Déclaration du Ministre en charge des Affaires étrangères du Mali à la réunion d'information du Conseil en date du 23 avril 2014‏

Madame la Présidente,

Permettez-moi, tout d’abord, de vous adresser mes chaleureuses félicitations pour l’accession de votre pays, la République fédérale du Nigéria, à la présidence du Conseil pour ce mois d’avril et, en même temps, exprimer notre appréciation positive pour la manière remarquable dont le Luxembourg a conduit les travaux du Conseil au cours du mois écoulé.

Je voudrais également remercier Monsieur le Secrétaire général pour le travail que son équipe mène sur le terrain et pour la brillante présentation de ce rapport.

Madame la Présidente,

Je crois utile d’appeler votre attention sur quelques évolutions intervenues au Mali depuis la présentation, le 16 janvier 2014, du deuxième rapport du Secrétaire général, consacré à l’exécution du mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Lesdites évolutions concernent notamment le processus politique, la sécurité, la stabilisation, le rétablissement de l’autorité de l’Etat, les droits de l’Homme, la reprise de l’économie et des chantiers de reconstruction, la situation humanitaire, la coordination internationale et la MINUSMA.

Comme indiqué dans le rapport sous examen, élaboré en application des dispositions de la résolution 2100 (2013), des progrès remarquables ont été accomplis en ce qui concerne les négociations entre le Gouvernement et les groupes armés, rendues possibles grâce à l’appui de nos partenaires.

Pour sa part, le Gouvernement du Mali est résolu à ne ménager aucun effort pour parvenir à une solution définitive à la crise qui affecte le nord de notre pays, dans le respect de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’unité du pays.
Le Gouvernement du Mali poursuivra ses actions dans ce sens, avec l’accompagnement de la communauté internationale et notamment la MINUSMA, dont le mandat, faut-il le rappeler, vise à la consolidation de l’Etat malien, à l’effet d’asseoir sa souveraineté sur toute l’étendue du territoire nationale sans exclusive.

Dans cette optique, le Gouvernement et la MINUSMA ont mené des actions conjointes préparatoires aux pourparlers inclusifs de paix à travers l’organisation d’une série d’ateliers et d’activités portant sur :

1. les leçons apprises des Accords précédents ;
2. le Cantonnement et le processus Démobilisation, Désarmement et Réinsertion (DDR) ;
3. la Réinstallation de l’administration et la reprise des services sociaux ;
4. les journées nationales d’action des femmes et des jeunes en faveur de la paix et de la réconciliation nationale.
L’atelier consacré au processus de DDR a débouché sur l’élaboration d’un document sur le mode opératoire du cantonnement.

Ce document, qui a été paraphé par les représentants du Gouvernement, de la MINUSMA et des groupes armés, porte sur les objectifs, les principes, les critères d’éligibilité, les sites de cantonnement, les modalités, les moyens logistiques et financiers ainsi que le chronogramme de mise en œuvre du processus.

Il s’inspire de la résolution 2100 (2013) du Conseil de sécurité, de l’Accord de Ouagadougou du 18 juin 2013 et des recommandations faites à l’issue de la visite au Mali des membres du Conseil de sécurité, du 1er au 3 février 2014.

Cette visite du Conseil et celle effectuée par le Secrétaire général des Nations Unies Monsieur Ban Ki-moon, du 4 au 6 novembre 2013, témoignent de la solidarité maintes fois manifestée de la Communauté internationale à l’égard du Mali, un pays riche de son histoire et de sa diversité culturelle, résolument engagé à envisager l’avenir avec toutes les composantes de la Nation, dans un élan de solidarité.

Pour conforter les actions conjointes Gouvernement-MINUSMA, le Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar Keita a eu des entretiens avec les plus hautes autorités des pays voisins et de la région, dont l’Algérie et le Maroc, lesquels ont exprimé leur disposition à s’investir en faveur de la résolution pacifique du problème du nord du Mali.

Madame la Présidente,

Ma délégation souscrit entièrement à l’observation faite par le Secrétaire général au paragraphe 69 de son rapport, déplorant le fait que certains groupes armés aient fait preuve d’un manque de cohérence ou refusé de saisir l’occasion offerte par les pourparlers informels dans le cadre du processus de sortie de crise.

S’il est évident que ce manque de cohérence a contribué à ralentir l’évolution du dialogue constructif et inclusif devant aboutir à des négociations formelles, il est aussi vrai, comme noté dans le rapport sous examen, qu’il ne peut y avoir de solution durable aux problèmes de sécurité dans le nord en l’absence d’un processus politique inclusif ouvrant la voie au rétablissement de l’ordre public, à l’accès égal de tous les Maliens aux services publics et à la réconciliation entre les communautés.

Madame la Présidente,

Le Gouvernement du Mali en appelle donc, une fois de plus, à la retenue et à la bonne foi, afin de nous permettre d’atteindre au plus vite, l’objectif de paix auquel le Gouvernement reste fortement attaché.

C’est pourquoi, le Président de la République, Son Excellence Monsieur Ibrahim Boubacar KEITA a engagé, dès sa formation, le nouveau Gouvernement que dirige M. Moussa MARA, nommé le 5 avril dernier, à œuvrer diligemment à l’avènement de la paix et de la sécurité sur tout le territoire national, y compris le septentrion du pays.

Dans le même élan, le Chef de l’Etat a réitéré l’attachement du Gouvernement du Mali, au respect de l’Accord de Ouagadougou, notamment les dispositions de son article 21.

A cet égard, le Président de la République vient de confier la conduite des pourparlers avec les groupes en rébellion, à Monsieur Modibo Keita, ancien Premier ministre, personnalité dont le sens de l’Etat et de la patrie, la probité et courage politique sont de notoriété avérée.

Il reste entendu que ces pourparlers se dérouleront, comme rappelé ci-dessus, dans le respect de l’unité et l’intégrité territoriale du Mali, conformément à la Résolution 2100 (2013).

Madame la Présidente,

Ma délégation partage également les préoccupations d’ordre sécuritaire et humanitaire évoquées dans le rapport du Secrétaire général, notamment le regain d’activités des groupes terroristes, principalement d’AQMI et du MUJAO, qui utilisent des engins explosifs improvisés et de roquettes contre les Forces armées maliennes, la MINUSMA et la Force Serval, dans le nord du Mali.

Par ailleurs, le Gouvernement du Mali est particulièrement préoccupé par la détérioration de la situation à Kidal et dans d’autres localités du nord à cause de certains cas de violences intercommunautaires.

S’agissant de la MINUSMA, Ma délégation regrette le faible niveau de la génération des forces et l’insuffisance d’hélicoptères d’attaque et de transport militaire dans un contexte marqué par l’intensification des activités des groupes terroristes, dont la plus ignoble en date est l’assassinat de l’otage français le regretté Gilberto Rodrigues Leal, revendiqué par le MUJAO.

En cette tragique circonstance, le Gouvernement du Mali, par ma voix, condamne avec la plus grande fermeté cet acte odieux digne d’un autre âge et s’engage à apporter tout le concours nécessaire visant à traquer, arrêter et juger les auteurs de ce crime odieux.

Au Peuple et au Gouvernement français ainsi qu’à la famille du regretté Gilberto Rodrigues Leal, nous présentons nos condoléances les plus attristées et prions pour le repos de l’âme de l’illustre disparu et de celles de toutes et tous ceux qui, avant lui, ont payé de leurs vies, leur engagement pour l’avènement d’un monde meilleur, débarrassé du terrorisme et de l’extrémisme violent.

Dans la même veine, nous condamnons l’attaque terroriste de ce matin à Kidal, qui rappelle l’urgence d’accélérer le déploiement de la MINUSMA et la doter de moyens conséquents pour lui permettre de remplir sa mission aux côtés des forces armées maliennes et des forces françaises.

Aussi, voudrais-je du haut de cette tribune, appuyer l’appel du Secrétaire général à la Communauté internationale, aux Etats membres et aux pays donateurs pour une augmentation substantielle de leur soutien aux forces armées maliennes et pour l’accélération de la mise à la disposition de la MINUSMA de troupes et de moyens appropriés pour permettre sa montée en puissance, à l’effet de s’acquitter pleinement de son mandat.

Madame la Présidente,

La situation au Mali étant symptomatique des défis auxquels les Etats de la région sont confrontés, Ma délégation adhère à la pertinence du renforcement de la coordination internationale et de la coopération régionale, dans le cadre de la mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel.
Participe de cette dynamique, la première réunion ministérielle pour l’établissement d’une plateforme de coordination de la Stratégie, tenue à Bamako le 5 novembre 2013, dont l’objectif était d’identifier les priorités communes en matière de sécurité, de gouvernance, de résilience et d’infrastructure régionale, devant permettre de mieux articuler la mise en œuvre de ladite Stratégie et les efforts d’autres partenaires multilatéraux et bilatéraux dans la région.

Dans le cadre de sa présidence de la plateforme de coordination de la Stratégie, le Mali convoquera très prochainement la deuxième réunion ministérielle, au cours de laquelle il présentera une feuille de route visant à :

- permettre une durabilité raisonnable dans la prise en charge des problèmes à résoudre ;
- maintenir l’attention sur les défis importants auxquels la région du Sahel continue d’être confrontée ;
- adopter les priorités communes pour les initiatives régionales au Sahel ; et
- assurer le suivi des progrès réalisés notamment à travers l’appui coordonné de la communauté internationale, représentée par les Etats membres des Nations Unies.

Les actions envisagées contribueront également à renforcer la confiance entre les pays de la région et améliorer la coordination entre les partenaires internationaux dans le but de s’attaquer aux menaces multidimensionnelles qui affectent la région.

Madame la Présidente,

Je ne saurais terminer sans remercier, au nom du Gouvernement de la République du Mali, la CEDEAO, particulièrement son Président en exercice sortant, Son Excellence Monsieur Alassane Dramane OUATTARA, Président de la République de Côte d’Ivoire, Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Faso et Son Excellence Monsieur Goodluck JONATHAN, Président de la République fédérale du Nigeria, pour leur leadership dans la gestion de la crise malienne.

Pour conclure, je voudrais réitérer la reconnaissance du Gouvernement du Mali à l’Union Africaine, aux Nations Unies, à l’Union Européenne, à l’OCI, à la France, au Tchad ainsi qu’à tous les pays contributeurs de troupes et d’équipements à la MINUSMA, pour le rôle éminemment important qu’ils ne cessent de jouer pour le retour définitif de la paix et de la stabilité au Mali et dans toute la région.

Je vous remercie de votre aimable attention. 

You are here: Home News Déclaration du Ministre en charge des Affaires étrangères du Mali à la réunion d'information du Conseil en date du 23 avril 2014‏