Intervention du Ministre Abdoulaye DIOP au Conseil de sécurité‏

CONSEIL DE SECURITE
DEBAT PUBLIC SUR LE RAPPORT DU SECRETAIRE GENERAL SUR LA SITUATION AU MALI AU TITRE DE LA RESOLUTION 2164 (2014) DU 18 JUIN 2014.

INTERVENTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR ABDOULAYE DIOP, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, DE L'INTEGRATION AFRICAINE ET DE LA COOPERATION INTERNATIONALE.


New York, le 8 octobre 2014.

Madame la Présidente,
Permettez-moi tout d’abord de vous dire le bonheur que je ressens de voir un pays ami comme l'Argentine présider le Conseil de sécurité en ce mois d'octobre.

J’aimerais ensuite adresser mes vives félicitations aux Etats-Unis d'Amérique pour leur mémorable présidence du mois dernier au cours de laquelle deux activités majeures ont été organisées : la réunion au Sommet du Conseil de sécurité sur les combattants terroristes étrangers et la réunion d'urgence sur Ebola.
Madame la Présidente,
C’est avec un réel plaisir que le Mali accueille le premier Rapport du Secrétaire général sur la situation au Mali, publié sous la cote S/2014/692 au titre de la Résolution 2164 (2014).
Le Gouvernement du Mali souscrit entièrement aux observations faites par le Secrétaire général et je souhaiterais particulièrement attirer l’attention sur le paragraphe 46 du Rapport sous examen qui souligne que (je cite) :
« Les pourparlers en cours à Alger sont une occasion à ne pas manquer d'apporter une solution durable à la crise que traverse le Mali depuis peu. Tous les groupes armés présents au Mali devraient mettre fin immédiatement aux hostilités et donner la priorité aux préparatifs en vue du cantonnement de leurs unités, que prévoit l'accord préliminaire, pour montrer leur attachement à la paix et à la sécurité et créer la confiance pendant la durée des pourparlers. En outre, toutes les parties devraient reconnaitre la souveraineté, l'unité et l'intégrité territoriale de l'Etat malien. J'encourage toutes les parties à négocier de bonne foi et dans un esprit d'ouverture de façon à régler toutes les questions en suspens. J'invite aussi toutes les parties à condamner fermement, rejeter et combattre activement les actes de terrorisme, sachant qu'ils sont criminels et injustifiables, quels que soient leur motivation, leurs auteurs et l'endroit ou le moment où ils sont commis." Fin de citation.
Mesdames, Messieurs les membres du Conseil,
Je voudrais au passage remercier infiniment Monsieur le Secrétaire général pour ces remarquables observations et vous dire que c’est là le genre de message dont j'ai besoin à Alger en ma qualité de Négociateur en Chef de l'Equipe gouvernementale.
C’est cela aussi que le Président de la République du Mali, Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar KEITA, a déclaré en d'autres termes le 24 septembre 2014, respectivement à la tribune de la 69ème Session de l'Assemblé générale et à la réunion de haut niveau sur le Mali qu'il a coprésidée avec le Secrétaire général.
Madame la présidente,
Permettrez-moi à présent de faire, à mon tour, quatre remarques :
La première remarque est que le Mali a constamment honoré ses engagements et répondu aux pertinentes résolutions des Nations ainsi qu’à vos appels à la paix et à l’implication de la communauté internationale en engageant formellement, le 16 juillet 2014 à Alger, les pourparlers inclusifs intermaliens. En outre, et pour donner au processus d’Alger le plus que crédit possible, les communautés du Nord et les organisations de la société civile ont été associées aux pourparlers, écoutées par le collège des médiateurs.
Il est évident qu’au cours de ces négociations, le Gouvernement du Mali a rejeté catégoriquement, et rejette toujours, toute demande de création de fédération ou de nouvel État dans l’État malien qui est contraire à sa Constitution et aux pertinentes résolutions des Nations Unies, contraire également aux engagements pris dans la Feuille de route du processus d’Alger.

À cet égard, les mouvements armés doivent faire preuve de réalisme et saisir la main tendue du Gouvernement du Mali qui a fait des offres répondant aux aspirations profondes des populations des régions du nord, notamment en termes de libre administration des collectivités et de gestion des spécificités locales.
La deuxième remarque est qu’il est souhaitable que le Conseil de sécurité use de toute son influence pour amener les mouvements armés signataires de la Feuille de route d'Alger à :
 se mettre ensemble et négocier de bonne foi afin de faciliter la conclusion d’un accord global et définitif ;

 respecter scrupuleusement l'Accord de cessez-le-feu du 23 mai 2014 ainsi que la Déclaration de cessation des hostilités du 24 juillet 2014 ;

 se démarquer des groupes terroristes et autres narcotrafiquants, sous peine de sanctions ; et

 reprendre le processus de cantonnement de leurs unités dans les plus brefs délais, conformément aux pertinentes résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et à l’Accord préliminaire de Ouagadougou.

La troisième remarque est qu’au regard du retour en force des Djihadistes dans le Nord du Mali et de la multiplication des agressions contre les troupes de la MINUSMA, le Conseil de sécurité se doit de prendre urgemment les mesures nécessaires afin que la MINUSMA soit dotée de moyens appropriés pour exécuter pleinement son mandat, protéger les populations civiles et les Casques bleus qui paient un lourd tribut sur le terrain.

La quatrième remarque, enfin, est que nul n’ignore que le chef du groupe terroriste Ansar Eddine, Iyad AG Aghali, qui figure depuis longtemps sur la liste de votre Comité contre le terrorisme, circule librement dans le Nord du Mali. Il vient solennellement de prêter allégeance à l'organisation de l'état islamique à travers une fracassante déclaration médiatisée. Mon pays, comme tous les pays du Sahel, court à nouveau le risque d'être la destination de hordes de terroristes déboutés d'autres régions du monde. La MINUSMA a déjà subi de très grosses pertes en vies humaines et j’en profite pour présenter à la MINUSMA, aux pays pourvoyeurs de troupes ainsi qu’aux familles des victimes du terrorisme au Mali mes condoléances les plus attristées. Mais cela ne saurait se continuer. Il faut que la communauté internationale envoie aux terroristes un signal fort. C’est le seul message auquel ils sont sensibles.

A cet égard, le Conseil devrait pouvoir envisager, dans les meilleurs délais possibles, la révision du mandat de la MINUSMA et le renforcement de ses capacités et de ses moyens pour lui permettre de faire face au regain de la violence sur le terrain, en rapport avec l'Opération Barkhane.

Peut-être le Conseil devrait-il envisager la mise en place d'une Force d'intervention rapide capable de lutter efficacement contre les éléments terroristes ? Dans tous les cas, il est crucial d'empêcher que les liens avec Daesh se solidifient pour embraser la région du Sahel. Pour ce faire, le Conseil de sécurité doit exiger la pleine coopération des groupes armés du Nord du Mali dans la lutte contre le terrorisme, conformément aux engagements pris à Alger.

Madame la Présidente,

Je saisis cette opportunité pour remercier chaleureusement le Secrétaire général des Nations Unies, les membres du Conseil de sécurité et l'Équipe de Médiation du processus d'Alger, l’Algérie en tête, pour avoir clairement réaffirmé leur attachement sans faille à l'intégrité territoriale, à la souveraineté, à l'unité, ainsi qu’à la forme républicaine et laïque de l'Etat malien, lors de la réunion de haut niveau sur le Mali, tenue le 27 septembre dernier, en marge du débat général de la 69ème Session de l'Assemblée générale des Nations Unies.

Je ne saurais terminer sans vous parler de la foi que je partage dans le processus d’Alger avec mon ami Hervé Ladsous qui est à mes côtés, de l’excellente collaboration que nous avons avec la MINUSMA, sous la direction de mon compagnon d’Alger, Bert Koenders, Représentant spécial du Secrétaire général. Un grand diplomate à qui je rends, ici, un vibrant hommage pour le formidable travail qu’il a fait au Mali.

Je vous remercie de votre aimable attention.
 

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