Les négociations d’Alger II : LE MARATHON EST LANCE

Le choix d’aller en profondeur sur les questions essentielles est établi. Il faut consolider la volonté d’établir un seuil de confiance.

L’ouverture de la phase des négociations substantielles d’Alger a commencé lundi de la même manière qu’avaient débuté et s’étaient achevées ici même les négociations sur la feuille de route de juillet dernier : avec un retard sensible dans les cérémonies officielles. Le fait n’a pas excessivement troublé la médiation qui a désormais l’habitude de ces escarmouches qui constituent une forme d’affirmation et de positionnement des groupes armés. Le trouble des médiateurs était d’autant moins prononcé que la raison de la perturbation s’avérait considérablement moindre en importance que celle invoquée il y a quelques semaines lors des discussions sur la feuille de route. A l’époque, les signataires de la Déclaration d’Alger (MNLA, HCUA et MAA tendance radicale) récusaient la présence à la table de négociation des signataires de la Plateforme d’Alger (CPA, MAA tendance modérée et Coordination des mouvements et fronts patriotiques de résistance). Lundi, le MNLA, appuyé par les deux autres composantes de la troïka, ne souhaitait pas se présenter en salle sans son secrétaire général, Bilal Ag Chérif, dont l’arrivée était prévue pour hier mardi. Cet embarras protocolaire fut finalement levé au bout de deux heures de laborieuses tractations.

A la cérémonie solennelle d’ouverture d’Alger II, les interventions des différents représentants de la médiation internationale se sont recoupées sur un certain nombre de concepts partagés. Tout d’abord sur le caractère historique des actuelles négociations qui bénéficient de l’appui manifesté avec une unanimité rarement égalée par la communauté internationale et qui constituent une réelle chance d’aller vers une paix souhaitée par tous comme juste et durable. Ensuite, sur le courage que devraient démontrer les parties en présence – gouvernement et groupes armés – pour aller « dans le respect mutuel et la bonne foi » (l’expression est du premier responsable de la MINUSMA) aux inévitables compromis. Enfin, sur la nécessité d’adopter une démarche innovante pour résoudre certaines divergences puisque c’est la construction d’un Mali nouveau qui est en jeu.

 

LA MAIN PASSE ET REPASSE. Cette dernière idée a été d’ailleurs reprise par notre ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale qui a souligné le devoir que nous avons de « nous ouvrir à l’extraordinaire flot d’espoirs et d’espérances des nouvelles générations ». Quant aux groupes armés, ils ont réaffirmé leur disponibilité à contribuer au succès des négociations d’Alger II. Avec une pique décochée par Ambery Ag Rhissa du MNLA qui a souhaité qu’à l’avenir « le bien dire ne dispense plus du bien faire ». Avec une pointe évidente de provocation du leader de la CPA qui a fait la leçon à certains de ses anciens compagnons de route en conseillant à ceux qui ont des « agendas cachés » de les abandonner.

Ces signaux présagent-ils de l’atmosphère des négociations qui vont débuter la semaine prochaine entre le gouvernement et les groupes armés ? Les habitués de ce genre de rencontres s’accordent à admettre qu’il y aura certainement au tout début des travaux une période d’inévitable tension et qu’il reviendra donc à la médiation de pacifier les débats. L’Algérie s’est investie à fond dans cette tâche puisqu’elle assure la présidence des quatre bureaux qui dirigeront les travaux des groupes thématiques, les responsabilités de vice-présidence et de rapporteurs ayant été dispatchées entre les autres membres de la médiation internationale (le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger, le Tchad, la MINUSMA, la CEDEAO, l’Union africaine, l’Union européenne et l’Organisation de la conférence islamique).

Il est à noter que lors des négociations en atelier thématique, chaque partie sera représentée par une délégation de quatre membres dont l’identité peut changer en fonction des dossiers abordés. Rappelons que les ateliers porteront sur les problématiques suivantes : Questions politiques et institutionnelles, Défense et sécurité, Développement économique, social et culturel, Réconciliation nationale, justice et questions humanitaires. Il est prévu que les résultats d’Alger II soient évalués lors d’une plénière qui se tiendra du 7 au 9 octobre prochains.

Formellement, c’est donc un marathon de pourparlers qui s’engage. La longueur des négociations répond en fait à la volonté des parties de se prononcer de manière très précise sur les questions les plus délicates qui ont été d’ailleurs énumérées dans la feuille de route. En principe, aucun malentendu, aucune différence de perception ne devraient plus subsister après que la main des négociateurs ait passé et repassé sur les points d’achoppement. Mais tous s’accordent ici pour souligner que le préalable à une progression positive des travaux n’est pas seulement la méticulosité à mettre dans le traitement des questions de fond, mais aussi et surtout l’établissement d’un seuil de confiance mutuelle qui amènerait une recherche sincère des compromis. Chacun annonce vouloir faire de son mieux pour que se fortifie ce facteur impalpable. Mais sans oublier certainement d’évaluer la disponibilité des autres à la concession.

En attendant, la parole est à la société civile qui pendant toute cette semaine fera entendre ses voix multiples à la résidence Djnane El Mithak. Certes – et le fait témoigne de la hauteur des enjeux -, même les groupes armés ont tenu à faire inviter les personnalités qu’elles considéraient comme neutres et représentatives. Le procédé peut sembler discutable. Mais la reconstitution du vivre-ensemble est un défi si crucial qu’aucun témoignage ne doit a priori porter à suspicion et qu’aucune voix n’est superflue à entendre.

(Correspondance particulière) 

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