Discours de Son Excellence Monsieur le Président de la République par intérim, le Pr. Dioncounda TRAORE, à la cérémonie de réconciliation et de pardon au sein des Forces de Défense et de Sécurité du Mali (Koulouba, le 26 juin 2013)

Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement,

Honorable Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Ministre de la Défense Nationale et des Anciens Combattants, Monsieur le Ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et de l’Aménagement du Territoire,

Monsieur le Ministre de la Sécurité Intérieure et de la Protection Civile,

Monsieur le Ministre de la Justice Garde des Sceaux,

Monsieur le Ministre de la Communication Porte-parole du Gouvernement,

Monsieur le Ministre Secrétaire Général de la Présidence,

Monsieur les Présidents des Institutions de la République,

Monsieur le Médiateur de la République,

Monsieur le Vérificateur Général,

Monsieur le Président de la Commission Dialogue et Réconciliation,

Monsieur le Président du Comité Militaire du Suivi de la Reforme des Forces de Défense et de

Sécurité,

Monsieur le Président de la Commission Défense de l’Assemblée Nationale,

Mesdames et messieurs les Chefs d’Etat-major et Directeurs de Services,

Monsieur le Gouverneur du District de Bamako,

Monsieur le Maire du District de Bamako,

Monsieur le Président du Haut Conseil Islamique,

Monseigneur l’Archevêque de l’Eglise Catholique du Mali,

Monsieur le Pasteur de l’Eglise Protestante du Mali,

Les Familles Fondatrices de Bamako (NIARE TOURE DRAVE),

Monsieur le Président de l’Association Nationale des Anciens Combattants,

Monsieur le Président du RECOTRADE,

Mesdames les Présidentes des Femmes des Camps,

Mesdames, Messieurs,

Chers invités,

 

Je voudrais vous remercier d’avoir bien voulu répondre à mon invitation.

Je vous ai appelé pour qu’ensemble nous puissions continuer de parler du Mali, d’agir pour le Mali.

Frères et sœurs, neveux et nièces, je vous ai appelé pour que nous nous donnions la main.

Je vous ai appelé pour vous demander que nous resserrions nos liens et qu’entre Maliens, la mésentente fasse place à la complicité pour un Mali au dessus de tout, un Mali plus grand que nous tous, un Mali plus grand que nous toutes.

Nos illustres devanciers ont eu ce projet de grandeur et de protection.

Kaya Magan Cissé, Soundiata Kéita, Da Monzon Diarra, Biton Coulibaly, Babemba Traoré, Sekou Ahmadou, Samory Touré, Askia Mohamed, Sony Aliber, Firhoun, Koumi Diossé, Elhadj Oumar Tall, les Oulad Soleyman ou Oulad Ich, sont nos ancêtres à tous et à toutes, parce que nous sommes un pays brassé où l’oncle d’un Soninké est le cousin d’un Peul, où la nièce Kounta est aussi une cousine Iwlemeden.

Nos illustres devanciers ont travaillé chacun à un ensemble historique solide dont le Mali actuel est d’abord la résultante et ensuite l’héritier, l’héritier d’une terre dont il a été toujours dit qu’elle est la digue contre laquelle se brisent la trahison et l’intrigue.

Et c’est vrai : l’Histoire récente conforte la croyance selon laquelle le Mali peut chauffer mais il ne brûle jamais ; le Mali peut trébucher mais ne tombe pas ; le Mali peut tanguer mais ne saurait chavirer.

Cette assurance souscrite par le sacrifice de nos pères et de nos grands pères, de nos mères et de nos grands-mères, reste encore valide malgré nos dérapages.

Je vous ai appelé justement pour que nous réfléchissions sur les moyens de conforter cette assurance.

Car elle ne peut plus couvrir tous les risques dans un contexte où les défis se multiplient et où de nouveaux enjeux apparaissent.

Vis-à-vis du Mali, notre génération a, elle aussi, son devoir : son devoir de génération qui ne vaudra que dans la mesure où il sert l’intérêt général, l’intérêt de la majorité des femmes, des hommes, des jeunes et des vieux de ce pays.

Je répète ici ce que je vous avais dit en d’autres circonstances : il y a un moment pour tout.

Il y a un moment pour nos projets personnels et ces projets sont importants.

Mais il y a un moment pour le Mali et c’est maintenant.

Ce moment, nous devons tous et toutes y contribuer.

Parce que c’est la condition sine qua non de notre équilibre aujourd’hui en tant que nation et de notre avenir si nous voulons celui-ci radieux pour nos enfants et nos petits enfants.

C’est le moment du Mali, du Mali d’aujourd’hui comme du Mali de demain.

Et ce que demande ce Mali n’est pas au dessus de nos forces et de nos capacités : c’est le pardon, ce que demande le Mali c’est que nous ayons l’humilité de demander pardon et la grandeur de pardonner.

Le pardon pour l’offense qui nous est faite. Le pardon pour l’offense que nous avons faite. Le pardon que nous devons demander parce que nous ne sommes rien, rien d’autre que poussière et qui retournera poussière, parce que nous sommes infiniment petits par rapport à l’infinité du temps et de l’espace.

Le pardon que nous devons nous accorder mutuellement pour que le Tout Puissant continue de veiller ce pays.

Car Dieu n’est pas là où il y a la haine. Dieu n’est pas là ou il n’y a pas de sincérité. Dieu n’est pas là où se trouvent la démesure et la surenchère. Dieu n’est pas là où l’homme ne peut pas pardonner à l’homme.

Pour le Mali, j’aimerais, prenant à témoin l’ensemble de la nation, réitérer ici ce que j’avais dit il y a environ un an : je pardonne sincèrement pour l’offense qui m’a été faite et je demande humblement pardon pour le mal que j’ai pu faire dans l’exercice de mes fonctions.

Mais je demande ici aujourd’hui et avec insistance, que les enfants de ce pays se pardonnent et je souhaite que cela commence, avec les représentants des bérets rouges et des bérets verts, avec les familles des bérets verts et des bérets rouges qui ont payé pour cette page tragique de notre histoire. Une page assurément qu’il faut mettre derrière nous.

Nous pouvons le faire si nous le voulons. Nous devons le faire pour le confort du Mali, pour le respect que nous devons à chaque Malienne, à chaque Malien ainsi qu’à chaque hôte et bienfaiteur du Mali.

Nos propres soldats sont morts pour la défense de la patrie. Des soldats africains et je pense au tribut lourdement payé par le Tchad, ainsi que des soldats français ont payé de leur vie notre liberté.

Notre dignité est d’être à la hauteur de l’Histoire, de notre Histoire ancienne comme récente et qui est écrite en partie aujourd’hui avec le sang de soldats étrangers.

Une telle hauteur passe par le pardon, en priorité au sein de nos forces de défense et de sécurité, pour que plus jamais ne se répète ici le cauchemar que nous avons vécu.

Je voudrais vous annoncer ici ma décision de tout mettre en œuvre pour un dénouement amiable des contentieux existant dans l’appareil militaire et sécuritaire.

Plus jamais deux armées mais une armée dont les corps se complètent et se renforcent. Plus jamais deux polices mais une police au service du citoyen et de la paix sociale.

Dans cette perspective, toutes les personnes détenues dans le cadre de ces contentieux retrouveront la liberté sans délai, une liberté qu’elles sauront mettre j’en suis sûr au service du Mali, seulement du Mali et rien que du Mali.

Elles ne seront pas les seules devant cette exigence.

Tous les segments du pays, tous les citoyens doivent se remettre en cause, pour pouvoir être encore plus disponibles pour assurer la marche en avant du Mali, renforcer la dynamique de paix et de reconstruction en cours.

Le Mali est un grand pays et chacune de nous, chacun de nous est capable de ce tout petit sacrifice et de ce compromis pour la paix globale, pour le confort de tous.

Comme toujours quand le moment l’exige, je sais que nous pouvons compter sur votre esprit patriotique et sur les ressources insoupçonnées qui se cachent au plus profond de chacune et de chacun d’entre nous.

 

Vive les Forces de Défense et de Sécurité du Mali unies et solidaires

Vive le Mali un et indivisible dans une Afrique et un monde de paix

Que le Tout Puissant vous bénisse

Je vous remercie.

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