Kidal : LA PROVOCATION DE TROP

Alors qu’elles accomplissaient leur mission de sécurisation du séjour du Premier ministre et sa délégation à Kidal, nos forces armées et de sécurité ont été agressées par les hommes du Mnla appuyés par des éléments des groupes terroristes, qui ont pris en otage une trentaine de fonctionnaires dont 8 ont été assassinés.
Le Premier ministre Moussa Mara a poursuivi hier à Gao la tournée qu’il avait entamée vendredi dans les trois régions du Nord. Le chef du gouvernement est arrivé à 7 h 30mn dans la cité des Askia en provenance de Kidal où la situation sécuritaire s’est brusquement dégradée avec des affrontements sanglants entre l’armée nationale et les rebelles du MNLA appuyés par des éléments de groupes terroristes. Selon le ministère de la Défense et des Anciens combattants, au cours des combats, les forces armées maliennes ont enregistré 8 morts et 25 blessés, tandis que du côté des agresseurs, l’on dénombre 28 morts  et 62 blessés.
Par ailleurs, une trentaine d’agents de l’administration (les préfets et sous-préfets ainsi que le personnel d’appui) ont été pris en otage par les assaillants qui les détiennent au gouvernorat de Kidal. Au moment où nous mettions sous presse, l’on apprenait que deux civils et 6 officiels (des préfets) ont été assassinés.
Dans un communiqué diffusé samedi, le gouvernement condamne fermement « cet acte ignoble qui a fait des victimes civiles et militaires ». Il considère cette attaque inqualifiable et lâche comme une déclaration de guerre, qui ne lui laisse que le choix de la riposte. Le gouvernement informe l’opinion publique nationale et internationale qu’il apportera la réponse appropriée à cet acte.
Dans le communiqué qui donne le bilan des affrontements, le ministère de la Défense et des Anciens combattants indique que « dans le cadre de l’accomplissement de leurs missions de sécurisation du séjour du Premier ministre et sa délégation, les forces armées maliennes et de sécurité ont eu à faire face à des actes de violences et d’agression perpétrés par le MNLA appuyé par des éléments des groupes terroristes ».
Le ministre présente les condoléances du gouvernement aux forces armées et de sécurité ainsi qu’aux familles des disparus et souhaite prompt rétablissement aux blessés. Le communiqué précise que nos forces ont repris le contrôle de tous les bâtiments administratifs à l’exception du gouvernorat où le Mnla et les terroristes détiennent la trentaine de fonctionnaires en otage. « Le ministre rassure que toutes les mesures conséquentes seront prises pour garantir la sécurité des personnes et de leurs biens à Kidal, consolider la souveraineté de l’Etat et protéger le processus de dialogue politique », conclut le texte.
Que s’est-il donc passé ? Deux jours avant l’arrivée de la délégation, les militaires maliens ont eu du mal à contenir les manifestants chauffés à blanc par le Mnla et ses alliés sur les réseaux sociaux et sur le terrain. Le lendemain vendredi, jour de l’arrivée des membres du gouvernement, les hommes armés se sont attaqués au poste de contrôle avancé du gouvernorat de Kidal en tuant un élément de la Garde nationale et blessant un autre.
C’est samedi que le Premier ministre a rallié Kidal à bord d’un hélicoptère de l’opération Serval qui a atterri dans le camp de la Minusma. Il s’est rendu ensuite au camp I de l’armée malienne d’où la délégation a gagné le siège du gouvernorat pour une réunion avec les services administratifs et sécuritaires de Kidal. Mais la situation a commencé à se tendre et le Premier ministre retourna ainsi au camp I. Entre temps, les hommes du MNLA et leurs alliés attaquèrent le gouvernorat où ils ont pris en otage tous ceux qui s’y trouvaient : préfets, sous-préfets, personnel d’appuis.
Du camp des forces armées maliennes, Moussa Mara rallia celui de la Minusma pour prendre l’hélicoptère pour Gao. Il sera informé par les forces françaises que les conditions météorologiques ne permettaient pas à l’hélico de voler. La Minusma proposa alors au chef du gouvernement de passer la nuit dans son camp. Proposition qu’il refusa catégoriquement, indiquant qu’il préférait passer la nuit avec nos militaires. « Non ! Nous resterons avec nos militaires. Nous verrons le reste plus tard», tranchera le Premier ministre qui retournera alors au camp I pour y passer la nuit.
C’est hier matin qu’il revint au camp de la Minusma pour embarquer à bord de l’hélicoptère pour Gao où il a eu plusieurs rencontres avec les responsables de cette ville.
Dans un entretien avec la presse, Moussa Mara a parlé des événements de samedi qu’il a jugé d’une extrême gravité, en déclarant que notre pays était désormais en guerre. « Prenant en compte cette déclaration de guerre, la République du Mali est dorénavant en guerre. Nous allons formuler la réponse appropriée à cette situation », a déclaré le chef du gouvernement.
Parlant de l’attitude de la Minusma et l’Opération Serval, le chef du gouvernement n’a pas caché sa déception. « Aujourd’hui vous avez été témoins de la plus grande passivité de ces forces censées accompagner les autorités maliennes. La moindre des choses qu’on attendait de la Minusma, c’était de faire en sorte que le gouvernorat de Kidal ne soit pas attaqué. Cette situation est hautement grave», a-t-il dit avant d’ajouter que « ces bandits, terroristes et djihadistes ont profité de cette situation pour prendre en otage les membres de l’administration qui étaient en réunion avec nous».
Hier, la situation était toujours tendue à Kidal. Des coups de feu auraient même été encore entendus en début d’après-midi. Mais l’on a appris que les Français de l’opération Serval auraient obtenu un accord de cessez-le-feu entre les belligérants. Du côté de l’armée, des renforts avaient quitté la ville de Gao pour Kidal. Où l’on signalait également hier quelques actes de vandalisme, notamment quelques commerces et bâtiments attaqués.
Le Premier ministre et sa délégation ont regagné hier Bamako en début de soirée. Il été accueilli à l’aéroport de Bamako-Sénou par les membres du gouvernement et des dizaines de  jeunes Bamakois qui avaient tenu à lui réserver un accueilli triomphal malgré la pluie qui s’abattait sur Bamako. Les jeunes du comité d’accueil brandissaient le drapeau national et scandent « libérez Kidal ».
A sa descente d’avion, Moussa Mara s’est confié à la presse en déclarant que « c’est le Mali que nous avons tous à cœur. Quand la mère patrie est attaquée, il faut oublier les adversités politiques. Nous allons nous y employer », a-t-il dit, déplorant les pertes en vies humaines sur le théâtre des opérations.
Face à cette attaque, la riposte sera à hauteur de l’action, a insisté Moussa Mara, avant d’ajouter que l’objectif ultime reste le recouvrement de l’intégralité de notre territoire. « La guerre, on nous l’a imposée », a-t-il dit lorsqu’on lui a demandé  si notre pays est entré officiellement en guerre. Pour lui, il est impératif que tout le pays soit placé sous la souveraineté de l’Etat.
Pour le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, et porte-parole du gouvernement, l’agression des forces négatives est « le crime de trop, la force de trop ».  Et d’ajouter que « la récréation est terminée » et que désormais « Kidal sera comme toutes les autres régions du Mali ».
Pour sa part, le ministre de l’Economie numérique, de l’Information et de la Communication, Mahamadou Camara a appelé « au calme » et à la mobilisation générale. Cette violence « très regrettable » est une déclaration de guerre, a estimé le ministre Camara assurant que « la République fera tout pour que son autorité soit rétablie à Kidal comme partout sur l’étendue du territoire national ».
Le Premier ministre a été reçu hier soir par le président de la République Ibrahim Boubacar Keita au palais de Koulouba. Nul doute que les deux personnalités ont évoqué les décisions que le chef de l’Etat annoncera dans son adresse à la Nation prévue aujourd’hui.
 
A. DIARRA et A. M. CISSE
You are here: Home News Kidal : LA PROVOCATION DE TROP