Marche républicaine à Paris hier : UNION SACRÉE CONTRE LE TERRORISME

La manifestation à laquelle prenait part le président Keita a réuni une cinquantaine de chefs d’Etat et plus de deux millions de personnes dans les rues de la capitale française.

Le président de la République Ibrahim Boubacar Keïta a participé hier à la grande marche républicaine organisée sur l’avenue des Champs Elysées à Paris en hommage aux victimes de l’attentat contre le Magazine «Charlie Hebdo». La délégation présidentielle était arrivée dans la capitale française la veille de l’événement qui a réuni des centaines de milliers de Parisiens aux côtés du président français François Hollande.
Ibrahim Boubacar Keita qui fut l’un des premiers dirigeants africains à manifester sa solidarité au peuple français, n’était pas le seul chef d’Etat aux côtés de son homologue français. Devant la marée humaine qui s’est ébranlée sur les Champs Elysées, on pouvait distinguer de loin le couple royal jordanien, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le président palestinien Mahmoud Abbas. De même que le président ukrainien Petro Porochenko et le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov. Participaient aussi de hauts dirigeants européens tels que Angela Merkel, David Cameron, Matteo Renzi, Mariano Rajoy et Jean-Claude Juncker.
L’Afrique n’était pas en reste. Les présidents gabonais Ali Bongo Ondimba, nigérien Mahamadou Issoufou, béninois Boni Yayi, togolais Faure Gnassingbé, le Sénégalais Macky Sall, étaient tous présents ce dimanche à Paris pour participer à l’événement. Le Tchad et l’Algérie étaient pour leur part représentés par leurs Premiers ministres.


Le président Keita a défilé à la droite François Hollande qui avait à sa gauche la chancelière allemande Angela Merkel. Cet ordre protocolaire est un honneur pour notre pays. « François Hollande a voulu signifier toute l’amitié pour le Mali pour le respect et toute la considération due à notre pays parce que nous sommes tous les deux – peuple malien et peuple français – victimes du terrorisme », a précisé le président Keita.
Pour Ibrahim Boubacar Keita, sa participation à la manifestation, était un devoir républicain. « Il fallait être ici pour l’honneur du Mali, sa dignité. Nul n’aurait compris si je n’étais pas venu », a insisté le chef de l’Etat en rappelant l’élan de solidarité de la France envers notre pays il y a deux ans jour pour jour, en nous aidant à stopper la progression des djihadistes vers le Sud du pays.

Le président Keita n’a pas manqué de faire le parallèle entre les attentats de Paris et les attaques de Nampala et de Ténenkou. C’est le même mode opératoire, dira-t-il ajoutant que son voyage de Paris lui permettait aussi de « réfléchir avec nos amis sur les modes de réaction possible ». « Nous ne baissons pas les bras », a martelé Ibrahim Boubacar Keita à son retour de la marche républicaine à la Place de la nation.
Interrogé sur les défis de la bande sahélo-saharienne, le chef de l’Etat a indiqué que le contact est permanent avec son homologue français qui dispose d’une force d’intervention robuste dans la zone. « Nous nous appelons très souvent et nous allons continuer. Sur ce plan, nous avons des agendas similaires».
LE JOUR FATIDIQUE. A Paris, outre les dirigeants du monde entier, s’étaient donnés rendez-vous toutes les composantes de la société française. Partis politiques, syndicats, groupes religieux juifs, chrétiens, musulmans, associations, personnalités, anonymes… tous étaient réunis pour exprimer leur attachement à la liberté d’expression et leur rejet du barbarisme, dans un esprit de solidarité. Ce 11 janvier fut un jour historique dans la capitale. Le rassemblement fut sans précédent.
Ce qui était au départ un hommage aux victimes du terrorisme islamiste (les journalistes de Charlie Hebdo massacrés mercredi, puis une jeune policière jeudi, et quatre autres personnes dans une supérette casher vendredi), est devenu progressivement une union sacrée quasi-planétaire autour du peuple français et de ses dirigeants.
Les deux assassins qui ont fait irruption dans la salle de rédaction de « Charlie Hebdo » mercredi dernier, ont tué 12 personnes de sang-froid. Les deux frères Kouachi, identifiés comme étant les meurtriers, ont été abattus vendredi au cours d’un assaut des unités d’élite des forces de l’ordre françaises, à Dammartin-en-Goële, à 40 km au nord-est de Paris.
Quant à Amedy Coulibaly, l’assassin de la jeune policière municipale et l’auteur de la prise d’otage dans un magasin où il a abattu 4 personnes, il sera lui aussi tué par la police.
La presse, au delà des frontière de France, s’est mobilisée pour soutenir l’hebdomadaire satirique français frappé dans son cœur par les ennemis de la liberté. Chez nous, après l’indignation et la compassion du président de la République, la Maison de la presse a ouvert un livre de condoléances.
L’émotion qui était lisible sur les visages des marcheurs, rappelle en effet qu’il n’y a pas de démocratie sans presse libre, sans journalisme critique, sans goût insatiable de la vérité. « Une plume brisée, une voix qui se tait, une image qui se brouille, c’est toujours un peu de liberté qui agonise. Terroriser la presse est un crime contre l’humanité tout entière, une atteinte à ce bien encore si rare sur la surface du globe qu’est la libre expression des pensées, des opinions et des faits », écrivait l’éditorialiste Denis Jeambar dans les colonnes de l’Express peu de temps avant le drame de « Charlie Hebdo ».
Parti d’un twit du graphiste français Joachim Roncin après la tuerie, le slogan « Je suis Charlie » a fait le tour du monde. Sur la Place de la Nation, la petite phrase se lisait sur tous les supports imaginables : T-shirt, banderoles, pancartes… D’autres slogans en arabe, en hébreux et en anglais prêchent « l’humour et non la guerre ».
Des autocollants sur lesquels pouvait-on lire : « Ils n’ont pas tué les artistes, ils les ont rendus immortels » ont été distribués à tour de bras par milliers. Une jeune femme brandissait une banderole montrant à quel point le peuple français tient au respect des valeurs républicaines de liberté d’expression et de laïcité : « Liberté d’expression, laïcité et antiracisme, nous ne nous tairons pas ! ».

Envoyé spécial

A. M. CISSE

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