Participation du MAEICI au débat du Conseil de sécurité du 18 juin sur le renouvellement du mandat de la MINUSMA: INTERVENTION DE S.E.M. ABDOULAYE DIOP, MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, DE L’INTEGRATION AFRICAINE ET DE LA COOPERATION INTERNATIONALE

Monsieur le Président,

À l’entame de mon propos, permettez-moi d’exprimer la satisfaction de ma délégation de voir votre grand pays, la Fédération de Russie, présider les travaux du Conseil de sécurité des Nations Unies au titre du mois de juin 2014.

J’adresse nos vives félicitations à la République de Corée pour sa remarquable conduite des travaux du Conseil au cours du mois écoulé.

Monsieur le Président,

Permettez-moi aussi de me réjouir de la convocation de la séance d’aujourd’hui consacrée à l’examen du Rapport du Secrétaire général sur le renouvellement de la Mission multidimensionnelle  intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).

Comme il n’y a pas de hasard absolu, la présentation du Rapport sous examen se déroule précisément ce 18 juin, date du premier anniversaire de la signature de l’Accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali  de Ouagadougou. Cela nous paraît de bon augure malgré la détérioration soudaine de la situation sécuritaire dans le Nord du Mali consécutive aux attaques dont les forces armées maliennes ont été la cible dans l’exercice de leur mission de sécurisation de la visite du Premier ministre malien dans la ville de Kidal, le 17 mai 2014.

 

Ce jour-là, des groupes rebelles maliens soutenus par une horde de terroristes ont fait le choix de s’attaquer à la délégation du Premier ministre et aux forces armées maliennes qui la protégeaient à l’intérieur du Gouvernorat de Kidal. Ces groupes armés hybrides ont notamment tué des soldats et froidement exécuté des Préfets et sous-préfets civils, au seul motif qu’ils symbolisaient les attributs de souveraineté de l’Etat malien dans la région de Kidal. Ils ont également enlevé puis séquestré plusieurs civils avant de les relâcher quelques jours plus tard, sous la pression de la MINUSMA. Ce faisant, ils ont à tout le moins volontairement violé l’Accord préliminaire de Ouagadougou du 18 juin 2013 et commis de graves violations du droit international humanitaire.

La République du Mali se réjouit de l’accompagnement de la Communauté internationale à travers notamment la Déclaration du Conseil de sécurité des Nations Unies du 20 mai 2014 et du Communiqué final du Sommet de la CEDEAO du 31 mai 2014 condamnant l’agression du 17 mai contre les forces armées maliennes et réaffirmant la nécessaire préservation de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale ainsi que de la forme laïque et Républicaine de l’État.

Les chefs d’États et de Gouvernement de la CEDEAO ont d’autant plus raison que les menaces sécuritaires auxquelles le Mali était confronté en 2012 sont toujours présentes. L’hybridation des acteurs de ces menaces fait qu’aujourd’hui les terroristes pactisent avec les autres acteurs de la criminalité organisée au Sahel. Ils pactisent aussi avec les rebelles. Nous en avons eu la preuve lors de l’assaut contre nos forces armés le 17 mai 2014 à Kidal. Les premiers éléments de témoignages attestent que les assassinats perpétrés contre les Fonctionnaires de l’État à Kidal portent la signature des terroristes.

 

Monsieur le Président,

Parce que « la paix a ses victoires non moins célèbres que celles de la guerre », nous avons choisi la paix. Et, malgré les actes barbares et innommables que nous avons subis, des actes condamnés par la Communauté internationale, y compris le Conseil de sécurité des Nations Unies, l’Union Africaine, la CEDEAO ainsi que plusieurs partenaires bilatéraux et multilatéraux, le Gouvernement du Mali demeure plus que jamais animé par le souci constant de réconcilier les Maliens avec les Maliens. Pour ce faire, il œuvre de tous ses moyens à la création des meilleures conditions de réconciliation nationale, de restauration de la cohésion sociale et de consolidation de l’unité nationale.

C’est dans cet esprit que le président de la République, Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar KEITA n’a pas hésité, un seul instant, à instruire un cessez-le-feu aux forces armées maliennes, le 21 mai dernier, lorsque le Secrétaire général de l’ONU le lui a demandé. Ce geste d’apaisement a considérablement favorisé la signature de l’Accord de cessez-le-feu du 23 mai 2014 entre le Gouvernement du Mali et les groupes et mouvements armés, sous la supervision de Son Excellence Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz, Président de la République islamique de Mauritanie, Président en exercice de l’Union africaine, dont nous saluons ici le leadership affirmé dans la lutte contre le terrorisme et la volonté de faire du Sahel une région de paix, de sécurité, de développement et de bien-être social.

 

Depuis la signature de cet Accord de cessez-le-feu, obtenue grâce à l’implication des Nations Unies et de l’Union africaine, le Gouvernement du Mali n’a pas cessé d’appeler les groupes et mouvements armés à faire preuve de bonne foi et à s’engager dans la voie du dialogue.

Pour donner corps à sa propre détermination à résoudre pacifiquement la question du Nord, Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar KEITA a décidé de nommer l’ancien Premier ministre Modibo Keïta en qualité de « Haut Représentant du Président de la République pour le dialogue inclusif intermalien ». Il a notamment pour mission « d’instaurer et de maintenir un climat de confiance entre toutes les parties impliquées dans le dialogue, de faciliter les échanges et de contribuer au rapprochement des points de vue à la lumière de l’intérêt du peuple malien ». Il peut prendre toute initiative en vue de la conclusion d’un accord de paix global et définitif.

 

Dans le cadre de ce mandat, le Haut Représentant du Président de la République a déjà pris contact, à Ouagadougou et à Nouakchott, avec tous les groupes et mouvements armés en belligérance avec le Gouvernement du Mali pour leur signifier la ferme détermination du président de la République et du Gouvernement de privilégier le dialogue aux armes et de ne ménager aucun effort pour créer les meilleures conditions pour la conclusion d’un Accord de paix global et définitif sur la crise dans le Nord du Mali.

Le Haut Représentant du Président de la République a égalementexhorté les groupes et mouvements armés à réitérer leur attachement à l’Accord préliminaire de Ouagadougou. Ce qu’ils ont tous accepté. Il poursuit actuellement le processus de contacts avec le Gouvernement du Mali, les autres acteurs nationaux, régionaux et internationaux concernés par le processus de paix au Mali. Il travaille en étroite collaboration avec le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies pour le Mali ainsi qu’avec les autres Envoyés spéciaux des organisations régionales.

Quant à la « Commission vérité, justice et réconciliation », qui remplace la « Commission dialogue et réconciliation » créée en mars 2013 par le Président de la Transition, conformément à l’article 21 de l’Accord préliminaire de Ouagadougou, la loi qui l’instaure a été adoptée par l’Assemblée nationale en mars 2014. Il reste à en désigner les membres. Le Ministre de la réconciliation nationale s’y attèle.

Il va sans dire que ces deux mécanismes, le « Haut Représentant du président de la République » et la « Commission vérité, justice et réconciliation », se complètent et se renforcent mutuellement. Le premier travaille à la conclusion d’un accord de paix global et définitif, le second à la réconciliation des cœurs et des esprits.

Monsieur le Président,

Le Mali est disposé à envisager avec ses amis, ses partenaires et ses multiples soutiens, tout mécanisme de sortie de crise efficace et efficient en appui à ses efforts.

C'est dans ce cadre que l'Algérie à laquelle nous rendons un hommage bien mérité a entrepris, à la demande du Président de la République du Mali, des consultations exploratoires entre tous les groupes et mouvements armés du nord du Mali, en vue d'élaborer une plate-forme commune devant servir de document de base, entre autres, aux pourparlers inclusifs inter- maliens, envisagés dans les jours à venir.

Le Gouvernement du Mali a renouvelé sa confiance à l'Algérie et lui a demandé de poursuivre ses efforts afin que ces pourparlers aboutissent dans les meilleurs délais à un Accord de paix global et définitif.

Participe de cette dynamique, la tenue à Alger, le 16 juin 2014, de la troisième réunion de concertation de haut niveau sur le processus de dialogue inter-malien, qui a regroupé les Ministres des Affaires étrangères et Chefs de délégation de l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie, du Tchad, du Niger, du Burkina Faso ainsi que le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies pour le Mali et le Haut Représentant de l’Union Africaine pour le Mali et le Sahel.

Les participants à cette réunion se sont félicités des progrès réalisés sous l’égide de l’Algérie dans la création des conditions propices au dialogue inclusif inter-malien et ont relevé une très large convergence de vue sur les lignes directrices de la démarche convenue.

Ils ont, en outre, relevé que les conclusions auxquelles sont parvenus les six groupes et mouvements armés du nord du Mali, respectivement les 9 et 14 juin 2014 ainsi que celle adoptée par la quatrième réunion du Comité stratégique bilatéral algéro-malien adoptées le 15 juin 2014 à Alger, offrent une opportunité prometteuse qu’il faut exploiter sans tarder, pour engager les parties concernées sur la voie du dialogue inclusif inter-malien.

Ils ont également souligné l’importance et l’urgence de mener la phase initiale de dialogue prévue à Alger, selon le calendrier et les modalités convenues.

Enfin, les participants ont exprimé leur disponibilité à apporter soutien et appui à ces efforts menés dans l’esprit des objectifs que la Communauté internationale s’est assignée dans la résolution 2100 (2013) du Conseil de sécurité, des décisions de l’Union africaine et de la CEDEAO ainsi que les dispositions pertinentes de l’Accord préliminaire de Ouagadougou, visant à préserver l’intégrité territoriale et la souveraineté du Mali et à conforter son unité nationale.

 

Monsieur le Président,

Le Gouvernement de la République du Mali est d’avis, avec la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, que pour aider notre pays à recouvrer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire, y compris Kidal, le Conseil de Sécurité doit renforcer le mandat et les effectifs de la MINUSMA pour lui permettre d’assurer convenablement sa mission de garante de l’application de l’Accord de Ouagadougou du 18 juin 2013.

 

A présent, permettez-moi de partager avec votre auguste instance les attentes du Gouvernement de la République du Mali dans la perspective du renouvellement du mandat de la MINUSMA.

Concernant la stabilisation des régions du nord du Mali, mon pays voudrait voir figurer dans le futur mandat de la MINUSMA, une disposition claire portant sur le déploiement rapide de la MINUSMA au delà des grandes agglomérations des régions du Nord du Mali notamment autour des villages et fractions nomades.

Cette proposition a l’avantage de prendre en compte le mode de vie des populations  nomades du nord qui préfèrent vivre en dehors des grandes agglomérations.

Cela permettrait de combler le vide sécuritaire dans les zones grises ou de non droit où les populations sont les plus exposées à l’infiltration des groupes armés non signataires de l’Accord de Ouagadougou et affiliés au réseau terroriste d’AQMI, du MUJAO, d’Ansar Dine et autre groupes narcotrafiquants comme ce fut le cas en 2012.

Ma délégation voudrait également appeler l’attention du Conseil sur la nécessité d’autoriser la conduite d’opérations conjointes « Forces armées maliennes/MINUSMA» pour empêcher la liberté de mouvement des groupes armés non signataires de l’Accord de Ouagadougou, associés aux groupes terroristes et narcotrafiquants.

De même, le Mali souhaite l’accompagnement de la MINUSMA pour accélérer le processus de cantonnement et du DDR en vue d’isoler et désarmer les groupes armés non signataires de Ouagadougou affiliés aux réseaux dont la présence au nord du Mali est entrain d’annihiler les gains sécuritaires engrangés par l’opération Serval, les forces armées tchadiennes et maliennes.

Dans la même veine, le Mali estime judicieux de voir figurer les éléments ci-après, dans la future résolution du Conseil de sécurité sur la MINUSMA :

  1. le soutien ferme de la MINUSMA à l’application stricte du cessez-le-feu dans toutes ses composantes, au retour des positions d’avant le 17 mai 2014, à la redynamisation des mécanismes de suivi de l’Accord de Ouagadougou et à la réouverture des pourparlers de paix ;
  2. le soutien ferme de la MINUSMA pour le cantonnement et le DDR des groupes armés signataires de l’Accord de Ouagadougou ;
  3. l’accompagnement de l’Etat malien par la MINUSMA dans le redéploiement de l’administration et dans la reconstruction des régions du Nord ;
  4. l’allègement substantiel de l’empreinte de la MINUSMA au sud au profit des régions du nord où existe un besoin réel et pressant de stabilisation et de reconstruction ;
  5. l'appui de la MINUSMA et de la communauté internationale aux élections locales et régionales à venir ;
  6. la mise en place d’une Commission d’enquête internationale annoncée dans l’accord de cessez-le-feu du 23 mai 2014 ;
  7. l’instauration d’un benchmark pour le suivi de la mise en œuvre du mandant de la nouvelle résolution de la MINUSMA.

Monsieur le Président,

je voudrais, au nom du Peuple et du Gouvernement du Mali reconnaissants, m’incliner pieusement devant la mémoire de tous les vaillants soldats et civils, maliens et amis du Mali, qui ont payé de leurs vies le combat contre l’obscurantisme, le terrorisme et l’extrémisme violent au Mali.

Par ailleurs, je tiens, au nom du peuple du Mali, de son Gouvernement et de son Président, S.E.M. Ibrahim Boubacar KEITA, à exprimer notre profonde gratitude aux autorités françaises et tchadiennes, aux Nations Unies, à la CEDEAO, à l’Union Africaine, à l’Union Européenne, à l’OCI, aux pays contributeurs de troupes à la MINUSMA.

Nous saluons la MINUSMA, son personnel et en particulier le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le Mali, M. Albert Gérald Koenders ainsi qu’à l’ensemble des partenaires bilatéraux et multilatéraux du Mali pour le soutien indéfectible qu’ils nous ont apporté au plus fort de la crise et de l’occupation terroriste dont nous avons été victimes.

QUE TOUS ICI, TROUVENT L’EXPRESSION DE NOTRE PROFONDE GRATITUDE.

 

Je vous remercie de votre aimable attention.

 

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