Assemblée nationale : VOTE HISTORIQUE POUR L’ARMÉE

Les députés ont adopté à l’unanimité la Loi d’orientation et de programmation militaire dont la mise en œuvre va coûter plus de 1230 milliards de Fcfa sur 5 ans.

La capacité de dissuasion de notre outil de défense et de sécurité doit être à la hauteur des nouvelles menaces qui planent sur notre pays et la région. Ces menaces sont multiples et multiformes. Les mouvements sécessionnistes et le terrorisme sont des dangers de nature à porter atteinte à l’existence même de notre Nation. Ainsi, pour parer à ces menaces, le Mali comme tout Etat se doit de disposer d’une force capable de défendre sa population et son territoire avec une stratégie de sécurité nationale définissant la doctrine d’emploi des forces et prenant en compte les impératifs de défense, de sécurités intérieure et extérieure, mais aussi de politique étrangère. 

C’est dans cette optique que le gouvernement à travers le ministère de la Défense et des Anciens combattants, a initié un projet de Loi d’orientation et de programmation militaire (LOPM) pour la période allant de 2015 à 2019. Le Conseil des ministres a adopté le texte en sa séance du 28 janvier 2015. 

Transmis ensuite à l’Assemblée nationale, le texte a été examiné et adopté vendredi dernier à l’unanimité des 129 députés présents. Le projet de loi était défendu par le ministre de la Défense et des Anciens combattants, Tiéman Hubert Coulibaly. 

Le rapport de présentation de la Loi d’orientation et de programmation militaire 2015-2019 indique que l’objectif est de « se doter, à l’horizon 2019, d’une organisation et d’un plan d’équipement, de disposer d’un outil de défense adapté aux besoins de la sécurité, et capable en toutes circonstances de défendre l’intégrité du territoire national tout en contribuant à la consolidation de la démocratie ». 

Les articles 2 et 4 du texte ont été amendés et adoptés à l’unanimité des 114 députés présents. Ainsi, l’article 4 amendé prévoit que pour faire de l’Assemblée nationale le destinataire du bilan détaillé de l’exécution de la LOPM, « chaque année, le ministre chargé de la Défense présente au Conseil supérieur de la défense nationale et à l’Assemblée nationale le bilan détaillé de l’exécution de la loi en lieu et place de la Commission défense nationale, de la sécurité et de la protection civile ».

PLUS DE 1 230,5 MILLIARDS DE FCFA. L’essentiel des débats a porté sur la moralisation des ressources qui vont être mises à la disposition du département de tutelle, le mode de recrutement au sein de l’armée. Ces deux points ont soulevé de vifs débats. Certains ont estimé que les investissements ne serviront à rien si le soldat n’est pas prêt pour le sacrifice suprême. D’autres ont demandé que l’armée ne se mêle plus de la chose politique, afin qu’il n’y ait plus jamais de coup d’Etat dans notre pays.

Pour justifier la pertinence de la LOPM, Tiéman H. Coulibaly a souligné que le Mali est un pays très vaste et que sa sécurisation nécessite de grands moyens. « La présente loi nous permettra d’acquérir une puissance aérienne, des véhicules de combats et de transports des troupes, de doter les renseignements en moyen matériel adéquat et de pointe etc. Notre armée ne sera plus le réceptacle de nos désespoirs familiaux », a assuré le ministre de la Défense et des Anciens combattants, s’engageant à donner un nouveau visage au mode de sélection dans l’armée. « Désormais, il est un clair que ceux qui feront partie de notre armée auront prouvé leur aptitude physique et intellectuelle et leur bonne moralité », a-t-il ajouté, en réponse à une assertion rapportée par un élu selon laquelle des officiers proposeraient à des médecins, la somme de 500 000 Fcfa pour obtenir un certificat d’inaptitude au combat. 

La mise en œuvre de la Loi d’orientation et de Programmation militaire coûtera plus de 1 230,5 milliards de Fcfa, soit 21% du budget national, sur une période de cinq [2015 à 2019]. Les investissements sont évalués à 427,5 milliards tandis que les charges de fonctionnement coûteront 442,5 milliards. Quelque 360,3 milliards seront mobilisés pour les dépenses de personnel. 

Dans cet effort de financement sans précédent en faveur des forces armées, la part consacrée à l’armée de l’air est la plus importante avec 175,7 milliards, soit 34,15 %. Le deuxième plus grand bénéficiaire est l’armée de terre avec des investissements prévus de 117,6 milliards, soit 22,86 %. Le besoin réel en ressources humaines est estimé à 20 000 hommes. Il est prévu de recruter environ 10 000 hommes sur les cinq ans. 

Le rapport de présentation de la loi précise que ce taux est respectueux du pourcentage fixé par la Banque mondiale (25 %), et il y est exclu de creuser davantage le déficit budgétaire pour financer la LOPM. Toujours, selon le rapport, ce financement doit être cherché au niveau interne, notamment sur les ressources fiscales.

De la synthèse des écoutes, il ressort que toutes les personnes entendues ont estimé nécessaire et urgent de doter notre armée d’un outil de défense efficace et efficience, et d’améliorer les conditions de vie et de travail des hommes chargés de la défense de l’intégrité du territoire. 

 

JUSTIFICATION DE VOTE. Les ateliers militaires centraux (AMC) de Markala, (une unité industrielle armée avec personnel civil et militaire qui réalise les travaux d’ingénierie, la réparation mécanique, la recherche industrielle), ont par exemple déploré la vétusté de leurs équipements et infrastructures dont une bonne partie date de la période coloniale, l’autre tiers ayant été réalisé par les Russes entre 1976 et 1986. Les ACM espèrent tirer profit de la LOPM pour s’équiper en machines-outils et rénover les bâtiments existants.

Justifiant le vote de l’opposition parlementaire en faveur de la Loi, Mody N’Diaye, a déclaré : « Nous avons marqué notre accord parce que nous savons que nous devons avoir une armée efficace, vaillante, au service du peuple et qui garantira la sécurité de l’ensemble du pays. Nous sommes très heureux d’avoir voté la Loi d’orientation et de programmation militaire. Elle donnera la grande capacité à notre pays de faire ce qu’il voudra de son armée. Cette loi a aussi l’avantage de budgétiser des montants importants qui serviront à l’équipement de l’armée, au fonctionnement et à l’amélioration du cadre de vie du personnel de l’armée ». 

Pour le président de la Commission de la défense, de la sécurité et de la protection civile, Karim Keita, cette loi est à l’actif de tout le pays. « Vous avez vu que tout le monde a voté ce projet de loi. L’opposition comme la majorité. Je pense qu’aujourd’hui nous avons posé un acte historique qui est le renforcement de la relation civil/militaire. Cette loi symbolise l’effort à déployer par toute la nation pour la prise en chargée de l’armée. Aujourd’hui, nous avons montré aux militaires que nous sommes à leurs cotés. Nous sommes prêts à les équiper et à les doter de moyens adaptés », a déclaré le député élu en Commune II du District de Bamako.

 

Cheick Moctar TRAORE 

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