Discours prononcé le mardi 20 mai 2004 par son excellence Abdoulaye Diop, Ministre des Affaires Etangères, de l'Intégration Africaine et de la Coopération Internation devant les membres du Conseil de Sécurité de l'ONU

Monsieur le Président,

Permettez-moi, tout d’abord, de vous adresser mes chaleureuses félicitations pour l’accession de votre pays, la République de Corée, à la Présidence du Conseil pour ce mois de mai et, en même temps, exprimer notre appréciation positive pour la manière remarquable dont le Nigéria a conduit les travaux du Conseil au cours du mois écoulé.

Je voudrais également, remercier le Conseil pour la convocation en urgence de cette réunion consacrée à la situation au Mali, et remercier le Représentant spécial du Secrétaire général pour son récit des événements graves intervenus à Kidal le samedi 17 mai 2014.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

 

Il vous souviendra que, le 23 avril 2014, lors de l’examen du troisièmerapport du Secrétaire général, consacré à l’exécution du mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), j’ai entretenu le Conseil sur l’engagement résolu du Gouvernement du Mali  à parvenir à une solution définitive à la crise  qui affecte le nord de notre pays, dans le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’unité du Mali.

 

J’ai rappelé àcette occasion, les actions conjointes préparatoires aux pourparlers inclusifs de paix menées par  le Gouvernement du Mali et la MINUSMA, de même que la nomination de Monsieur Modibo KEITA, ancien Premier ministre, en qualité de Haut représentant du Chef de l’Etat pour le dialogue inclusif inter-malien.

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil,

Moins d’un mois après et au moment, où tout est mis en œuvre pour relancer les pourparlers devant conduire à une paix définitive, les groupes armés, qui ont profité du statu quo pour reconstituer leurs forces, ont fait le choix de déclarer la guerre à l’Etat du Mali en s’attaquant à nos forces de défense et de sécurité qui accomplissaient leur mission de sécurisation de la visite du Premier ministre à Kidal le 17 mai 2014.

En effet, le Premier Ministre, Chef de l’Administration a entrepris, à la tête d’une forte délégation de dix (10) Ministres de la République, une tournée dans les régions septentrionales du pays : Gao, Tombouctou et Kidal.

L’objet de cette visite était, entre autres, de :

·       veiller au redéploiement progressif de l’Administration dans les régions du Nord du Mali, 

·       évaluer, sur le terrain, les acquis et les déficits à combler afin de réunir les meilleures conditions pour la réussite des pourparlers inter-maliens inclusifs ainsi que des rencontres intra et intercommunautaires en cours pour préparer le retour des derniers déplacés et réfugiés maliens,

·       donner un coup d’accélérateur au processus de restauration de l’autorité de l’État, de réconciliation nationale, de renforcement de la cohésion sociale et consolidation de l’unité nationale.

 

C’est là, le sens du combat que le peuple malien, avec à ses côtés la communauté internationale, mène pour la paix,  la réconciliation nationale et la reconstruction du pays.  

Accueillis chaleureusement à Gao et à Tombouctou, le Premier Ministre et sa délégation ont été, malheureusement, reçus à Kidal sous des balles et des tirs à l’arme lourde de groupes armés, en collusion avec le terrorisme international, qui ont fait des dizaines de morts et blessés, assassiné froidement des officiels sur leur lieu de travail et pris des otages, à présent libérés.

A cet égard, je dois signaler que les fanions d’AQMI et d’Ansardine flottaient sur les véhicules des agresseurs, à côté de ceux du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA).

 

Nous qualifions cette attaque d’acte crapuleux, de violation flagrante, délibérée et préméditée de tous les engagements antérieurs, y compris les pertinentes résolutions du Conseil.

 

L’attaque de la délégation du Premier Ministre et du Gouvernorat de Kidal est un acte ignoble qui ne peut et ne doit laisser personne indifférent.

A cette occasion, le Gouvernement du Mali se félicite des marques de compassion, de solidarité et de soutien témoignées à l’égard de notre peuple.

 

Cependant, nous faisons le constat que la délégation gouvernementale n’a pas bénéficié du soutien et de la protection qu’elle est en droit d’attendre en cette circonstance. Cette situation aurait pu conduire à développements beaucoup plus dramatiques. Le peu de troupes des forces armées maliennes présentes sur le terrain, « peu » parce que voulu par l’Accord de Ouagadougou et respecté par la partie malienne, a dû faire avec les moyens du bord face des hordes de narcoterroristes lourdement armés.

 

Monsieur le Président,

 

 

Conformément à la Résolution 2100, la communauté internationale tout entière reconnaît la souveraineté du Mali sur l’ensemble de son territoire national. Mieux, elle défend l’intégrité territoriale du Mali, son unité ainsi que la forme laïque et républicaine de l’État malien.

 

 

Kidal fait partie des régions du Nord du Mali. Kidal a toujours été et demeurera partie intégrante de la République du Mali. Il n’y a aucune raison que les plus hautes autorités ne puissent s’y rendent.

Monsieur le Président,

L’agression survenue à Kidal ne peut demeurer impunie. Nous demanderons qu’une Commission internationale soit constituée pour vérifier les faits afin que  les responsables soient traduits devant les juridictions nationales et internationales.

 

Monsieur le Président,

 

La République du Mali s’assumera et respectera tous ses engagements internationaux, comme elle l’a toujours fait. Rien, ni personne ne détournera le Gouvernement du Mali de ses objectifs, à savoir, l’ouverture d’un dialogue sincère devant déboucher sur un accord de paix global et définitif.

 

La volonté de dialogue et de paix, fortement exprimée par le Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar KEÏTA, Président  de la République, Chef de l’Etat, que nous réitérons solennellement ici, est largement partagée par l’immense majorité des maliens et, malgré les actes criminels de groupes armés, la Région de Kidal compte majoritairement de maliens qui n’aspirent qu’à la paix, au bien être.

 

Aussi, le Gouvernement poursuivra son action pour le développement sur l’ensemble du territoire malien.

 

Monsieur le Président,

 

Tirant les leçons de la situation qui prévaut depuis le déploiement de la MINUSMA, et dans la perspective du renouvellement de son mandat, nous demandons au Conseil de Sécurité, entre autres :

 

·       Un mandat robuste sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies,

·       Le désarmement de tous les groupes armés, singulièrement du MNLA, comme cela a été fait ailleurs,

 

 

Encore une fois, le Mali ne perdra jamais de vue une de ses valeurs cardinales, à savoir le respect de ses engagements. Nous allons donc au dialogue, convaincu que nous sommes qu’il est la solution appropriée si, bien entendu, toutes les parties, le Gouvernement du Mali, la communauté internationale, les mouvements armés, s’acquittent de leurs engagements, chacune à son niveau de responsabilité.

C’est à ce prix que sera capitalisé le formidable élan de solidarité de la communauté internationale dont notre pays a bénéficié et pour laquelle je renouvelle la gratitude de toute la Nation. C’est à ce prix que peut prospérer le fragile processus de stabilisation au Mali.

Je vous remercie.

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