Journée nationale des communes : PLUS ET MIEUX DE DÉCENTRALISATION

Les élus locaux plaident pour le transfert des compétences et des ressources. L’Etat dit oui mais pas avant l’installation d’un système de contrôle efficace

Mossa Ag El Mouner et Lassine Coulibaly sont respectivement maires des communes rurales de Gossi (cercle de Gourma Rharous) et de Soulèye (cercle de Macina). Les deux édiles participent à la 13è Journée nationale des communes dont l’ouverture a eu lieu hier au Centre national de conférence de Bamako en présence du chef de l’Etat, Ibrahim Boubacar Kéita.

Ayant pour thème : « La contribution des collectivités territoriales au processus de paix, dialogue et réconciliation », cette édition offre l’opportunité au maire de Gossi de faire le point de la situation de sa commune qui a durement souffert de l’occupation du nord par les djihadistes et narcotrafiquants. « Aujourd’hui à Gossi, la situation est calme. La plupart des refugiés qui étaient au Burkina Faso sont de retour et nous sommes en train de nous occuper d’eux avec l’aide de nos partenaires. La vie reprend petit à petit son cours normal là-bas. Certes, il y a parfois des actes de brigandage mais il n’y a pas de terroristes à Gossi », a assuré Mossa Ag El Mouner. Avec 31 743 habitants, la commune rurale de Gossi vit principalement d’élevage, d’agriculture, de commerce et d’artisanat. « Nos préoccupations d’aujourd’hui, c’est de développer ces différentes activités par des projets pérennes. Nous avons besoin des ressources pour réaliser ces projets», a soutenu l’élu.

Dans la commune rurale de Soulèye avec ses 12 000 âmes, l’agriculture, l’élevage et la pêche sont couramment pratiqués par les populations composées en grande partie par les Bambaras, Peuls et Bozos.

Lassine Coulibaly a été plusieurs fois réélu maire et, par conséquent, c’est un habitué de la Journée des communes à Bamako. Aujourd’hui, il se bat pour la réalisation d’un projet dans sa commune : l’aménagement de la plaine de Soulèye. Cette plaine qui s’étend sur 20 000 hectares a besoin d’être mise en valeur pour un financement évalué à 3 milliards de Fcfa. Pour le maire de Soulèye, il n’y a pas de développement sans la paix, c’est pourquoi il souhaite que la paix revienne rapidement dans notre pays et que l’unité nationale soit renforcée.

Paix, dialogue et renonciation, ce sont justement les trois mots sur lesquels tous les intervenants ont insisté à la cérémonie d’ouverture. A commencer par le président de l’Association des municipalités du Mali, Boubacar Bah dit Bill qui a salué la présence du maire de Tilemsi à cet évènement comme la preuve que le Mali est un et indivisible. Il a rappelé la solidarité adjacente dont ont fait preuve les élus des communes du sud envers leurs homologues du nord au plus fort de la crise, notamment dans le domaine scolaire. Cette solidarité a aussi bénéficié à ceux qui ont fui les atrocités pour aller se réfugier au Burkina et au Niger.

Boubacar Bah dit Bill a rappelé que notre pays compte aujourd’hui 703 communes et plus de 10 700 conseillers municipaux. Compte tenu du rôle important de ces collectivités dans le développement, il a soumis deux doléances aux plus hautes autorités : le transfert intégral des compétences et des ressources, et la mise en place de la police municipale afin de favoriser la paix et la stabilité dans les communes. Il a aussi évoqué les 16 800 projets élaborés par les collectivités territoriales. Il reste à trouver 189 milliards de Fcfa pour les mettre en œuvre.

 

REFORME DE LA DECENTRALISATION. Tout en saluant le rôle des élus locaux dans le processus de paix et de réconciliation dans notre pays, le ministre de la Décentralisation et de la Ville, Ousmane Sy, présentera cette édition de la Journée nationale des communes comme une occasion de célébrer la relance de la réforme de la décentralisation dans notre pays. Après avoir rendu hommage aux pionniers de la décentralisation dans notre pays, le ministre Sy a estimé que notre décentralisation a besoin d’être améliorée aujourd’hui. Parmi les défis à révéler, il a cité un développement économique cohérent et équilibré pour soutenir la croissance et l’emploi des jeunes au niveau local. Un autre défi est d’instituer une gouvernance publique inclusive avec l’implication forte des autorités coutumières dans la gestion des ressources publiques. Par ailleurs, le ministre de la Décentralisation et de la Ville pense que le transfert de ressources tant demandé par les collectivités territoriales exige aussi plus de contrôle et plus de transparence.

La Journée des communes de cette année coïncide avec un autre problème auquel notre pays fait face, c’est la lutte contre la maladie à virus Ebola. Le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans notre pays, Ibrahima S. Fall, a donc invité les élus locaux à s’impliquer dans la prévention de cette épidémie à travers l’information et la sensibilisation. Il a rappelé que le premier cas de maladie à virus Ebola a été détecté au Mali le 23 octobre dernier. Ensuite il y a eu au total 8 cas dont 6 décès, un cas traité et un cas qui est actuellement sous traitement.

Le moment le plus attendu de la cérémonie était évidemment l’intervention du chef de l’Etat. Selon Ibrahim Boubacar Kéita, cette journée est l’occasion de célébrer la décentralisation en dressant un bilan et en évoquant des perspectives. Le chef de l’Etat a rappelé que la décentralisation a été initiée par l’ancien président Alpha Oumar Konaré en vue d’appuyer la gouvernance à la base. A l’époque, le projet a tellement séduit les partenaires techniques et financiers qu’ils ont apporté des financements importants pour assurer sa mise en œuvre. Après deux décennies de pratique, le chef de l’Etat pense que la crise sécuritaire et politique que notre pays vient de traverser a démontré la nécessité d’améliorer notre système de décentralisation afin de prendre en compte réellement les préoccupations des populations locales. Parmi les actions qui sont envisagées par l’Etat, figurent la création des agences de développement régionales, le recrutement de plus de 4000 enseignants au niveau des collectivités territoriales, la création d’emplois pour les jeunes. D’autres actions consisteront à renforcer les ressources humaines et financières ainsi que les services techniques des collectivités territoriales.

Evoquant la situation du nord, le président de la République a jugé qu’il n’était pas normal que les enfants de Kidal n’aillent pas à l’école pendant que les autres enfants maliens sont en train d’étudier. « Nous nous retrouverons avec nos frères, Inchallah ! Le Mali est un et indivisible », a assuré le président Kéita en souhaitant que les pourparlers d’Alger puissent aboutir à une paix durable dans notre pays.

N’esquivant pas les affaires liées à la gouvernance, le chef de l’Etat a lancé : « je ne vous trahirai jamais ». Il y a actuellement beaucoup de problèmes auxquels le pays fait face, mais, a-t-il estimé, il faut de la méthode et de l’organisation pour les résoudre.

La cérémonie a été également marquée par la remise au président de la République du mémorandum des maires dans lequel figurent leurs préoccupations et attentes. Le chef de l’Etat a, à son tour, remis un kit sanitaire de prévention contre le virus Ebola au maire de Bengadi dans la commune de Kangaba.

Il a ensuite visité les stands d’exposition des produits locaux.

M. KEITA

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