Sommet extraordinaire de la Cedeao : SOUTIEN À UNE TRANSITION APAISÉE AU BURKINA FASO

Les dirigeants ouest-africains ont apporté leur appui à la dynamique du consensus en cours entre les acteurs de la crise burkinabé

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) appuie fermement les efforts des Burkinabé pour trouver un terrain d’entente sur la gestion de la transition dans leur pays. Du coup, l’organisation régionale ne semble pas s’inscrire dans la logique de sanction à l’instar de l’Union africaine qui a donné deux semaines aux militaires pour remettre le pouvoir aux civils. Y en a-t-il besoin ? Car la classe politique, la société civile et les militaires, qui se sont installés au pouvoir après la chute de Blaise Compaoré, sont arrivés à un consensus sur une charte qui servira de base législatif pour gérer la période de transition devant aboutir à des élections.

Les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao ont donc décidé d’accompagner cette dynamique qui s’inscrit en droite ligne des points d’accords entre la mission régionale et l’armée burkinabè pour l’entame d’une transition civile dans le pays. Le sommet extraordinaire a adopté un plan qui prévoit la levée de la suspension de la Constitution, la constatation de la vacance du pouvoir par la Cour constitutionnelle et la désignation d’un civil pour conduire la transition qui organisera dans un délai raisonnable des élections libres et transparentes. Le lieutenant-colonel Isaac Zida remettra le pouvoir au civil qui sera désigné par consensus pour conduire la transition.

Après plus de 10 heures d’horloge de discussions à huis-clos entre le président ghanéen, John Dramani Mahama, président en exercice de la Cedeao et ses pairs, le sommet a pris des décisions très courageuses saluées par les nombreux observateurs présents ainsi que la représentante du Burkina Faso, Mme Clémence Traoré Somé, ambassadrice au Ghana.

Dans le communiqué final lu par le président de la Commission de la Cedeao, Kadré Désiré Ouédraogo, il ressort que les chefs d’Etat et de gouvernement présents au sommet ont examiné avec une attention particulière la situation politique et sécuritaire du pays des hommes intègres, suite aux événements du 30 octobre 2014 consécutifs au projet de révision de la Constitution programmé par le président Blaise Compaoré.

Le patron de la commission de la Cedeao annoncera que les chefs d’Etat et de gouvernement, après avoir pris note des conclusions de la visite le 5 novembre dernier à Ouagadougou de John Dramani Mahama (Ghana), Goodluck Ebele Jonathan (Nigéria) et Macky Sall (Sénégal), afin de faciliter le dialogue politique, les acteurs de la crise burkinabè, ont décidé de réaffirmer leur engagement pour la préservation des institutions démocratiques et les principes de convergence constitutionnels et d’élections démocratiques tels que contenus dans le protocole additionnel de la Cedeao sur la démocratie et la bonne gouvernance. « A cet égard, les chefs d’Etat et de gouvernement entérinent l’accord atteint par toutes les parties prenantes burkinabè en particulier au regard de la nécessité de la levée immédiate de la suspension de la Constitution pour permettre au Conseil constitutionnel de déclarer la vacance du pouvoir et faciliter la mise en place d’un gouvernement de transition, la nomination urgente d’une éminente personnalité civile pour présider la transition ainsi que la conduite de consultations inclusives entre les leaders des partis politiques, les représentants de la société civile, les leaders religieux et traditionnels ainsi que les forces armées nationales, afin d’arrêter la composition du gouvernement de transition », a t-il détaillé.

PAS DE SANCTIONS. Kadré Désiré Ouédraogo invitera ainsi les nouvelles autorités du pays à la garantie de la sécurité de tous les Burkinabè y compris les leaders politiques, les membres du gouvernement et de l’Assemblée nationale, ainsi que la protection des droits des personnes et de leurs biens. Il annoncera que le sommet a décidé de mettre en place un groupe de contact présidé par le président sénégalais, Macky Sall et appuyé par le président en exercice de la Cedeao, le Ghanéen John Dramani Mahama pour accompagner les Burkinabè dans la facilitation du processus de transition ainsi que la nomination d’un envoyé spécial pour faciliter le processus de dialogue entre les parties prenantes.

Tout en rendant un hommage appuyé au lieutenant colonel Isaac Zida et à l’ensemble des forces armées du Burkina Faso pour leur professionnalisme dans le maintien de la sécurité, de la loi et de l’ordre ainsi que pour leur rôle positif dans la mise en place d’un processus de transition dirigé par une personnalité civile, les chefs de l’Etat ont exprimé leurs sincères condoléances aux familles éplorées et leur sympathie aux victimes de l’insurrection. Mieux, le sommet a salué l’excellent travail entrepris par la mission conjointe d’évaluation des Nations Unies, de l’Union africaine et de la Cedeao pour accompagner le Burkina Faso dans sa quête de stabilité.

«Le sommet encourage les trois organisations à poursuivre leurs efforts de coordination en vue de garantir le succès de la transition. Dans cette perspective, la conférence lance un appel à la Communauté internationale et aux partenaires afin qu’ils n’imposent pas de sanctions au Burkina Faso, compte tenu des efforts en cours au niveau de région et qu’ils continuent à soutenir ce pays en cette période délicate », indique le communiqué publié à l’issue de la rencontre d’Accra.

Dans le cadre du soutien au Burkina Faso, les chefs d’Etat et de gouvernement de la Cedeao décident de rester saisis de la situation et prendront d’autres décisions en cas de besoin. Les dirigeants ouest-africains lancent un appel à tous les Etats membres, afin qu’ils s’assurent que la préparation et le déroulement des élections au Burkina Faso aient lieu de façon paisible, libre, équitable et crédible.

Le président de la République Ibrahim Boubacar Keita présent au sommet a salué les actions entreprises par la Cedeao pour accompagner le peuple du Burkina Faso dans cette phase difficile de son histoire. « Il s’agit de faire confiance au peuple frère burkinabè, ce peuple sait ce qu’il veut. Nous, nous devons les accompagner pour faire en sorte que cette période délicate se passe dans la stabilité, le calme et la sérénité et conformément à ce qui est attendu aujourd’hui par tous, à savoir l’apaisement et la transparence dans le choix qu’ils auront fait et que cela soit conforme au vœu du peuple burkinabè », a t-il indiqué. Il a réitéré son engagement à soutenir et accompagner le processus de sortie de crise amorcé.

D. DJIRE

You are here: Home News Sommet extraordinaire de la Cedeao : SOUTIEN À UNE TRANSITION APAISÉE AU BURKINA FASO