Tuerie de Tamkoutat : LE MINISTRE DIARRAH LEVE DES EQUIVOQUES

Le carnage survenu à Tamkoutat le 6 février dernier continue à juste titre d’être commenté par la presse nationale et même internationale. Le ministre de la Réconciliation nationale et du Développement des Régions du Nord, Cheick Oumar Diarrah a donné hier quelques précisions à la presse nationale et internationale sur ce drame. En organisant une conférence de presse à ce sujet, le ministre Diarrah entendait lever toute équivoque quant à la nature de cette tuerie.

D’abord, un bref rappel des faits. Jeudi dernier, dans les environs de Tamkoutat, localité situé à environ 140 km au nord-est de Gao, une douzaine d’individus armés ont froidement abattu une trentaine de marchands forains se trouvant à bord de deux véhicules dont l’un a été brûlé et l’autre emporté par les bandits. Le même jour et dans le même secteur, un groupe d’assaillants a braqué un troisième véhicule de transport, enlevé puis abattu les hommes d’un campement nomade.

Le ministre Diarra a tout d’abord précisé que le drame de Tamkoutat n’est pas un acte de djihadiste. Il ne faudrait donc pas que l’on voit en cela une montée de la violence perpétrée par les djihadistes dans une région qui a déjà entamé un processus de stabilisation. Il s’agit d’un conflit communautaire entre des fractions peuls et touareg.

Le ministre a expliqué qu’en réalité la tension couvait depuis belle lurette entre ces deux communautés. Pourquoi ? Le conflit est né autour des questions de bétail. L’attaque du 6 février a fait une trentaine de morts, précise le ministre qui ajoute que les blessés ont été vite évacués à l’hôpital de Gao.

Informé, le gouvernement n’a pas perdu de temps. Il a diligenté sur place une mission conduite par le ministre de la Sécurité. Le général Sada Samaké était porteur de deux de messages.

Le premier exprimait la compassion avec les familles endeuillées auxquelles le gouvernement a présenté ses condoléances. Le deuxième était un message de fermeté. En effet, le général Samaké a édicté des mesures visant à rechercher et à punir les auteurs de la barbarie.

Le ministre Diarrah a écarté tout lien entre le drame et les terroristes mêmes si ceux-ci continuent à semer la peur dans le Septentrion. L’enlèvement récent d’une équipe du CICR par des groupes radicaux (voir article dans cette même page) vient brutalement rappeler aux uns et aux autres que les démons ne sont pas totalement partis. Même si manifestement, ils opèrent en rangs dispersés.

Interrogé sur les modalités des futures négociations entre le gouvernement et les groupes armés du Nord, notamment l’implication de l’Algérie, le ministre a répondu que tout est pourtant clair. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, a dit Cheick Oumar Diarrah qui précise que le Burkina Faso a été commis par la CEDEAO pour mener un dialogue entre les différentes parties aux fins de pouvoir organiser les élections. Les discussions, elles, seront inclusives et se passeront à l’intérieur du Mali. Aucune porte n’est fermée à personne. Telle est la position du président de la République, a martelé le conférencier.

En ce qui concerne l’Algérie, le ministre de la Réconciliation nationale et du Développement des Régions du Nord a indiqué que ce pays voisin a utilement mené des consultations exploratoires en vue d’harmoniser les positions des différents groupes armés. Ces consultations ont l’avantage de mettre tout le monde d’accord sur certains principes de base. Pour Cheick Oumar Diarrah, il ne sert a rien de chercher la petite bête pendant que des efforts colossaux sont en cours pour dénouer la situation.

Sur des questions relatives au département qu’il dirige, le ministre a indiqué que son équipe travaille nuit et jour pour améliorer le climat social dans le pays.

Il a aussi annoncé que la Minusma organisera des ateliers à partir de demain, concernant le processus de DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion). Une autre rencontre sera organisée sur les leçons apprises sur les différents accords passés à la suite des rebellions.

A. M. CISSE

 

 

A L’ÉCOUTE DES ÉLUS LOCAUX

Au cours de son séjour, le ministre délégué espagnol en charge de la coopération internationale, Jesús Manuel Gracia Aldaz a également rencontré les responsables de l’Association des municipalités du Mali (AMM). L’entretien qui s’est déroulé au siège de l’association au Quartier du fleuve a été essentiellement dominé par les questions de sécurité, même si le ministre espagnol était surtout là pour parler de développement local. Mais tous sont d’accord que la paix et le développement forment un binôme inséparable.

Outre le président de l’Association, le maire de Commune V du District de Bamako, Boubacar Ba, plusieurs autres édiles et membres du bureau de l’AMM ont participé à la rencontre. Il s’agit notamment des maires des autres communes de Bamako, des communes du Mandé, de Gao et Diré dans la région de Tombouctou. Rappelons que c’est par la ville de Tombouctou que l’hôte espagnol avait débuté son séjour. Il y a visité le jardin maraicher des femmes baptisé « Jardin de la paix » (l’Essor d’hier).

En souhaitant au ministre un bon séjour dans notre pays, Boubacar Ba s’est dit très heureux de voir que Madrid travaille à mettre les collectivités au cœur du dispositif de reconstruction de notre pays. Le partenaire espagnol qui compte parmi les alliés sûrs entend renforcer les liens de fraternité et de solidarité.

Le ministre qui était à la tête d’une importante délégation, a expliqué que le développement passe forcément par l’implication des collectivités territoriales. La raison est simple, de son point de vue : les maires sont les responsables politiques les plus proches des populations. Ils sont donc mieux placés pour connaître leurs besoins. C’est pourquoi, a ajouté Jesús Manuel Gracia Aldaz, l’Espagne accorde beaucoup d’importance aux collectivités territoriales.

L’Espagne, pays de décentralisation par excellence, entend renforcer sa coopération avec les autorités municipales pour rendre plus efficaces ses activités de développement sur le terrain. Evoquant les élections municipales à venir, le ministre espagnol s’est dit heureux de partager les préoccupations des élus locaux après les avoir écoutés.

Prenant la parole, le maire de Gao, Sadou Diallo, a salué l’avènement de la liberté retrouvée dans sa collectivité. Mais l’élu s’est tout de même montré insatisfait du niveau de sécurité à Gao et environs en soutenant que « les obus continuent à pleuvoir sur Gao ». De son point de vue, « la position défensive » des forces de sécurité n’est pas la meilleure stratégie de protection. Il faut être offensif, préconisera Sadou Diallo.

A ce sujet, le ministre espagnol a plaidé pour le vivre-ensemble en invitant les différentes parties au dialogue et au pardon. « Mais le dialogue est inefficace tant que les groupes armés restent armés », a répliqué le maire de Gao.

D’autres édiles du Nord lui ont emboîté le pas pour évoquer à leur tour les menaces encore présentes dans leurs localités. Après la sécurité, il faut s’atteler au développement, ont en substance souligné certains, en recommandant un dialogue à la base avant de réunir les représentants de toutes les communautés à Bamako.

D’autres élus ont attiré l’attention sur la nécessité de rendre justice avant d’accorder le pardon car des personnes ont été tuées ou humiliées. Des infrastructures de bases sont détruites. A cause de la crise, de grands projets de développement sont tombés à l’eau.

Le ministre espagnol qui a pris note des préoccupations des maires a promis une coopération accrue de son pays avec le Mali en tenant compte des nouvelles réalités locales.

A. M. CISSE

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