Adresse du Président de la République le Pr. Dioncounda TRAORE, au Forum du COREN (Collectif des Ressortissants du Nord) - Bamako, le 27 avril 2013

Honorable Président de l’Assemblée Nationale

Monsieur le Premier ministre Ousmane Issoufi Maiga, Président d’honneur du COREN

Mesdames et messieurs les membres du gouvernement,

Monsieur les anciens Premiers ministres

Mesdames et messieurs les responsables du COREN,

Mesdames et messieurs les représentants des missions diplomatiques et de coopération,

Distingués participants,

Je dois tout d’abord vous remercier d’avoir à ma demande, accepté de différer la tenue de ces assises dont la portée stratégique est indéniable.

Il me tenait à cœur de m’associer à vous comme c’est le cas ce matin.

J’aurais souhaité que ce fût plus tôt.

Mais les vicissitudes de l’histoire sont celles qu’elles sont.

Et à toutes et à tous, je  présente mes excuses pour les reports initiaux.

Pourtant chers sœurs, chers frères, vos travaux se tiennent au moment psychologique le plus opportun.

Avant-hier seulement, jeudi 24 avril 2013, la Commission Dialogue et  Réconciliation a été installée.

Soit dit en passant, il m’a paru devoir réagir au procès d’exclusion que m’a fait, entre autres, le COREN concernant la composition de ladite structure.

C’était à faire pour la crédibilité de la CDR. C’était à faire pour la vérité historique.

C’était à faire pour dissiper le petit malentendu qui a pu naitre car nous avons besoin du COREN

C’était à faire pour la nation. Et je n’ai pas d’autre agenda que le Mali.

Cette installation, pour y revenir,  marque officiellement l’ouverture du processus de dialogue vers  la réconciliation des cœurs et des esprits, d’une manière générale entre tous les enfants de cette nation éprouvée par notre faute, et en particulier entre les communautés du Nord où le vivre ensemble, comme vous aimez à le dire au COREN, ne relèvera plus hélas de la routine mais d’une rééducation méthodique.

Le moment est psychologique aussi et surtout parce que la réalité dans le pays et dans notre septentrion est différente de celle qu’elle était en fin 2012 quand vous décidiez d’organiser la présente rencontre.

Ce 27 avril, l’ennemi le plus redoutable, à savoir le narco-terrorisme international et ses filiales locales ont pris un coup dont nous espérons qu’ils ne se relèveront plus.

Le goût de la liberté, nous le réapprenons dans la vallée le long du fleuve, sur les dunes, autour des lacs, dans les ergs, autour des oueds de nos régions septentrionales.

Et comme tout ce qui fut âpre à conquérir, nous ferons en sorte tous ensemble  de ne plus laisser échapper cette liberté.

Mais nous avons l’impression que le cauchemar est vieux.

Or seulement le 9 janvier dernier, toutes les trois régions du Nord et une partie de la région de Mopti étaient occupées.

Faux indépendantistes et vrais criminels, associés pour mettre à genoux les paisibles populations étaient, en plein, dans leur guerre injuste contre notre pays.

Ils ont pillé ce qui pouvait l’être ; ils ont craché sur le visage de ceux qui étaient leurs voisins seulement la veille ; ils ont injurié au nom du faciès ; ils ont flagellé au nom de la religion; ils ont lapidé au nom des mœurs; ils ont humilié au nom de la force  ; ils ont jeté sur les routes de l’aventure des centaines de milliers de citoyens honnêtes et dignes. 

Et sur leur lancée criminelle, ils sont passés à la phase deux de leur stratégie qui après la sanctuarisation du Nord malien visait à désorganiser toute la région et à mettre à exécution une doctrine haineuse contre l’Etat, tout Etat qui n’est pas le leur, contre l’ordre, tout ordre qui n’est pas le leur, et contre la civilisation, toute civilisation qui n’est pas la leur.

Heureusement, nous n’étions pas les seuls à comprendre leurs plans.

Heureusement qu’il est encore des hommes et des pays pour lesquels les valeurs de solidarité veulent dire quelque chose.

Heureusement enfin que le Tout Puissant qui veille le Mali et la sous-région à voulu qu’à ce moment critique de l’Histoire, François Hollande et la France s’engagent avec nous, avec célérité et détermination !!

C’est ce qui s’est passé à Konna, se prolongeant naturellement sur l’impératif de libérer les zones alors sous occupation, et entraînant en même temps que la remobilisation de notre armée nationale piquée à vif, une chaîne de solidarité sous-régionale, africaine et internationale sans précédent.

Sous un tel éclairage, la mobilisation pour Konna ne traduit pas, comme certains le laissent penser, une quelconque insouciance pour nos frères et sœurs de Tombouctou, Gao, Kidal, Douentza, qui bouclaient leur première année de calvaire sous le joug du MNLA d’abord et des prétendus jihadistes ensuite.

Konna fournissait la preuve que l’agenda du narco-terrorisme était plus global, que le Mali n’en était qu’une étape et que seule une force massive et pouvait stopper le rouleau compresseur.

Konna a donné à tous la preuve que le rubicond pouvait être franchi.

Sinon, nous avons senti, dans chaque viol le viol de la République, et dans chaque sanglot les larmes de la République.

Même au plus fort des épreuves que j’ai vécues dans ma chair et dans mon âme,  je n’ai pas ressenti de douleur plus grande que celle de mes compatriotes à :

-         Kidal,

-         Abeibara,

-         Bougheissa,

-         Aguel Hock,

-         Anefif,

-         Tessalit,

-         Menaka,

-         Anderaboukane,

-         Tidaghmen,

-         Tedjerert,

-         Bourem,

-         Almoustarat, -

-         Bamba,

-         Temera,

-         Ansongo,

-         Talataye,

-         Ouatagouna,

-         Labezzanga,

-         Gao,

-         Intillit,

-         Djebock,

-         Gossi,

-         Rharouss,

-          Bambara Maoudé,

-          Inadjatafan,

-         Karwassa,

-          Kersani,

-          Douentza,

-         Boni,

-         Hombori,

-         Ngouma,

-         Niafunké,

-          Diré,

-          Ras El ma,

-         Goundam,

-         Leré,

-         Tombouctou,

-          Boujbea,

-         Ber,

-         Agouni,

-         Tenenkou,

-         Dioura,

-         Youwarou,

-         Attara,

-         Soumpi,

-         Sareferé et bien d’autres localités qui ont subi le martyr. 

 

C’est vrai, c’est l’Etat le premier qui a révélé ses faiblesses.

L’armée a battu en retraite. L’administration s’est repliée. Seules sont restées, là où elles le pouvaient, des communautés aux mains nues dont certaines ont écrit les plus belles pages de la résistance nationale.

A Gao, Kidal, Tombouctou, la jeunesse a refusé de se soumettre ; elle a résisté du mieux qu’elle pouvait, elle a pris de grands risques ; elle est notre honneur.

Un homme d’Etat ne peut pas, non plus ignorer l’apport d’organisations comme le Collectif des Ressortissants du Nord – COREN- et de la Coalition pour le Mali – CPM-.

Vous avez été là,  audibles et dynamiques, du côté de la vérité, du côté du Mali, rien que le Mali et tout le Mali.

Votre discours de Ouagadougou en mai 2012 a, au-delà du Mali, retenu l’attention de la sous-région, par la qualité de son diagnostic, la pertinence de ses solutions.

Votre courage pour le Mali, votre engagement pour le Mali méritent d’être salués et je suis venu aujourd’hui justement pour les rappeler et pour les saluer.

Pour les saluer mais aussi pour vous dire que le Mali doit survivre à toutes les erreurs, toutes nos erreurs, car aucun d’entre nous n’est infaillible.

Je suis venu ici aujourd’hui, mes frères et sœurs, pour vous demander, vous implorer même d’être une des locomotives de la Commission Dialogue et Réconciliation, renouant de ce fait avec vos engagements et votre dédicace tout le long de  la crise que nous vivons, qui va vers son dénouement mais qui n’est pas irréversiblement réglée.

Elle ne sera pas réglée sans vous. Elle ne sera pas réglée dans le boycott de la Commission Dialogue et Réconciliation qui n’est pas vous le savez autant que moi, une structure régionale mais nationale.

Sa composition devait tenir compte de toutes les propositions.

Plusieurs centaines de personnes valables ont été proposées par l’ensemble de nos forces sociales.

C’est la mort dans l’âme que nous n’avons pas pris la plupart de ces valeurs sûres.

Mais à aucun moment, nous n’avons été traversés par la crainte que ceux qui n’ont pas été retenus abandonneront leur combat pour un Mali réuni, réunifié, divers mais remis ensemble, en ordre de marche pour aller au devant d’autres victoires, de toutes les victoires que mérite ce pays.

Quant au gouvernement, soyez sans crainte. Aucune partie du Mali ne sera plus une zone de non droit ; i n’y aura plus de sanctuaire ; pas plus que de Maliens au dessus des autres ; encore moins des activités mafieuses sur lesquelles la puissance publique fermera les yeux.

Anticiper et réagir comme un Etat fort, telle est la leçon de la crise malienne et telle elle sera comprise et gérée dans l’avenir, il ne faut pas en douter.

Ensuite, la paix, rien que la paix, seulement la paix c’est ce que nous voulons, c’est ce à quoi nous continuons de travailler.

Nous ne nous donnerons aucun répit pour arriver à cette fin.

Mais nous n’accepterons aucune enclave au Mali. Le dialogue sera ouvert qu’à ceux qui choisiront le Mali dans son intégrité, dans sa laïcité, dans sa démocratie.

Nous négocierons en Républicains, en laïcs, en démocrates sans nous tromper de combat et de cibles, sans aller vers les petits replâtrages qui feront les grandes tragédies de demain.

Car le problème ce ne sont ni les Kel Tamasheq ni les Arabes, ni les Sonrais, ni les Peuls, ni les Bambaras, ni les Malinkés pris en tant que communautés.

Le problème est que, comme partout au monde, nous avons aussi  la mauvaise graine.

Et nous savons surtout que cette mauvaise graine veut se camoufler  derrière de citoyens irréprochables, c'est-à-dire la majorité silencieuse et vertueuse.

Enfin, chers sœurs, chers frères, je suis optimiste et je tiens à vous le dire.

La réconciliation se fera, car sans elle il n’y aura pas de Mali et le Mali c’est l’apport de tout le monde, y compris de patriotes comme Mohamed El Mehdi qui se sont opposés à la partition du Soudan à travers le projet de création de l’Organisation Commune pour les Etats riverains du Sahara, OCRS dans les années 1950.

Mais la réconciliation se fera dans la justice et dans la vérité, à l’échelle des communautés d’abord et c’est pourquoi, des organisations comme le COREN sont hautement stratégiques.

Elle se fera ensuite à l’échelle de l’Etat et de la nation, car l’Etat aussi doit accepter son interpellation pour que le cauchemar de notre histoire immédiate soit à jamais révolue.

Le moment psychologique est là  et l’opportunité est ouverte pour le COREN de renforcer sa belle mobilisation pour que Kel Tamasheq, Arabes, Songhoy, Armas, Peuls, Daousahaq, Bamanan, Bozos, Dogons, et j’en passe, puissent vivre de nouveau ensemble, certains sur leurs champs ou sur les prés, d’autres dans les pêcheries, mais tous dans le brassage et la fraternité de plusieurs siècles de cohabitation. Faites en sorte que les belles régions du Nord, ce cadeau providentiel de la nature à notre pays,  soient de nouveau la contrée de la viande, du poisson, du riz, du thé et de la datte.

Préservons la mosaïque humaine et ethnique qu’est le Mali !

Préservons notre diversité dans l’unité !

Privilégions le Dialogue pour la Réconciliation !

Vive le COREN pour que vive le Mali !

Et que Dieu bénisse le Mali.

MERCI.

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