Fin de la visite de Christine Lagarde : CONSTATS POSITIFS

La directrice générale du FMI estime que les tendances qui se dégagent montrent que notre pays veut et peut reprendre le chemin de la croissance dans des conditions saines.

Au terme d’une visite de 72 heures dans notre pays, la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde a animé, vendredi après-midi, une conférence de presse à l’hôtel Salam. Cette rencontre avec la presse s’est déroulée en présence du ministre de l’Economie et des Finances (qui a répondu à certaines questions), Mme Bouaré Fily Sissoko, du ministre délégué chargé du Budget, Madani Touré et de la directrice du département Afrique du FMI, Antoinette Sayea.

Les questions des journalistes ont porté essentiellement sur les résultats de la visite, les attentes de notre pays par rapport au Fonds, la croissance économique, l’assistance du FMI aux pays en crise, les effets de la volatilité des prix des matières première sur les économies les moins avancées, les subventions à Energie du Mali, les Accords de partenariat UE-ACP et l’aide publique au développement.

Christine Lagarde a tout d’abord, souligné qu’elle a été très impressionnée par la détermination et la persévérance des autorités nationales et de la population après les évènements de 2012 qui ont non seulement affecté les résultats économiques et le moral de chaque Malien, mais aussi entraîné les conséquences politiques et sécuritaires que l’on connaît.

« J’ai été frappée par la feuille de route du gouvernement et les mesures en termes de réformes et d’amélioration de la gouvernance, de lutte contre la corruption, de volonté de partager les fruits de la croissance, de remettre à plat un certain nombre de pratiques et de dégager des ressources pour investir dans les secteurs absolument stratégiques de l’éducation et de la santé », a-t-elle dit.

Elle a estimé que les contacts qu’elle a eus avec les femmes avec lesquelles elle a partagé un déjeuner, les maraîchers de Samanko, les enseignants du groupe scolaire de Torokorobougou montrent que notre pays veut et peut reprendre le chemin de la croissance dans des conditions saines.

Aux femmes qui lui ont parlé de leurs professions, de leurs difficultés à accéder en particulier au financement ou à trouver des ressources humaines pour travailler dans leurs entreprises, elle a assuré que le FMI est particulièrement sensible à l’égalité de chances et à la contribution que chacun peut faire à l’économie nationale.

 

11 MISSIONS D’ASSISTANCE TECHNIQUE. Concernant les attentes du Mali, la directrice générale du FMI a expliqué l’institution financière internationale intervient auprès des Etats à travers plusieurs missions dont la première est la surveillance macroéconomique.

Elle a ensuite évoqué la mission de conseil en matière de politiques budgétaires, monétaires, de réformes structurelles et d’aide aux pays. Le Fonds fournit aussi aux pays un soutien financier lorsqu’ils sont en situation difficile.

Cela a été le cas du Mali où l’institution est très vite intervenue avec un crédit rapide et une Facilité de crédit élargie pour un montant d’environ 80 millions de dollars, soit environ 36 milliards de Fcfa.

Par ailleurs, à la demande des pays, l’institution de Bretton-Woods apporte son assistance technique. Pour le cas du Mali, depuis février 2013, le FMI a dépêché 11 missions d’assistance technique dans le cadre de la gestion des finances publiques, de la dette, de l’analyse de la chaîne de dépense, et du recouvrement des impôts qui est fondamental pour dégager de la marge budgétaire.

« Nous sommes des partenaires. Le programme de coopération n’est pas le nôtre. C’est le programme du Mali conçu pour les Maliens et réalisé sous l’autorité du gouvernement », a-t-elle fait remarquer.

Christine Lagarde a rappelé qu’avant la crise de 2012, notre pays a enregistré un taux de croissance d’environ 5 % pendant près de 8 ans. En 2013, les perspectives sont de l’ordre de 5,30 %. Et pour l’année qui vient de commencer, le taux prévu est de plus de 6 % et les tendances sont globalement bonnes.

Le ministre de l’Economie et des Finances Mme Bouaré Fily Sissoko, a attiré l’attention sur le fait que la croissance dans notre pays, est fortement tributaire du secteur agricole qui, lui aussi, est lié aux aléas climatiques. D’où l’importance de faire en sorte que l’agriculture soit moins dépendante de ces aléas. En 2014, le taux de croissance attendu dans le secteur agricole est de 7,8 %. Dans le secteur secondaire, la croissance devra relativement s’améliorer avec la reprise de l’aide financière internationale et le retour des investissements. Dans les BTP, la reprise se fait déjà sentir. Dans la branche manufacturière le taux est de 0,2 % en 2013.

Pourquoi le FMI donne l’impression de n’accourir qu’au chevet des pays en crise comme on l’a vu dans le cas du Mali et de la Côte d’Ivoire ? A cette question, Christine Lagarde répondra que c’est précisément ça une des missions du FMI. « Notre capacité de mobilisation en faveur des pays en difficulté constitue une des activités du FMI. Quand un pays va bien, quand sa balance des paiements est équilibrée ou excédentaire, il se débrouille sans nous. La Côte d’Ivoire a décidé de redresser son économie et les résultats sont au rendez-vous. Je pense que le Mali doit faire la même chose », a-t-elle dit.

Quant aux subventions de l’Etat à EDM, la responsable du Fonds a relevé que les subventions accordées de manière générale par l’Etat sont aujourd’hui supérieures au budget consacré à la santé. Elles sont donc très importantes. Il faut poser la question de leur pertinence et de leur cible. Pour elle, les questions à poser sont les suivantes : Qui bénéficie des subventions ? Sont-elles utilisées à bon escient ? Comment améliorer la situation ? Mme Lagarde est convaincue qu’une démarche mesurée, apaisée et bien transparente doit être mise en œuvre dans les années à venir.

Pour ce qui est des Accords de partenariat économique (APE) ACP-UE, ils représentent un enjeu important pour nos pays, estimera Mme Bouaré Fily Sissoko, en précisant que les discussions sont présentement en cours en Afrique de l’ouest au niveau de la CEDEAO sur la question. Commentant le sujet, elle ajoutera : « Nous avons pensé que discuter individuellement face à l’Europe serait suicidaire. C’est la raison pour laquelle, nous avons décidé de nous unir autour de la CEDEAO pour discuter globalement. Un groupe de travail UE-CEDEAO a été constitué de façon paritaire. Il essaie de trouver le bon accord. Avant 2015, il faudra trouver une option puisque deux de nos pays, la Côte d’Ivoire et le Ghana, ont déjà signé un accord intérimaire. Toutefois, nous pensons au niveau de la Communauté qu’il faut une certaine cohésion. L’Accord n’est pas mauvais en soi, mais on a besoin d’en identifier les risques et de faire en sorte qu’au lieu que cette ouverture soit un désastre pour nos entreprises, qu’elle donne l’occasion de faire une certaine spécialisation en fonction des avantages comparatifs. C’est à cela que nous réfléchissons au niveau de l’UEMOA et de la CEDEAO ».

Et le ministre d’ajouter pour ce qui est de l’aide publique au développement, dans la durée, le plus important, c’est notre capacité à mobiliser nos ressources internes en mettant l’accent sur le civisme fiscal.

Enfin, Christine Lagarde a conclu que ce qui importait le plus dans sa visite au Mali, c’était de vérifier que le FMI fait tout ce qu’il peut pour participer à la reconstruction, au développement et à la croissance durable et partagée en partenariat avec les pays donateurs et en étroite collaboration avec les autorités nationales.

F. MAÏGA

LES RAISONS D’UN SATISFECIT

Au terme de sa visite au Mali, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde a fait une déclaration dans laquelle elle se dit très heureuse d’avoir eu l’occasion d’effectuer sa première visite au Mali en tant que directrice générale du FMI et tient à remercier très sincèrement le président Ibrahim Boubacar Kéita, le Premier ministre Oumar Tatam Ly, le ministre de l’Economie et des Finances, Bouaré Fily Sissoko pour leur hospitalité ainsi que l’ensemble des interlocuteurs qu’elle a rencontrés au cours de son séjour.

Le document souligne également que les autorités maliennes ont habilement géré l’économie dans des circonstances difficiles. En outre, la prudence dont le gouvernement a fait preuve au plan budgétaire a contribué à préserver dans l’ensemble la stabilité économique pendant la Transition. En conséquence, l’économie se rétablit et l’aide internationale ainsi que la confiance des chefs d’entreprise reviennent progressivement. Le document indique aussi que selon les prévisions, le PIB réel du Mali augmentera de 6,6 % en 2014, grâce au rebond de la production agricole, au redressement du secteur des services et à la relance des projets de construction. « Dans le même temps, de formidables défis restent à relever. En complément de l’enjeu primordial de la réconciliation, le Mali doit accélérer sa croissance, tout en maintenant la stabilité macroéconomique. Afin de libérer le potentiel de croissance, des investissements importants seront nécessaires, aussi bien dans le secteur public que le secteur privé, ainsi qu’un agenda de réformes clairement centré sur une croissance partagée », poursuit la déclaration.

Pour la directrice du Fonds, il faudra agir sur trois fronts. En premier lieu, la hausse des investissements publics déprendra de la capacité à mobiliser des recettes supplémentaires et une meilleure utilisation des ressources disponibles par le biais d’une amélioration de la gouvernance et des réformes dans la gestion des finances publiques y compris la réduction graduelle des subventions à l’énergie. Ensuite, l’amélioration de l’environnement des affaires et le développement du secteur financier sont nécessaires pour catalyser l’activité du secteur privé et l’investissement. Enfin, les fruits de la croissance devront être plus largement partagés aussi bien à travers les secteurs économiques qu’entre les deux sexes, estime-t-elle.

Christine Lagarde fait savoir qu’elle a été très impressionnée par tout ce qu’elle a vu et entendu, en particulier la détermination de toutes les parties prenantes à jeter les fondements d’une croissance robuste et partagée, et à gagner le combat contre la pauvreté. « Le FMI continuera de soutenir ces efforts, notamment à travers le prêt de 23 milliards de Fcfa récemment approuvé par notre conseil d’administration. Encore une fois, je tiens à réaffirmer ma profonde gratitude au gouvernement et aux populations du Mali pour m’avoir accueilli avec autant de chaleur dans leur beau pays », conclut la déclaration.

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