Réconciliation et retour de la sécurité au Nord du Mali : L’ÉTAT ET LA MINUSMA BALISENT

Un financement de 1,5 milliards de FCFA a été débloqué par les Nations Unies pour réaliser les trois premiers sites de cantonnement des ex combattants.

La mise en œuvre du processus de réconciliation nationale entamée de concert par notre pays et la MINUSMA se poursuit et gagne davantage en pertinence. L’hôtel El Farouk accueille depuis hier deux séminaires organisés par la Mission des nations unies en collaboration avec le gouvernement. Le premier séminaire, tenu hier, était centré sur le redéploiement de l’administration au Nord. Cette phase est d’une criarde urgence, parce qu’une frange importante des populations du Septentrion demeure dans une situation précaire : dans de nombreuses localités, les centres de santé sont toujours fermés et les écoles manquent d’enseignants. Mêmes les citoyens qui cherchent à établir leurs actes d’état civil doivent encore prendre leur mal en patience.

La cérémonie d’ouverture de ces importants séminaires – qui s’inscrivent dans la suite logique de ceux de février dernier – était présidée par le ministre de la Réconciliation nationale et du développement des régions du Nord, Cheikh Oumar Diarrah en présence de son homologue de la Justice Mohamed Ali Bathily et du représentant spécial des Nations Unies, Robert Koenders. Les assises se poursuivent aujourd’hui encore et cette fois encore, les panélistes décortiqueront la mise en œuvre des accords de Ouagadougou.

Le temps fort de la cérémonie d’hier a certainement été la signature du premier financement du programme du cantonnement. Doté d’une enveloppe de 3 millions de dollars (soit 1, 5 milliards de FCFA) destinés à aménager les premiers sites du cantonnement des ex combattants, le projet est baptisé « Fonds de consolidation de la Paix ». Robert Koenders a déclaré lors d’une conférence de presse qui a suivi la cérémonie d’ouverture des ateliers que les trois premiers sites de cantonnement seront construits dans les zones de présence des groupes armés. Chaque site aura une capacité d’accueil de 500 à 1000 combattants, a précisé Robert Koenders. Pour accéder à ce « pensionnat », des critères bien précis seront établis. Parce que ceux qui y seront acceptés ne viendront pas en villégiature. « Ce sera bien fait, mais ce sont pas non plus des hôtels 5 étoiles » a tenu à préciser le représentant spécial qui a annoncé une visite physique des trois premiers sites identifiés dans les prochains jours.

Le MNLA, pourtant officiellement invité par la MINUSMA, a choisi de ne pas participer aux séminaires, a constaté le représentant spécial des Nations Unies dans notre pays. « Je regrette leur absence et les invite à prendre le train de la paix en marche » a-t-il dit sans masquer sa déception. Mais Robert Koenders s’est réfusé à un quelconque pessimisme, car « il faut avancer ».

DÉCIDÉS À AMENER À BON PORT. Mais l’absence de certains acteurs de cette crise n’a rien enlevé à la pertinence des deux séminaires. Outre les gouverneurs des Régions de Gao, Tombouctou et Kidal, Les participants sont composés de représentants de la société civile, des spécialistes du processus de paix et des leaders des groupes armés qui ont accepté de venir discuter des conditions nécessaires au retour des agents du service public.

La première session de l’atelier d’hier a permis de savoir avec précision l’état des lieux global du redéploiement de l’administration et des services sociaux de base. Le ministère chargé de la Réconciliation nationale a également expliqué les grands axes d’intervention du Programme accéléré de développement des régions du Nord (PADRN). La deuxième session, elle, a mis l’accent sur les possibilités d’accélération du retour de l’administration. Ensuite, les participants ont formulé des recommandations dont la mise en œuvre incombe à l’Etat et aux groupes armés.

Le ministre de la Réconciliation nationale et du développement des régions du Nord n’a pas usé de circonlocutions pour dire combien l’insécurité au Nord est inacceptable. Il a indiqué que malgré les nombreux défis à relever, le bateau « Mali » est bien sorti des eaux troubles. « Le capitaine et l’équipage de ce bateau sont décidés à l’amener à bon port », telle a été l’assurance imagée qu’a donnée le ministre Diarrah. Pour lui, la souffrance des populations n’a que trop duré. Par conséquent, il est grand temps de mettre fin aux querelles inutiles pour faire place à la paix et la concorde. « Nous devons sortir du passé et libérer les énergies créatrices de chaque fille et fils » pour être « des enfants d’un Mali nouveau », a prêché le ministre chargé de la Réconciliation nationale qui a prôné les vertus du dialogue et du vivre ensemble.

Il a évoqué la nomination des membres de la nouvelle Commission Vérité, dialogue et réconciliation qui, selon lui, sera à l’écoute de tous. « Faire plus, faire vite et faire mieux » est la triptyque qui constitue le credo de l’action gouvernementale en matière de réconciliation nationale, a indiqué le ministre Diarrah.

Félicitant tous les acteurs présents dans la salle, le ministre a attribué une mention spéciale à la MINUSMA pour les efforts déployés sur le terrain au nom de la paix. « Le gouvernement s’emploie au quotidien au retour de l’administration », dira-t-il par ailleurs. C’est ainsi que depuis quelques temps déjà, les gouverneurs de Région et les préfets sont déjà en place. Idem pour les services de santé et les services de sécurité. Le reste est en train de suivre au fur et à mesure que la pacification et la reconstruction des infrastructures détruites évoluent.

Le ministre Diarra a interpellé toutes les parties prenantes dans la gestion de cette crise sur l’urgence d’améliorer les conditions de vie des populations. Le retour à la normalisation passe forcément par la paix. Et la paix passe par la sécurité, juge Cheick Oumar Diarrah pour qui le banditisme résiduel fragilise la confiance mutuelle. « Il faut sécuriser le territoire pour que les personnes et leurs biens puissent circuler librement » insistera le ministre avant d’appeler à l’abandon des « calculs inavoués » pour promouvoir la paix et le développement.

L’ORDRE ET LA DISCIPLINE PARTOUT. Auparavant Robert Koenders avait précisé que les forces des Nations unies sont présentes sur le terrain pour aider justement les pouvoirs légitimes à établir leur autorité sur l’ensemble du territoire. Celui-ci est certes très vaste, mais un renfort d’effectif et de matériel est attendu dans les jours à venir, a-t-il annoncé. « Nous ne sommes là que pour offrir nos bons offices, mais il appartient aux Maliens de décider de leur sort », a rappelé Robert Koenders pour qui la stabilité de notre pays est « une question cruciale » pour la communauté internationale. Pour lui, il est temps de « poser les bases de la réflexion sur l’implantation durable des services » décentralisés partout sur le territoire national. « Le retour de l’administration est non seulement primordial pour la paix, elle est aussi indispensable pour la quiétude des populations » qui ont besoins d’été rassurées.

« Sans le retour effectif et rapide de l’administration dans le Nord, le retour de la paix et de la sécurité sera difficile, voire irréalisable. Le retour de l’administration est non seulement primordial en lui-même, mais aussi nécessaire pour que les populations aient un meilleur accès aux services sociaux de base tels que l’éducation, la santé, l’eau et l’électricité », a analysé le diplomate onusien.

Des progrès considérables ont été accomplis, a noté Robert Koenders. Qui soulignera par ailleurs que des efforts restent à faire pour établir l’ordre et la discipline partout. L’arrivée des gendarmes et des policiers dans les régions septentrionales est une étape cruciale, a ajouté l’envoyé spécial qui estime que la paix est indissociable du développement.

Les accords préliminaires de Ouagadougou qui restent valides jusqu’a la signature d’un accord définitif réserve une large place au dialogue et la culture de la confiance mutuelle, a rappelé le patron de la MINUSMA. « Les séminaires s’inscrivent dans ce cadre », a confié le représentant spécial des Nations Unies qui a promis que le cantonnement des ex combattants sera une réalité très rapidement.

A. M. CISSÉ

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