Sommet extraordinaire de la CEDEAO : SOUTIEN FERME RENOUVELE AU MALI

Les dirigeants ouest-africains, au grand complet, se sont penchés sur la situation dans notre pays et au Nigeria, deux foyers de tension qui menacent la stabilité de notre sous-région.

Arrivé à Accra à la mi-journée du vendredi, le président de la République Ibrahim Boubacar Keita a pris ses quartiers au Movenpic Hôtel qui accueillait pour l’occasion une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement venus pour le sommet extraordinaire de la CEDEAO, à l’invitation du chef de l’Etat ghanéen, John Dramani Mahama, président en exercice de la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’organisation ouest-africaine. La quasi totalité des chefs d’Etat de la sous-région avait répondu à l’invitation du président ghanéen :

Thomas Boni Yayi (Bénin), Blaise Compaoré (Burkina Faso), Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Mahamadou Issoufou (Niger), Goodluck Ebele Jonathan (Nigeria), Macky Sall (Sénégal), Ernest Bai Koroma (Sierra Leone), Faure Gnassingbé (Togo). Le Liberia était représenté par son vice-président Joseph N. Boakai tandis que la Guinée et la Gambie étaient représentées au niveau ministériel.

Dans la capitale ghanéenne, le président Keïta était notamment accompagné du ministre de la Solidarité, de l’Action humanitaire et de la Reconstruction des régions du Nord Hamadoun Konaté et celui de la Réconciliation nationale Zahabi Ould Sidi Mohamed.

Au menu de la rencontre des dirigeants ouest-africains, l’examen de la situation sécuritaire au Nord de notre pays et dans le nord du Nigeria, à la suite des évènements douloureux survenus récemment dans ces deux contrées.

Les deux points inscrits à l’ordre du jour sont d’une extrême sensibilité parce que le terrorisme menace de déstabiliser notre sous-région. Avant la réunion des chefs d’Etat, les diplomates ont multiplié les apartés dans le hall de l’hôtel pour arrondir les angles.

Malgré tout, le temps initialement prévu pour le sommet (13 h à 17 h) s’est vite avéré insuffisant du fait du prix que la CEDEAO attache à la résolution pacifique de la crise au nord de notre pays et à la lutte contre la secte Boko Haram qui sème la désolation au Nigéria. L’organisation sous-régionale entend jouer un rôle de premier plan dans la résolution de ces différentes crises sécuritaires.

En ouvrant la conférence, le président John Dramani Mahama a souligné l’urgence à trouver les meilleurs mécanismes pour arriver à bout des menaces terroristes au Nigeria et dans notre pays. Appelant la communauté internationale à se mettre au chevet de ces Etats affectés, il a indiqué qu’aux grands maux, il faut les grands remèdes.

En ce qui concerne notre pays, les affrontements sanglants des 17 et 21 mai derniers sont venus brutalement rappeler toute l’urgence d’accélérer le processus de dialogue inclusif. Le cessez-le-feu obtenu par le président en exercice de l’Union africaine, le chef de l’Etat mauritanien, constitue un pas en avant vers le dialogue tant souhaité par le président de la République qui a manifesté, encore une fois, sa volonté de dialogue par la nomination de son haut représentant pour le dialogue en la personne de l’ancien Premier ministre Modibo Keïta. La désignation de cette personnalité consensuelle a suscité des réactions positives de la communauté internationale.

Le président en exercice de la CEDEAO a rappelé que l’option du dialogue est incontournable. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues pour arriver à un accord définitif, ajoutera-t-il en soulignant que l’Accord préliminaire de Ouagadougou doit constituer le ciment des pourparlers à venir.

A sa suite, le président de la Commission Kadré Désiré Ouedrago s’est dit choqué par les actes de violences de ces dernières semaines. Violences qu’il a condamnées « avec la plus grande fermeté ».

 

SOUTIEN TOTAL DE LA CEDEAO. De son point de vue, malgré l’admirable retour à la normalité constitutionnelle après la crise de 2012, les actes de violences injustifiables font peser une lourde menace sur le processus de consolidation de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale. Fort heureusement, s’est-il réjoui, l’attachement à la paix et le sens du dépassement ont vite prévalu, permettant la signature d’un cessez-le-feu entre le gouvernement et les groupes armés du Nord, sur proposition du président en exercice de l’Union africaine. Tout en se réjouissant de l’accalmie, Kadré Désiré Ouedrago, a prévenu qu’il ne faut pas perdre de vue le but final : faire régner définitivement la paix, la sécurité et la stabilité au nord de notre pays.

Le président de la Commission a salué avec emphase le courage et la sagesse du président Ibrahim Boubacar Keita qui a fait le choix du dialogue tel que préconisé par l’Accord préliminaire de Ouagadougou. « La conférence l’encourage à se maintenir dans la voie sur laquelle il a fort justement engagé son pays, et lui renouvelle le soutien total de la CEDEAO », a-t-il ajouté.

Le huis-clos des dirigeants a duré jusque dans la soirée. « C’est bien normal. Ils sont fatigués mais les questions de sécurité ne doivent pas être prises à la légère», a confié un diplomate dont l’analyse trouve une confirmation dans les signaux forts envoyés par les chefs d’Etat à travers les résolutions adoptées.

En effet, le président Keita et ses pairs ont « fermement condamné les actes déplorables de violence et de terrorisme perpétrés par les groupes armés, des prises d’otages et l’occupation de bâtiments publics à Kidal». Ils ont surtout exprimé leur indignation de constater « l’assassinat de fonctionnaires sans défense » à Kidal. Cela constitue « une violation flagrante des accords » signés à Ouagadougou.

Pour ne pas laisser ces crimes odieux impunis, les chefs d’Etat ont promis que les auteurs seront recherchés, jugés et punis. Ils n’ont pas manqué de présenter leurs condoléances aux familles endeuillées.

Le sommet extraordinaire fut aussi l’occasion pour les chefs d’Etat de réaffirmer leur attachement à l’intégrité territoriale de notre pays ainsi qu’à son caractère laïc. Aussi, ont-ils demandé la libération immédiate des bâtiments illégalement occupés et le retour des groupes armés sur leurs positions initiales.

Les réalités du terrain caractérisées par le retour en puissance des djihadistes et des narcotrafiquants dans la région de Kidal ont amené les dirigeants de la CEDEAO à inviter les Nations Unies à donner un mandat plus robuste à ses forces, la Minusma. De toute évidence, ont-ils jugé, la Minusma dans sa forme actuelle est moins efficace face au défi de la lutte contre le terrorisme.

Aux groupes armés, la conférence des chefs d’Etat a demandé de prendre la main tendue de nos autorités. Par conséquent, les armes doivent être déposées, le cantonnement effectif et le dialogue engagé.

La conférence a exhorté par ailleurs les autorités nationales à mettre effectivement en place la Commission Vérité, Dialogue et Réconciliation. Il est prévu de prendre des sanctions contre toute personne ou organisation posant un obstacle au processus de paix.

 

Envoyé spécial
1.A.M. CISSE

 

 

SATISFECIT DU CHEF DE L’ETAT

Interrogé après le huis clos avec ses pairs qui aura duré 7 heures d’horloge, le président de la République s’est dit « très satisfait » des résultats. Il a pu exposer à ses pairs la vision de notre pays sur cette question délicate de sécurité qui secoue notre Septentrion depuis plusieurs décennies.

Ibrahim Boubacar Keita n’a pas fait mystère de son vœu de voir tous les groupes armés, la société civile et les communautés du Nord se mettre à table pour parvenir à une paix durable. Le chef de l’Etat a salué « la solidarité plus accrue » des pays membres de l’espace communautaire jugeant que son objectif a été bel et bien atteint.

Il a par ailleurs promis de suivre le canevas convenu entre les dirigeants de la sous-région. Convaincu que « les armes ne sont pas la solution », le président Keita a indiqué que la négociation « entre frères » est la seule alternative qui vaille. « Le plutôt sera le mieux », a ajouté le chef de l’Etat qui a rejoint Bamako samedi après un bref séjour à Abuja, au Nigeria où il a manifesté la solidarité de notre pays à son homologue Goodluck Ebele Jonathan dont le pays paie un lourd tribut aux agissement des obscurantistes de la secte Boko Haram.

 

A. M. C 

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