Jean-Bosco Kazura, le commandant de la Minusma : LES CASQUES BLEUS SONT ENGAGES DANS « UN TRAVAIL DE LONGUE HALEINE »

Il y a 8 mois, plus précisément le 1er juillet 2013, la Mission multidimensionnelle des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) prenait le relais de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma, la force africaine). Le commandant des Casques bleus de la Minusma est le général rwandais Jean-Bosco Kazura. 

Dans un bref entretien qu’il nous a accordé la semaine dernière (sa première sortie médiatique depuis sa prise de fonction), le patron de la force onusienne se prononce sur la situation sécuritaire au nord du pays, le cas de la ville de Kidal qui continue d’aiguiser les passions, le processus de DDR (désarmement, démobilisation, réintégration). Il répond aussi au passage à certaines critiques sur la faible présence de la Minusma sur le terrain.

A ce propos justement quand on lui fait remarquer que l’opinion publique malienne a l’impression que les Casques bleus sont plus visibles à Bamako et d’autres grandes villes que sur le terrain, le général Kazura souligne que la Minusma, à elle seule, ne peut pas tout faire. « Les forces onusiennes ne travaillent pas seules. Elles travaillent avec les forces maliennes et françaises pour ramener la stabilité. C’est un travail de longue haleine. C’est aussi un problème complexe et global. C’est pourquoi les chefs d’Etat du Sahel se sont réunis récemment à Nouakchott (Ndlr : le sommet qui a porté sur les fonts baptismaux le G5 du Sahel) pour trouver ensemble des réponses aux menaces sécuritaires. Nous travaillons avec nos partenaires pour que la paix revienne au Mali et dans toute la sous-région », assure le commandant de la force onusienne.

Et la situation de Kidal qui échappe toujours au contrôle des forces armées maliennes ? Jean-Bosco Kazura assure que le contrôle de la ville de Kidal par les forces maliennes sera effectif avec le processus en cours. Il évoque à ce propos, les ateliers de réflexion sur le cantonnement qui se sont tenus il y a une dizaine de jours à Bamako. En attendant l’aboutissement de ce processus une partie des forces maliennes et les autorités administratives sont sur place. « Mais la solution n’est pas que militaire. Il y a aussi l’aspect politique. C’est un travail de longue haleine. Donnons du temps au temps », plaide notre interlocuteur.

Il convient de rappeler que selon l’Accord préliminaire signé le 18 juin 2013 par les représentants du gouvernement et des groupes armés, le cantonnement est une première étape vers un programme effectif de désarmement, de démobilisation et réintégration dans le cadre d’un accord de paix global et final, qui résultera des négociations inclusives. Le général Kazura estime que le premier pas est déjà franchi et du côté du gouvernement et du côté des mouvements armés qui ont accepté d’être cantonnés. « Dans les jours à venir le processus du DDR sera enclenché jusqu’à la paix définitive », assure-t-il.

Par ailleurs, le commandant de la Minusma a accueilli avec une grande satisfaction, le fait que la mission de l’EUTM (la mission européenne de formation de l’armée malienne) sera prolongée jusqu’en 2016. Rappelons que l’annonce de cette prolongation a été faite par le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, lors de sa visite la semaine dernière dans notre pays. Cette mission continuera à former et équiper les militaires maliens. Trois bataillons sont déjà formés. Un quatrième est en formation. « Le travail continue. Je suis content pour les efforts fournis dans ce sens. Les forces armées maliennes font de gros progrès. Elle sont sur le terrain et travaillent bien », constate le général Kazura.

Si les terroristes ont été chassés des villes du nord, les populations ne se sentent pas totalement en sécurité avec les attaques fréquentes de convois de forains, des tirs de roquettes sur Gao et Tombouctou, les affrontements intercommunautaires ou encore le récent débarquement d’hommes armés à Taoudéni (Région de Tombouctou) pour chasser les exploitants des mines de sel gemme. Que pense Jean-Bosco Kazura de la situation sécuritaire au Nord ? « Aujourd’hui, la situation sécuritaire s’est beaucoup améliorée par rapport à il y a quelques mois. Un énorme travail a été abattu. Je peux vous assurer que le moment arrivera où les populations du Nord se sentiront en paix et en sécurité », répond-t-il.

Le général Kazura est né au Rwanda en 1963. Il a déjà derrière lui une expérience militaire de plus de 24 ans, tant aux plans national qu’international et dans les domaines du commandement et de la gestion du personnel. A sa nomination, il était le commandant du Centre de formation au combat des Forces de défense rwandaises, une responsabilité qu’il assumait depuis décembre 2011.

Auparavant et ce depuis octobre 2010, il était officier d’état-major principal au quartier général des Forces de défense rwandaises à Kigali. Il avait été précédemment commandant adjoint des forces et observateur militaire en chef de la Mission de l’Union africaine au Soudan. Le général Kazura a également été officier d’état-major chargé de la formation au quartier général de l’armée rwandaise et conseiller militaire et en matière de sécurité du président rwandais, Paul Kagamé de 2009 à 2010. Le général Kazura est titulaire d’une licence d’anglais et d’études sociales, ainsi que d’un diplôme de droit. Il est marié et père de 4 enfants.

A. DIARRA

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