve la souveraineté, l’intégrité territoriale, le caractère unitaire, républicain et laïc du Mali. Parlant toujours du document, le chef de la délégation gouvernementale 
reconnaît volontiers qu’il n’est « pas parfait ». « Mais à qui appartient la perfection en dehors de Dieu ? Nous savons que chaque partie aurait voulu gagner plus et mieux. Mais où s’arrête ce gain ? Peut-on jamais contenter entièrement les ambitions humaines ? », s’est interrogé le ministre des Affaires étrangères de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale.
Il indique cependant que « cet accord a le mérite de la clarté et de l’équilibre, même dans ses « ambiguïtés positives ». « Il a surtout le mérite de ne faire ni vainqueur ni vaincu. Il constitue un cadre de travail consensuel pour toutes les ambitions en faveur du peuple malien dans toutes ses composantes, sa diversité, sa richesse » a analysé Abdoulaye Diop.

Le représentant spécial des Nations Unies, Mongui Hamdi a, pour sa part, exprimé sa grande satisfaction de voir l’accord paraphé grâce à l’engagement de pays frères. Il a exhorté toutes les parties prenantes à cultiver la paix dans leur vie de tous les jours. Le chef de la Minusma a invité toutes les parties concernées à maintenir l’esprit constructif dont elles ont fait montre en s’acquittant pleinement de leurs responsabilités respectives, conformément à cet accord et à continuer la recherche de solutions mutuellement agréés à toutes les questions qu’elles jugeraient nécessaires et pertinentes pour la consolidation d’une paix et d’une réconciliation nationales effectives et durables dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord. Mongui Hamdi a précisé, comme d’autres orateurs, que le paraphe n’est que le début d’un processus pour parvenir à un règlement définitif de la crise malienne.

Pierre Buyoya de l’Union africaine s’est félicité du résultat et a dit combien l’organisation continentale est soucieuse de l’avenir de notre pays. A l’adresse de la CMA qui n’a pas paraphé l’accord, il a averti que des occasions pareilles ne se présentent pas « tous les jours et tout le temps ». C’est pourquoi, il a invité les responsables rebelles à parapher le plus tôt possible le document.
A son tour, le représentant de la CEDEAO, Cheaka Abdou Touré a reconnu que l’accouchement a été douloureux. Mais, le jeu en valait la chandelle, a-t-il dit en substance. « La signature est une étape, il faut maintenant passer à l’essentiel avec plus d’engagement politique », a ajouté le diplomate de l’espace communautaire.

Le chef de file des médiateurs, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a salué l’avènement d’une ère nouvelle. « Ce document n’est pas parfait », reconnaîtra-t-il avec humilité. Mais « le compromis » était nécessaire pour cultiver « le vivre ensemble » ancestral. Les représentants d’autres pays amis (France, Etats-Unis, Burkina Faso, Niger, Mauritanie, Tchad) ont béni l’accord qui sera officiellement gravé dans le marbre dans notre pays à une date qui n’est pas encore connue.

Envoyé Spécial
A. M. CISSE

Processus d’Alger : CHRONIQUE D’UN ESPOIR REPORTE

Le gouvernement et la Plateforme avaient jugé le projet d’accord « équilibré », mais la Coordination avait demandé à le rendre plus « acceptable »

Les choses se sont accélérées à Alger dans les derniers jours de la semaine passée. La médiation avait déclenché le départ sur une éventuelle dernière ligne droite le mercredi soir en mettant à la disposition des parties aux négociations inter maliennes une proposition d’accord. Les différents protagonistes avaient aussitôt multiplié les réunions et les apartés pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants du document. Jeudi matin, le ballet avait repris de plus belle. La médiation avait entendu les appréciations préliminaires des uns et des autres. « Il faut prendre en charge les observations pertinentes avant de procéder au paraphe de l’accord », nous avait alors indiqué un négociateur avant de s’engouffrer dans la salle réservée aux échanges.

Autant le dire tout de suite : l’accord proposé par la médiation internationale n’avait pas à ce moment toujours pas fait l’unanimité à El Aurassi Hôtel. Le gouvernement et la Plateforme avaient salué le document qu’ils jugeaient « équilibré ». Par contre, des réserves avaient été émises par la Coordination.

Les leaders des différentes délégations avaient eu l’occasion de se prononcer sur le sujet à l’issue des rencontres avec la médiation. Le chef de la délégation gouvernementale, Abdoulaye Diop, avait rappelé que notre pays venait de très loin. Par conséquent, il est important de préserver l’essentiel en allant de l’avant. « Nous avons été convoqués par la médiation suite à la remise hier à toutes les parties d’un document de compromis, avait indiqué le ministre. Nous avons remercié tous les membres de la médiation pour les efforts déployés depuis le début du processus jusqu’à ce moment précis. Les derniers jours ont été très difficiles, très longs. L’équipe de la médiation a travaillé d’arrache-pied pendant de longues heures pour pouvoir arriver à ce document. Nous nous sommes aussi félicités de la qualité du projet d’accord qui, de notre point de vue, est un document équilibré ». Pour le ministre, « le document prend en charge les préoccupations essentielles du Mali » parce qu’articulé « autour de la libre administration des collectivités dans le cadre d’un Etat unitaire ».

SUR LA BASE DE COMPROMIS. Abdoulaye Diop avait ajouté : « Nous pensons que le projet d’accord s’inscrit dans le cadre des limites exprimées par le président de la République Ibrahim Boubacar Keïta. Il faut rappeler qu’il n’était en aucun cas possible pour nous de nous engager dans une entreprise de fédération ou d’autonomie quelconque. En outre, l’intégrité territoriale du Mali, le caractère laïc et républicain de l’Etat devaient être absolument préservés. Toutes ces lignes sont clairement respectées dans le document. On y trouve aussi une offre politique en matière de développement et de défense qui permet à tous les Maliens et toutes les Maliennes de se retrouver, en particulier les populations vivant dans les régions septentrionales ».

Le ministre avait considéré le document de la médiation comme un premier pas pour aller vers la paix. « Nous souhaitons qu’un compromis se fasse rapidement autour de ce document », avait insisté Abdoulaye Diop qui s’était dit « satisfait par rapport aux éléments clés présentés».
Mêmes sentiments de satisfaction du côté de la Plateforme des mouvements armés de l’Azawad. Son porte-parole, Me Harouna Toureh, avait jugé le document « équilibré ». « A la lecture que nous avons faite du projet d’accord, les questions de forme sont traitées, les préoccupations des populations du Nord sont prises en compte. Il faut savoir que c’est un acte conçu sur la base de compromis. Donc, toutes les parties doivent pouvoir se retrouver dans ce document d’une façon ou d’une autre. C’est comme ça que je vois les choses », avait indiqué Me Harouna Toureh qui avait alors espérer que le document serait paraphé à Alger, puis signé à Bamako « dans les prochains jours ».

« Il faut dire qu’on a pas eu 100% de ce qu’on a demandé et nulle partie n’a eu 100% de ce qu’elle demandait. Nous avons globalement eu satisfaction sur des points très importants qui vont apporter aux populations de nouveaux espoirs quant à la gouvernance. Les populations vont pouvoir se prendre en charge, assumer leur destin sans contrainte. Les questions de sécurité qui sont importantes pour la survie de notre pays sont également au centre de cet accord», s’était à ce moment félicité le responsable de la Plateforme qui, comme la partie gouvernementale, avait rencontré la médiation.

« PLUS COMESTIBLE ». Mais c’était un tout autre sentiment qui prévalait en fin de semaine dernière dans les rangs de la Coordination des mouvements de l’Azawad qui avait misé sur le fédéralisme. La médiation avait rejeté ce scénario comme non pertinent. Le projet d’accord que proposent les médiateurs met en avant le développement harmonieux d’un Etat uni, républicain et laïc. Mais la Coordination avait d’emblée considéré que le document constituait une pilule qui avait du mal à passer. En avait témoigné la très longue discussion que ses représentants avaient eue avec la médiation dans la soirée du jeudi passé.

Mohamed Ousmane Mouhamedoun de la cellule de communication de la Coordination, que nous avions rencontré, n’avait pas donné la position définitive de son regroupement clarifié. Il s’était limité à indiquer que le document était à « l’étude », autrement dit examiné en collaboration avec la médiation. « Nous sommes en train d’écouter les commentaires des médiateurs. Pour l’instant, nous n’avons pas donné notre avis sur le document. Demain (NDLR – vendredi dernier) dans la journée, nous allons envoyer nos suggestions », avait-il fait savoir. « Dans la globalité, avait ajouté notre interlocuteur, nous pensons que le moment est venu pour que les parties fassent des compromis courageux. Nous y sommes engagés. Nous sommes en train de rendre le document beaucoup plus comestible, plus acceptable par ceux qui portent les revendications ».

Pour le communicant, la Coordination était toujours dans le processus de négociation et par conséquent, aucun document n’était donc rejeté. « Notre souci, a insisté Mohamed Ousmane Mouhamedoun, est d’aller vers un accord. Nous avons fait ce choix depuis huit mois».
En fin de semaine passée, on sentait déjà que les réserves de la Coordination sur le document risquaient de mettre à mal le respect de l’agenda initial de la médiation. Celle-ci entendait en effet faire parapher le document hier dimanche. Longtemps, la majorité des protagonistes a espéré sur un consensus de dernière minute. Pour elle, un retard ne prêtait pas trop à conséquence, l’essentiel étant que le projet d’accord soit sincèrement accepté par tous. Mais cet espoir s’est dissipé hier matin quand la Coordination a fait savoir sa position (Voir article ci-contre).


Envoyé spécial
A. M. CISSE 

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