Présentation des vœux : NOTABILITES ET CHEFS RELIGIEUX PRECONISENT UN RETOUR AUX REPERES FONDAMENTAUX

« Faites de moi un instrument de votre paix ; là où est la haine, que je mette l’amour ; là où est l’offense, que je mette le pardon ; là où est la discorde, que je mette l’union ; là où est l’erreur, que je mette la vérité ; là où est le doute, que je mette la foi ; là où est le désespoir, que je mette l’espérance ; là où sont les ténèbres, que je mette la lumière… », c’est par cette prière récitée par Delphine Traoré, Lalla Aïcha Kéïta et Bruno Kalambry que l’archevêque de Bamako, Mgr Jean Zerbo, a clôturé son discours de présentation de vœux au président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, dans la salle de banquet du Palais de Koulouba. 

C’était hier à l’occasion, de la traditionnelle cérémonie de présentation de vœux des familles fondatrices de Bamako et des porte-paroles des communautés religieuses, l’archevêque de Bamako donc, et le président du Haut conseil islamique, Mahamoud Dicko, et le délégué général, révérend Dr Youssouf Dembélé, président de l’Association des groupements d’églises et missions protestantes évangéliques du Mali (AGEMPEM).

C’est le patriarche des Niaré, El Hadj Modibo Niaré, qui a ouvert la saison de présentation de vœux au chef de l’Etat. L’octogénaire a salué le relatif climat de détente au nord du pays comparativement à la même période l’année dernière, lorsque le pays se trouvait dans une situation d’incertitude. « Mais, par la grâce de Dieu, l’espoir revient avec le début du dialogue inclusif inter malien à Alger », a-t-il indiqué. Modibo Niaré a félicité le président Keïta et ses collaborateurs pour les efforts abattus durant l’année écoulée afin de ramener nos compatriotes à la table de discussion. Il s’est également réjoui de la dextérité avec laquelle le virus Ebola a été contenu et évacué hors de nos frontières.

Modibo Niaré a demandé au chef de l’Etat de privilégier les échanges de vue et la concertation, tant avec ses collaborateurs qu’avec l’opposition dans l’intérêt du pays. Il a rappelé l’épineuse question du foncier, notamment la spoliation et la vente des exploitations familiales par des spéculateurs sans scrupules et sollicité l’implication personnelle du président de la République pour y trouver une solution.

Le président du Haut conseil islamique du Mali (HCIM) a mis le doigt sur un autre mal qui ronge notre société : la corruption. Un mal qu’il place au même niveau que le drame vécu dans le nord du pays. L’un comme l’autre sont l’œuvre de l’élite. C’est pour cette raison que Mahamoud Dicko suggère au président de travailler à situer les responsabilités pour que plus jamais le pays ne revive la même humiliation.

L’archevêque Jean Zerbo a abondé dans le même sens. Au moment où la grande famille qu’est le Mali se retrouve à la croisée des chemins, l’on ne peut, a-t-il averti, rester longtemps assis sur la natte des autres. Paraphrasant le professeur Joseph Ki Zerbo, il explicitera ses dires : « …celui qui est assis sur la natte des autres est en réalité assis par terre. Face à ce constat, il faut une profonde reconversion, un retour aux repères fondamentaux, aux valeurs fondamentales. Il nous faut retrouver la valeur de la vérité dans un monde où le mensonge arrange beaucoup de choses. Celle de l’honnêteté dans un monde où réussissent les malhonnêtes, celle du travail et du travail bien fait dans un monde où on se contente du minimum. Celle de la loyauté envers Dieu, envers nous-mêmes, envers le pays… ». Jean Zerbo s’est également insurgé contre l’attitude passive consistant à se contenter de recevoir l’apport des autres et de le gérer sans état d’âme, exceller dans la manipulation du patrimoine commun où l’apport extérieur se fait de plus en plus généreux, emprunter le chemin de la facilité sont autant de comportements qui n’honorent pas notre pays, ni ceux qui se sont sacrifiés pour le bâtir.

Les chefs religieux ne se sont pas limités à leurs inquiétudes et préoccupations. Ils ont aussi fait des propositions de solutions et des suggestions. Mahmoud Dicko a préconisé le renforcement des capacités du Bureau du vérificateur général par la création de postes de correspondants du vérificateur auprès des administrations

Le chef de l’Eglise catholique malienne a plaidé pour un Etat de justice sociale pour une paix durable. Selon lui, la solidarité s’élève au rang de vertu sociale fondamentale parce qu’elle se situe dans la dimension de la justice sociale, vertu orientée par excellence vers le bien commun et dans l’engagement à se dépenser pour le bien du prochain en étant prêt à se perdre pour l’autre au lieu de l’exploiter et à le servir au lieu de l’oppresser ou le négliger.

Le révérend Dr Youssouf Dembélé a constaté que le peuple souffre en silence à cause du sentiment d’impuissance face à l’agression et à l’humiliation dont il fait l’objet. Il a proposé l’aide de son association pour accompagner le président dans toutes les démarches visant à redonner de l’espoir et de l’estime de soi au peuple. « Ce qui arrive à notre pays n’est pas une fatalité. Elle n’est pas non plus une situation unique en son genre. D’autres peuples ont su traverser des situations pires pour continuer leur marche triomphante vers l’avenir. Le Mali doit porter sa croix et après la croix viendra la gloire », a t-il assuré.

Ces doléances et propositions ont été bien notées par le président de la République. « C’est un devoir de perpétuer cette tradition, qui nous offre l’occasion d’apprendre de vos sages conseils », a-t-il indiqué avant de répondre aux différentes inquiétudes et préoccupations exprimées par les hôtes. Ibrahim Boubacar Keïta a notamment reconnu des déficits de communication par moment, creusant le fossé d’incompréhension avec son peuple. Il a promis d’y remédier au plus vite.

A. O. DIALLO

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