Motion de censure : MOUSSA MARA PASSE L’EPREUVE SANS COUP FERIR

La motion n’a recueilli que 24 voix, alors qu’il aurait fallu une majorité de deux tiers, soit 98 voix pour qu’elle soit adoptée.
Sans surprise les députés ont rejeté à une très large majorité la motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre Moussa Mara déposé il y a une semaine. Le vote est intervenu après une longue journée de débat. Alors qu’il aurait fallu une majorité de deux tiers, soit 98 voix pour qu’elle soit adoptée, la motion n’a recueilli que 24 voix, soit deux voix de plus que les 22 membres du groupe parlementaire Vigilance républicaine et démocratique et du non inscrit proche de l’opposition.
Deux passages et un temps d’explication de vote pour chaque groupe parlementaires ont été nécessaires pour procéder finalement au vote.
 
Un débat long qui a montré toute la divergence de vue entre une opposition très critique contre les actions du gouvernement, une majorité soudée derrière son gouvernement et un gouvernement décidé à rejeter les critiques venues de l’opposition.
Dans son texte, l’opposition avait dénoncé la vie chère difficile, l’insécurité, une crise économique, sociale et sécuritaire profonde, la gestion  calamiteuse des finances publiques avec des dépenses extrabudgétaires importantes en si peu de temps ; l’école qui va mal avec les incertitudes de l’année universitaire 2014 et des examens du DEF et du BAC émaillés de fraudes graves sans précédents ; les mensonges au sommet de l’Etat. L’opposition avait aussi indiqué que des solutions existent pour la prise en compte des préoccupations des Maliennes et des Maliens.
 
Prenant la parole pour justifier le dépôt de la motion de censure, le président de l’URD Soumaïla Cissé a d’abord précisé que ses camarades et lui se plaçaient dans un processus républicain. Ainsi l’opposition est dans son rôle quand elle critique les actions du gouvernement. Qu’il n’y a aucun doute, qu’il ne faudrait pas se méprendre sur le patriotisme de l’opposition. Majorité et opposition sont sur une même longueur d’ondes, quand il faut défendre la patrie en danger. L’opposition veut rester une force de proposition et une alternative crédible comme toute opposition démocratique.
 
Le président de l’URD en est convaincu, cette motion est une occasion d’informer les Maliens sur la situation réelle du pays. Soumaïla Cissé a asséné des critiques très fermes contre le gouvernement et ses actions en disant toute sa « tristesse » contre les actions en cours. Il a dénoncé ce qu’il appelle un effritement et invité à entendre les « sanglots » du peuple. Le président de l’URD a déploré ce qui s’est passé à Kidal avec l’envoi de l’armée dans la précipitation qui a eu pour résultat l’abandon de cette ville entre les mains des terroristes.
 
Ses autres critiques sont relatives à la situation de l’école, au chômage, aux finances publiques mal gérées, à l’absence de dialogue et à ce qu’il a appelé un manque de vision claire du gouvernement dans la conduite des affaires de l’Etat. Soumaïla Cissé a ainsi dressé un tableau très sombre de la situation du pays qui appelle des réponses immédiates.
 
DES PROPOS PARFOIS TRèS DURS. Le débat s’est alors engagé avec une majorité présidentielle très favorable au Premier ministre et au gouvernement. Dans leurs interventions, les élus du groupe parlementaire RPM, de l’APM, de l’ADEMA et de FARE-SADI ont tiré sur l’opposition, lui rappelant qu’ils ont été aux affaires et qu’ils sont comptables de la situation difficile du pays. Des propos parfois très durs ont été lancés. Moussa Badiaga et plusieurs autres élus de la majorité ont rappelé que l’opposition, en demandant la démission du gouvernement, le fait après le MNLA, s’interrogeant sur cette coïncidence. D’autres pensent que cette motion n’aura pour seul effet que de divertir le gouvernement alors que les priorités sont nombreuses. Ils ont souvent rappelé que la Déclaration de politique générale vient d’être adoptée depuis seulement trois mois et que le gouvernement n’a pas eu le temps de s’y consacrer suffisamment. Nous devrions donc nous consacrer à la reconstruction nationale plutôt que de nous disputer sur d’autres sujets qui nous divisent, estiment de nombreux élus de la majorité.
 
Naturellement ces points de vue sont loin d’être partagés par l’opposition. Seydou Diawara est revenu sur « le manque de vision » du gouvernement Alkaïdi Mamoudou Touré a dénoncé la gestion chaotique qui selon lui caractérise ce gouvernement. Accusant le Premier ministre d’avoir « menti » au sujet de l’avion acquis sous Amadou Toumani Touré, il a exhibé des documents qui, selon lui, attestent de la propriété de l’Etat sur cet appareil. Il a aussi dénoncé la « visite mal préparée » du chef du gouvernement à Kidal avec les conséquences que l’on connaît. Enfin il y a la non signature de la lettre d’intention avec le FMI, les dépenses extrabudgétaires, le pilotage à vue sur les grands dossiers et les difficultés constatées lors des examens de fin d’année (DEF et BAC).
 
Dans ses réponses, le chef du gouvernement a rejeté les différentes critiques en répondant point par point. Au plan politique, il rejette toute critique de mauvaise gestion, de dépenses extrabudgétaires, comme d’ailleurs cela apparaîtra dans le collectif budgétaire à venir. C’est un faux scandale que de dire que l’Etat a garanti un privé pour acquérir du matériel militaire. L’Etat n’abandonne pas les commerçants détaillants. Au contraire, des actions concrètes sont en cours pour réinstaller des centaines déguerpis des voies publiques. Quatre milliards de Fcfa viennent d’être payés au titre de la dette intérieure.
 
S’agissant de sa visite à Kidal, il affirme avoir informé la MINUSMA et la Force Serval un mois à l’avance et à aucun moment, on ne lui a parlé de menace armée. Seulement de manifestation de caillassage et d’insultes, ce dont il a largement habitude. Lors des explications de vote, les groupes EPM, APM, ADEMA et FARE-SADI ont appelé à rejeter la motion et à soutenir l’action du gouvernement. Le président du groupe VRD Mody Ndiaye, est revenu sur les critiques, rappelant que l’opposition reste dans son rôle et que les Maliens ont entendu les deux parties. Pour lui la paix n’est pas revenue à Kidal, l’insécurité n’a pas baissé comme l’atteste la récente évasion à la Maison centrale d’arrêt de Bamako.
 
Pour ces raisons, il appelle à censurer le gouvernement. Finalement 24 députés seulement voteront cette motion.
 
A. LAM
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